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04/06/2015 11:57 EDT | Actualisé 27/06/2016 01:47 EDT

La mort dans le dos des parents

Réaliser l'oubli. S'en rendre compte.

C'était mon trésor. L'homme de ma vie. Mon petit dernier. Mon bébé. Je l'ai tellement attendu. J'y pense et j'ai l'estomac qui se tord, je crois que je vais vomir. Mon Batman. Mon Avenger. Parti. Mon bébé est maintenant une étoile. Non, ça ne se peut pas. Pas le mien? Oui, le mien.

Lâcher la balayeuse d'un coup sec.

Comment ai-je pu oublier ça? Ma faute. Ma faute. Ma faute. Pourquoi j'ai payé 25 000 $ pour cette chose qui a tué mon bébé? 25 000 $ pour ruiner ma vie. Je n'en voulais pourtant pas, mais il paraît que quand tu as des enfants, c'est la meilleure chose pour l'été, pour les rendre heureux. La chose que doivent s'offrir les familles banlieusardes du 450. C'est la meilleure chose pour tuer un enfant. Pourquoi j'ai oublié? Crisse de cerveau. Je le sais depuis le début. Toujours bien fermer. Fermer et vérifier. Re-vérifier. Re-re-vérifier. Même pressée. Même quand on pense à autre chose: fermer et re-re-re vérifier. Je l'ai pas fait. Je le criais toujours à mon chum: «As-tu bien vérifié?» On avait déjà oublié une fois. Je disais que c'était un avertissement. Et là, c'est moi. Je suis coupable. Cette fois-ci, personne d'autre à blâmer: je suis coupable de cet oubli.

Descendre les marches deux par deux, à toute vitesse. Essoufflée.

Son petit corps flotte comme une guenille que le vent aurait fait échouer dans un cours d'eau. Je ne vois pas son visage. Il regarde le fond. Son corps mou bouge au gré des jets d'eau. Il adorait ces jets d'eau. Il adorait l'eau. De ses 3 ans, il nageait presque seul. Il était ma fierté. Lui, le requin, sa sœur, la sirène.

La sirène sera maintenant seule. Une sirène qui perd son requin. Une sirène inconsolable. Ma faute. Le père de la sirène et du requin qui veut mourir sans son fils. Un simple oubli de la mère et la mort passe. Chienne de mort, elle passe alors qu'on ne s'y attend pas. Elle passe prendre les enfants quand les parents on le dos tourné un petit 5 minutes.

Courir à travers toute la maison.

Le retourner. Ses yeux bouffis. Le silence et mes cris. Ne prenez pas mon enfant. Pas mon bébé. Le sortir de l'eau. Je vais m'évanouir. Essayer la réanimation sur mon fils, comme une enfant qui se fâche contre sa poupée: «Tu vas vivre! Vis, vis!» Le secouer de toutes mes forces. Le mal de la mort dans le ventre d'une mère. Comme un poignard qui m'ouvre pour laisser sortir ma douleur. Appeler les secours. Mon bébé est mort. MORT. Mon bébé s'est noyé dans cette chienne de piscine. La mort est passée quand je passais la balayeuse. Un loquet oublié. Un tout petit oubli et il est mort, vous m'entendez? Mon fils est mort d'un stupide oubli. Blackout.

Sortir dehors.

Il est là. Il joue au fond de la cour avec sa petit auto. «Maman, regarde mon auto.» Je m'effondre. Je pleure de toutes mes forces. Je tombe à genoux. Mon oubli n'a pas tué mon fils, cette fois-ci. La sirène aura son requin. Le papa requin aura son fils. La mort n'est pas passée. Dans ma tête, je l'ai imaginée. Je l'ai vue.

«Pourquoi tu pleures, maman?»

Cet été, des enfants vont mourir noyés à cause d'un simple oubli. L'oubli d'un loquet ou d'une veste de flottaison. Un oubli qui va traverser le corps des parents pour le reste de leurs jours. Ce sera peut-être votre enfant. Peut-être le mien. Peut-être celui de la voisine. Avec les enfants, la mort passe en une fraction de seconde quand nous avons le dos tourné. Elle profite de nos oublis. Elle passe dans un lac, dans une piscine. Partout où il y a de l'eau.

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