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13/03/2017 06:22 EDT | Actualisé 13/03/2017 06:22 EDT

Médicamentons nos enfants (VIDEO)

Pourquoi retrouve-t-on plus de TDAH chez les enfants qui sont les plus jeunes de leur classe, chez les enfants qui ont des parents séparés et vivants dans des quartiers pauvres?

Dans un article paru dans La Presse, datant de 2015, on peut lire que depuis cinq ans, le nombre de comprimés distribués au Québec pour le traitement du Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) a bondi de 56%.

Cinquante-six pour cent en cinq ans.

C'est énorme. Comme société, il me semble qu'on devrait sérieusement se questionner sur cette vague de diagnostic. En tant que mère, ça m'inquiète.

Quand j'ai lu cet article, je me suis demandée où étaient tous ces jeunes avec des troubles d'attention en 1990 ? Parce qu'en 1980 ou 1990, le TDAH, ce n'était pas très populaire. Je me souviens d'élèves plus difficiles, qui étaient dans le corridor plus souvent que les autres, mais ça ne touchait pas 10 élèves sur 22. Il y en avait un ou deux.

Maintenant, dans une seule classe, on peut retrouver une dizaine d'enfants avec un trouble d'apprentissage, de concentration ou d'hyperactivité. Mais qu'est-ce qui se passe ?

Pourquoi retrouve-t-on plus de TDAH chez les enfants qui sont les plus jeunes de leur classe, chez les enfants qui ont des parents séparés et vivants dans des quartiers pauvres ?

Est-ce qu'on est devenu fou avec les exigences scolaires ? Est-ce qu'on est devenu super exigeant avec nos enfants ? Comment un diagnostic peut-il exploser de 56% en 5 ans ?

On dirait que la maladie est parfois bien sélective. Et c'est prouvé, un enfant qui vit des problèmes familiaux, qui ne mange pas à sa faim, qui a un trouble d'attachement, qui a besoin de lunettes, qui ne dort pas suffisamment, a plus de risques d'avoir des troubles d'attention et de concentration. Pourtant, rarement, les différents intervenants posent des questions sur ces situations.

Et dernièrement, mon enfant a eu ce diagnostic. À l'école, on disait qu'elle n'écoutait pas bien, qu'elle ne restait pas concentrée longtemps, qu'elle « ralentissait » le groupe. Les mêmes commentaires qu'entendent des milliers de parents chaque année.

Pourtant, entre le moment où l'on adresse ces commentaires et le diagnostic officiel, peu de soutien de la part de l'école. Les parents doivent eux-mêmes demander des services, proposer des solutions pour aider la concentration, acheter eux-mêmes les accessoires qui aideront leur enfant. Bref, l'école offre peu d'aide. L'école attend que l'enfant hyperactif revienne avec la prescription pour sa pilule magique qui va le calmer et le rendre un «bon» élève.

Oui, oui, la pilule magique.

«Moi je pense que votre enfant devrait être médicamenté.»

Cette phrase, de nombreux parents l'ont entendue de la bouche du professeur de leur enfant. Moi-même, je l'ai entendue. J'ai frémi. Un prof qui se permet de dire que mon enfant devrait être médicamenté? Sans test? On me parle de médication avant même d'avoir essayé autre chose? Sans même avoir mis un plan d'intervention en place?

Parce qu'il faut le dire, la médication, ce sont les parents qui s'en occupent. Les autres interventions et services reviennent à l'école. Comme plusieurs enfants en ont besoin, la médication devient l'option facile pour notre système d'éducation.

Mais en tant que bonne mère, je devais faire ce qu'il fallait.

Les enseignants et la direction proposent donc aux parents de faire une évaluation neuropsychologique. Un genre de test basé sur quelques rencontres, qui dresse un portrait assez complet de la capacité d'attention et sur le niveau scolaire de notre enfant.

Malgré le fait que les diagnostics de TDAH montent en flèche, il est quasi impossible de trouver un neuropsychologue au public. On doit donc débourser autour de 1500$ pour le service au privé.

Une fois les évaluations faites, rendez-vous au médecin.

De mon côté, je n'ai pas attendu.

Pendant le processus qui mène au diagnostic, j'en suis venue à me dire que la médication allait simplifier la chose. À force de me battre pour qu'on fasse un plan à mon enfant, qu'on me refuse un vélo-pupitre (que je payais) ou l'accès à un endroit calme pour que mon enfant puisse faire ses examens, la pilule magique allait régler le «problème» de mon enfant.

Je l'avoue, je me suis dit que ce serait plus simple avec la pilule magique.

Avant le rendez-vous chez le médecin, j'ai discuté avec mon mari. Tous les deux d'accord, on s'est dit que la médication allait être LA solution.

Mais notre médecin nous a bien fait peser le pour et le contre. Il nous a parlé des effets secondaires. Il a pris son temps. Il nous a questionnés sur les besoins de notre enfant, sur nos attentes, sur son passé. Non, la médication n'est pas une pilule magique. Oui, elle peut aider à se concentrer, mais d'autres problèmes restent. Le fait que l'enfant soit le plus jeune de sa classe, ses autres problématiques qui influencent sa capacité d'attention, sa maturité, etc.

Une fois le portrait fait de notre enfant, au moment de faire la prescription le médecin nous a dit:

«Attendons un peu. On a le temps. Laissons vieillir un peu votre enfant.»

Évidemment, chaque cas est différent. Pour notre enfant, c'était la réponse. D'autres options se devaient d'être essayées.

QUOI??? Je sortais du médecin sans prescription de médicament?

Le plan était donc d'obtenir les services d'un éducateur, d'un psy, d'un plan d'intervention à l'école et d'un orthopédagogue. Tout ça, avant qu'on essaie la médication. Parce que parfois, tout ça suffit. Et ça évite d'essayer la médication sur un enfant. Une médication qui prend parfois du temps avant d'être «la bonne».

C'était inconcevable que notre enfant soit TDAH et non médicamenté. Surtout après avoir dépensé 1500$ en tests et avoir rencontré un médecin.

Je vous laisse imaginer la rencontre avec l'école. C'était inconcevable que notre enfant soit TDAH et non médicamenté. Surtout après avoir dépensé 1500$ en tests et avoir rencontré un médecin. Comme s'il était impossible de l'aider sans la pilule magique.

Les services pour aider nos enfants TDAH, au public, sont rares. Les orthopédagogues, éducateurs spécialisés, travailleurs sociaux, psychologues et neuropsychologues sont absents de notre système de santé publique. Tu veux des services, sors ton argent.

Pourquoi?

Pourquoi accepte-t-on, collectivement, de payer pour cette médication, mais pas pour l'accessibilité aux services qui aident aussi nos enfants à vivre avec les troubles d'attention?

Moins de médications, mais plus de services, ça semble pourtant évident.

Pourquoi accepte-t-on de «droguer» nos enfants aussi facilement? Sans exiger qu'on essaie toutes les autres options avant?

Pourquoi ne pas remettre en question la facilité avec laquelle on nous offre de la médication pour nos enfants versus la difficulté à obtenir du soutien psychologique?

Et si c'était plus facile de prendre une pilule que d'encadrer un enfant?

Comme mère d'un enfant TDAH, je le dis haut et fort, c'est beaucoup plus facile de donner une pilule que d'obtenir des services. Ça m'enrage.

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