LES BLOGUES
15/11/2016 01:21 EST | Actualisé 16/11/2016 03:08 EST

Maman pourquoi t'es pas là ?!

C'est pas une place pour moi ici. Les murs gris, le lit qui ne sent pas moi, la bouffe qui ne goûte pas comme chez nous, mon chat qui n'est pas là. J'veux juste retourner chez nous. Dormir dans mon lit dans mes couvertures.

C'est comme une boule au ventre. J'ai mal en dedans. Ça tire, ça brûle. Je veux voir ma mère. Je veux la sentir, je veux me coller sur elle. Il y a juste elle qui peut faire passer comment je me sens. J'ai toujours été avec elle.

Je ne veux pas être icitte.

« MAMAN POURQUOI T'ES PAS LÀ ?! »

Il est minuit et trente-deux. J'ai mal au ventre et ma mère est pas là. J'ai tellement pleuré qu'on dirait que je n'ai plus de larmes. J'ai trop mal.

C'est pas une place pour moi ici. Les murs gris, le lit qui ne sent pas moi, la bouffe qui ne goûte pas comme chez nous, mon chat qui n'est pas là. J'veux juste retourner chez nous. Dormir dans mon lit dans mes couvertures.

Mais je peux pas. Je suis prise icitte. J'aimerais ça voir mon petit frère, mettre ma face dans ses cheveux, l'entendre rire comme quand je le chatouille. Quand ma mère se chicane avec mon beau-père, il vient me voir et on se cache ensemble. Là je suis toute seule ici. J'ai besoin de lui pis de ma mère. C'est eux autres ma famille.

La seule affaire qui sent encore chez nous, c'est mon toutou Frozie. Je le sens souvent dans une journée. Quand j'ai le goût de pleurer ou que je suis vraiment fâché, je viens le sentir. Et là, je vois le visage de ma mère ou de mon frère.

T'sé, j'suis pogné au Centre à cause de mon beau-père. Il bat ma mère et des fois, il nous frappe nous autres avec. Y'a ben de la chicane dans ma maison. Quand les adultes se saoulent, ils deviennent violents. Mais moi, ma maison, je l'aime pareil. Même avec la chicane, j'ai envie d'être chez nous. Chez nous, c'est pas ici.

Des fois, je me demande si j'ai encore un chez-nous.

Je veux voir ma mère. Je sais même pas ce qu'elle fait en ce moment. Je sais pas si elle pense à moi. J'espère qu'elle est correcte. Mon beau-père a dit qu'il la tuerait si elle appelait la police. Et elle l'a fait. C'est la police qui a encore appelé la DPJ. Ma mère dit que c'est pour nous protéger.

« Maman, m'entends-tu ? Je t'aime maman. »

Je sais que mon petit frère est dans une famille en attendant. Ça fait trois semaines que je l'ai pas vu. J'espère tellement qu'il va bien. C'est mon petit frère et je suis supposé m'occuper de lui. C'est moi sa grande sœur. Et je suis pas là.

Je sais même pas à qui je parle, mais ça me fait du bien. C'est mon intervenante Catherine qui m'a dit de faire ça quand c'est trop difficile.

Même si j'ai juste 10 ans, je veux être là pour lui. Ma mère est venue me voir l'autre jour et elle m'a dit de ne pas y penser et de m'occuper de moi. Elle avait encore son bandage sur le visage. J'ai pas pleuré quand je l'ai vu, j'étais juste fâchée d'avoir pas pu repartir avec elle. Elle m'a promis qu'elle était en train de s'organiser pour qu'on retourne à la maison avant Noël. Mais là, cette nuit, ça me fait pleurer de penser à ma mère comme ça. Je m'ennuie en maudit.

Elle m'avait dit qu'on serait à la maison à temps pour Noël. Mais là, on est le 21 et je la crois plus. Je pense que je vais passer Noël icitte. Noël sans ma mère et sans mon frère.

Peut-être que ma grand-mère va venir me chercher pour que je puisse aller chez elle, mais mon éducateur m'a dit que c'était pas certain. Elle n'a pas beaucoup d'argent et c'est petit chez elle. Moi, ça me dérange pas si je dors sur son divan. Je veux juste la voir, pis peut-être que ma mère viendrait aussi. Ça, ça serait mon plus beau cadeau de Noël, voir ma mère, mon frère et ma grand-mère.

C'est bizarre, avant, quand on était à la maison, je ne m'en rendais pas compte comment je les aimais, ma mère et mon frère. Asteure que je ne les vois presque plus, ça me fait mal dans le ventre tellement je m'ennuie.

Je sais même pas à qui je parle, mais ça me fait du bien. C'est mon intervenante Catherine qui m'a dit de faire ça quand c'est trop difficile. Ça marche, je pense, parce que j'ai moins ma boule dans le ventre.

Catherine est vraiment gentille. C'est elle qui me donne plein de conseils et qui a fait mon plan d'intervention. Mon plan d'intervention, c'est comme une affaire qui va me permettre de changer mes comportements et de mieux grandir.

J'ai beaucoup de peine ces temps-ci. À l'école, je ne peux pas me concentrer parce que je pense juste à ma mère et mon frère. Mais j'essaie de me forcer pour réussir quand même. Parce que quand je vais retourner chez nous, ma mère va être fière.

La résilience, Catherine m'a dit que ça rend fort.

C'est Catherine aussi qui va être fière. Elle m'encourage beaucoup à persévérer. Si je suis ici pendant les vacances de Noël, on va même aller voir un spectacle ensemble. Elle dit que j'en ai besoin pour me changer les idées. Je te l'ai dit, elle est vraiment gentille. J'ai hâte de faire ça avec elle.

Elle m'a aussi appris un nouveau mot que je trouve important pour moi. C'est le mot résilience. Résilience, c'est comme réussir à passer au travers de gros défis ou des affaires qui te font vraiment mal et que tu peux pas changer. Comme par exemple moi, faut que je sois résiliente ; si finalement je suis encore ici à Noël, il va falloir que je passe au travers. J'ai pas le choix.

La résilience, Catherine m'a dit que ça rend fort. Faque, c'est important pour moi. Parce que je veux être forte pour pouvoir retourner chez nous, même si c'est après Noël.

Bianca Longpré est mère de trois enfants du Centre Jeunesse de Montréal et impliquée auprès de la Fondation du CJM.

Écoutez son entrevue avec Benoît Dutrizac au 98.5 FM.

LIRE AUSSI: Le Centre jeunesse de Montréal a besoin de votre aide

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost Voyez les images