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15/06/2015 12:09 EDT | Actualisé 14/06/2016 05:12 EDT

Travailler avec la mort autour

C'est la routine pour les employés de CHSLD. Chaque jour la mort fait son tour. Encore pire, parfois elle se fait attendre.

Un être cher qui agonise.

Une famille qui est déjà en deuil.

C'est la routine pour les employés de CHSLD. Chaque jour la mort fait son tour.

Encore pire, parfois elle se fait attendre. Des jours, des mois et des années.

La mort ne vient que rarement au bon moment.

Et lorsqu'elle est proche d'arriver, la douceur des mots fait toute la différence. La douceur des mots, la douceur du silence.

Une famille au chevet d'un être cher, une infirmière qui entre pour donner un soin mais qui décide de remettre à plus tard et de simplement rester au pied du patient. De rester là, silencieuse. Parfois les yeux fermés, parfois ouverts. Ça existe. Ce n'est pas toujours la course contre la montre.

Toucher une main. Dire qu'on est là, qu'on sent la personne paisible depuis leur arrivée, que les petits-enfants sont beaux, que la vie a été belle, que sa famille est belle, que, grâce à elle, la beauté de la famille pourra continuer, que la vie continuera d'être belle dans ce qu'elle est, que la mort sera douce avec vous autour...

Des mots simples. Des mots faciles à comprendre. Des mots sincères.

Sincères parce que la mort touche le personnel. La mort nous ramène à notre propre mort. Celle de notre grand-mère, de notre mère, de notre père, peut-être à la mort de son propre enfant.

Je crois en la sincérité des gens qui travaillent en CHSLD.

J'ai vu des infirmières sortir en larmes d'une chambre, me téléphoner pour me dire qu'elle ne peuvent plus travailler parce qu'elles ont le cœur qui saigne pour cette famille qu'elles connaissent depuis des années, une préposée se recueillir au lit d'un patient décédé, un médecin prendre dans ses bras la fille d'une patiente décédée et voir les larmes sur sa joue.

Ce matin, après avoir lu le courriel d'un médecin qui s'occupe d'un membre de la famille de mon mari qui attend la mort, je n'ai pu m'empêcher de penser à la douceur des mots qui font toute la différence:

«Je ne crois pas que vous aurez à la veiller très longtemps. N'oubliez pas qu'en écrivant les derniers moments de son histoire, vous écrivez la vôtre. Je souhaite à vous tous que cette page de votre histoire en soit une qui soit paisible et que, malgré l'expérience de l'agonie, qui n'a rien d'esthétique, vous en gardiez un souvenir positif. La beauté sera dans ce qu'elle est et ce que vous êtes.»

Merci à chaque personne qui, dans son travail, prend le temps de choisir des mots qui font la différence.

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