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11/11/2015 11:12 EST | Actualisé 11/11/2016 05:12 EST

Sam et le BS

Sam, quand tu parles en mon nom, je te prie de le faire avec un peu plus d'empathie. Parce que moi, même si je paie des impôts, je ne veux pas que tu coupes le BS à ceux qui ne veulent pas déménager. Je ne veux pas que tu coupes le BS à la personne qui est en désintox. Je ne veux pas que la mère de famille qui s'occupe de ses enfants au lieu de travailler crève de faim.

On va enfin couper le BS à ceux qui peuvent travailler. Enfin, ceux qui peuvent travailler seront obligés de le faire sinon leur gros chèque de BS sera amputé. Je dis enfin parce que c'était clairement LA préoccupation de tous les Québécois. En tant que bonne « payeuse d'impôt », j'avais vraiment hâte que ces profiteurs-là paient.

L'idée est que si tu habites Montréal et qu'on te trouve une job à Mont-Laurier ben, tu vas déménager. Tu ne veux pas déménager, ben on va te couper ton gros chèque de 600 $ par mois. Facile de même.

Tu as trois enfants qui vont à l'école à Montréal-Nord et tu n'as pas de permis de conduire, ce n'est pas le problème du gouvernement et encore moins le problème des contribuables. T'avais juste à t'organiser pour que le magasin du Dollar où tu travaillais ne ferme pas. Tu t'en vas travailler à Donnacona où on t'a trouvé une job au Croteau. That's it.

Tu habites à Laval, t'es monoparental, ton fils autiste t'a obligé à te rendre souvent à l'hôpital pour des rendez-vous puis tu as perdu ta job. Héééééé, ce n'est pas mon problème. Même si tu as tout ton cercle d'aide et tes services à Laval, tu vas devoir t'organiser. Tu vas déménager à Pierrefonds. Des services, tu vas en retrouver puis pour le cercle d'aide, ben ce n'est pas le problème des contribuables.

Les contribuables n'ont pas de cœur. Les contribuables s'en sacrent de tes problèmes. Le fait qu'on paie des impôts nous donne le droit de gérer comme on veut. C'est en tout cas ce que semble dire le gouvernement.

«Chaque citoyen doit faire un effort, surtout pour améliorer son sort et gagner sa dignité», a dit le ministre du Travail, Sam Hamad.

Et voilà. Bouge ton cul. Ton sort, tu dois l'améliorer. Et si pour l'améliorer, tu dois aller à Mont-Laurier, ben tu vas y aller.

Excusez-moi, je dois vomir un peu.

Cher ministre du Travail, je suis une contribuable. Je paie plus d'impôt que la majorité des gens pour la simple et bonne raison que je fais plus d'argent que la moyenne des gens. Comme je l'ai déjà dit, je suis une enfant de BS. Aujourd'hui, je fais de l'argent. Je paie mes impôts. Ma petite entreprise paie ses impôts. Je dépense au Québec. J'achète le plus possible local et je bois même du vin québécois pour éviter d'envoyer mes piastres ailleurs. Je fais tout ce que je peux pour que mon argent reste au Québec. Oui monsieur, je suis une vraie contribuable.

Sam, quand tu parles en mon nom, je te prie de le faire avec un peu plus d'empathie. Quand tu parles au nom des contribuables, fais bien attention à ce que tu te permets de dire et ne t'avise pas d'essayer de faire passer tes désirs de ministre et d'austérité à travers moi. Parce que moi, même si je paie des impôts, je ne veux pas que tu coupes le BS à ceux qui ne veulent pas déménager. Je ne veux pas que tu coupes le BS à la personne qui est en désintox. Je ne veux pas que la mère de famille qui s'occupe de ses enfants au lieu de travailler crève de faim.

Si ton gouvernement veut parler en mon nom, avise Philippe que moi, j'en ai plein mon cass des paradis fiscaux. Je suis écœurée de voir que des enfants n'auront plus l'aide nécessaire à l'école quand des compagnies ne paient pas une maudite cenne d'impôt. J'ai le goût de vomir quand tu coupes l'argent aux écoles défavorisées, mais que des ministres reçoivent des primes de départ à six chiffres.

Sam, les BS devraient être les derniers à être coupés.

Avant de couper chez les plus pauvres, fais donc le ménage dans toutes les subventions aux entreprises méga-lucratives qui servent à dorloter les plus riches. Va faire le ménage dans les comptes de dépenses de tes ministres. Va faire le ménage dans la corruption.

Quand tu parles en mon nom, tu peux dire : « Les contribuables québécois veulent que la corruption cesse, que les grosses entreprises paient leur impôt comme eux, que les primes de départ cinq fois plus grosses que le salaire annuel moyen cessent. »

Quand tu parles en mon nom, tu peux dire : « Les contribuables souhaitent mettre fin aux paradis fiscaux où des millions s'envolent en impôts impayés. Les contribuables québécois moyens en ont plein le cul de payer et que les plus riches s'en sauvent. »

Quand tu parles en mon nom, tu peux dire : « Les contribuables québécois veulent des programmes pour aider les plus pauvres. Les Québécois veulent que les riches paient leurs impôts pour réinvestir en santé et en éducation. Les contribuables sont écœurés de voir leurs services coupés quand on gaspille les fonds publics avec de la corruption et des contrats faramineux. »

Ça mon Sam, c'est parler en mon nom. Rappelle-toi en.

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