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08/11/2015 11:23 EST | Actualisé 08/11/2016 05:12 EST

Mes adoptions

Adopter, c'est ouvrir son cœur à un petit inconnu. Un petit inconnu qui a peur, qui ne se laisse pas aimer tout de suite, qui nous teste, qui teste la vie. Qui teste si la vie va encore l'abandonner dans les moments difficiles. Adopter, c'est se donner la chance d'être parent.

Voici l'histoire courte de mes adoptions

Il y a eu le désir de vouloir être mère. Le petit deuil de ne pas pouvoir en avoir biologiquement. Petit, parce qu'il a duré une journée. Après 24 heures, je me suis dit qu'être mère n'est pas synonyme de grossesse. Je voulais être mère, j'allais le devenir. J'ai regardé les options et j'ai choisi de ne pas aller au bout du monde pour trouver mes petits, mais d'adopter ici, au Québec.

Il y a eu les rencontres, les évaluations et l'attente.

L'attente dans le processus d'adoption, c'est la grossesse du cœur. On imagine le petit, on prépare sa venue, on s'imagine maman, on l'aime déjà, notre cœur grossit et finalement il arrive.

Mes enfants sont des petits marmots chocolat-québécois. Un par un, à deux ans d'intervalle, ils sont arrivés. Ils ont tous été attendus comme vous avez attendu les vôtres. Mes grossesses du cœur ont paru interminables, comme vos grossesses.

La vie avec mes enfants est comme la vôtre avec vos petits. Le même lien. Le même amour. La même ressemblance et les mêmes habitudes qui unissent ceux qui vivent ensemble. Je donnerais ma vie à, et pour mes enfants.

Ils n'ont pas de chance d'être mes enfants, j'ai la plus grande chance du monde de les avoir dans ma vie. Toutes les femmes qui rêvent d'être mères seraient heureuses avec mes petits. La chance, c'est moi qui l'ai. C'est moi qui suis infiniment reconnaissante.

L'adoption, c'est la plus belle chose de ma vie. En ce mois de l'adoption, plus spécialement, chaque matin, je remercie la vie d'avoir eu cette chance.

Les quatre enfants de ma famille (mon mari avait déjà un fils) sont frères et sœurs au même titre que vos enfants. Ils sont surement encore plus proches les uns des autres parce qu'ils se sont accroché les uns aux autres avec une force si grande, la force qui vient après qu'on eut été déraciné.

Notre famille est tissée serrée de liens que nous avons nous-mêmes créés avec beaucoup de temps et d'épreuves. Ensemble, pour chacun de nos enfants, nous avons surmonté les défis de l'attachement.

Parce que l'adoption amène ses défis. Chaque parent concerné a relevé des défis différents que seuls les parents adoptifs peuvent comprendre. Les défis d'une vie. Les défis auxquels personne ne nous prépare, les défis qu'on relève les yeux pleins de larmes. Les défis que jamais on ne se serait cru capable de relever.

L'attachement qui n'est pas aussi naturel. L'attachement qui prend son temps. L'attachement qui vient doucement. L'attachement qui vient après des pleurs, des peurs et du temps. L'attachement qui vient quand on s'y attend le moins.

L'enfant qui n'a pas vécu la douceur des berceuses. L'enfant qui n'a pas eu la sécurité et l'amour. L'enfant qui porte une petite valise remplie de petites histoires qui ne sont pas roses, ni de son âge.

Adopter un enfant, c'est accepter de trainer avec lui cette valise, parfois lourde, d'un passé difficile. Puis de tranquillement la vider, au fil du temps, pour pouvoir, ensemble la laisser derrière. Parfois, la valise, on la portera toute la vie. Pour ne pas laisser notre enfant seul dans cette histoire, on s'appropriera aussi cette valise. Toute la vie, à bout de bras, on l'aiderait pour qu'elle soit moins lourde et qu'il l'oublie.

Adopter, c'est marchander avec la vie. C'est vouloir prendre sur ses épaules toutes les misères passées de son enfant. C'est se demander des milliers de pourquoi.

Pourquoi lui? Pourquoi un enfant a-t-il vécu cela? Pourquoi il n'était pas là avant? Pourquoi? Pourquoi?

Adopter, c'est aussi une montagne de questions sans réponse.

Adopter, c'est faire face à des préjugés. C'est faire face à des questions indiscrètes, à des questions qu'on ne veut plus entendre.

Adopter, c'est ouvrir son cœur à un petit inconnu. Un petit inconnu qui a peur, qui ne se laisse pas aimer tout de suite, qui nous teste, qui teste la vie. Qui teste si la vie va encore l'abandonner dans les moments difficiles.

Adopter, c'est se rendre compte qu'on aime plus que ce que l'on croyait possible. Adopter, c'est se rendre compte qu'être parent n'est pas une question de liens de sang, mais de liens d'amour.

Adopter, c'est se donner la chance d'être parent.

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