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29/05/2016 03:48 EDT | Actualisé 30/05/2017 05:12 EDT

Les Cubes énergie, pu chez nous!

J'ai lu le portrait que La Presse+ (édition du 28 mai 2016) a fait de Pierre Lavoie. J'ai googlé, j'ai cherché, j'ai discuté, pis j'ai pensé.

Je suis le genre de fille qui fait de la course en vieux pantalon de jogging avec des «runnings» achetés en spécial. Quand je cours, je ne fais pas une promo de Nike ou d'Adidas, j'ai plus l'air d'une fille qui fait du sport, comme on en faisait en 1990 quand la santé n'était pas devenue une business. Quand je roule, je le fais grâce à mes vieux patins à roues alignées‎ qui en sont à leur 2e paire de roues. Mes enfants sont actifs, plus que la moyenne.

On mange santé aussi. Je n'achète pas de livre de cuisine et je ne fais pas de diète. Je ne cuisine pas de tapas ni de sushis. Je ne suis pas le courant de la cuisine nouveau genre. Je cuisine comme en 1990, quand on faisait à manger à ses enfants en évitant de donner de la cochonnerie, avant que la mode des plats dont on ne connaît même pas le nom arrive. That's it.

Je tente d'inculquer à mes enfants un mode de vie sain. Bouger, bien manger, s'aimer soi-même, être reconnaissant et de ne pas succomber à la pub, au courant qui essaie de te faire dépenser pour ta santé. Le sport est à la portée de tous. Un mode de vie sain aussi. Prendre soin de son corps, ça part de soi. Comme on n'a pas besoin d'un coach de vie pour être heureux.

Ma fille commence l'école et arrivent les Cubes énergie. Je m'y mets. On se met à calculer ce qu'on fait. Les minutes multipliées par le nombre de kids, de parents, décortiquer les heures en minutes, colorier... Compter, participer avec l'école et recevoir une note parce qu'on a oublié le cahier ou oublié de colorier les cubes parce qu'on était occupé à jouer dehors. Paradoxal non?

La première année, je trouvais l'idée pas pire. La deuxième, j'ai commencé à trouver stupide et niaiseux le principe des cubes. Comme si la santé, c'était de compter les minutes de sport. Compter des calories. Compter, comparer son poids, dépenser pour être en santé...

Compter des fruits et légumes mangés. Compter les minutes dépensées à compter tout ce qu'on ne devrait pas compter, parce que manger et bouger, c'est naturel. Compter des minutes de sport ne l'est pas. Compter le nombre de morceaux de carottes mangés non plus.

Ma fille fait de la gym compétitive. Neuf heures par semaine. Plus la natation. Plus le soccer. Plus le bécyk. Plus le parc. Plus la marche. Plus jouer dehors. Mon gars fait du soccer, puis du bécyk. Joue dehors. Joue au parc. Puis le bébé marche à quatre pattes. Puis moi je cours après eux. Je marche. Je rollerblade.

Ma fille fait plus de sport que nous tous. Mon gars moins. Mon chum moins que ma fille, mais plus que mon gars. Moi, ça dépend. Le bébé, pas grand-chose. L'amie de ma fille était déçue de ne pas avoir de sœur ou de frère parce qu'elle ne coloriait pas assez de cubes. Un autre se vante d'en faire plus que tout le monde. Une mère triche pour avoir la paix.

Quelle merde. Désolé, ce n'est pas ce que je veux inculquer à mes enfants. Je refuse que mes enfants fassent rouler la business de Pierre Lavoie au prétexte d'un mode de vie sain. Parce que oui, c'est une business. Et mes enfants n'ont pas à être ambassadeur d'une quelconque compagnie.

Se garder en santé n'est pas une compétition. Si ca l'est, c'est une compétition avec soi-même. Un défi personnel. Le défi de ma famille d'avoir un esprit sain dans un corps sain n'est pas l'affaire de Pierre Lavoie ou de qui que ce soit.

Je suis bien heureuse que sa business fonctionne, que des adultes bougent en gang, ramassent de l'argent pour la recherche, mais j'ai quand même un profond malaise avec les business du sport et de la santé et d'une compagnie qui se sert des enfants comme véhicule de promotion quand on sait que cette même compagnie fait des millions.

J'ai de la misère avec une Caravan qui fait la promotion de la santé, commanditée par une compagnie pharmaceutique. J'ai de la misère avec des médecins qui prescrivent des cubes énergie au lieu de l'activité physique tout simplement. L'activité physique n'est pas une business. Comme si les médecins vous prescrivaient de manger des pommes Granny Smith et du yaourt Yoplait au lieu d'une saine alimentation. Comme si les médecins avaient besoin d'un homme d'affaires et de sa compagnie pour les inciter à prescrire de l'activité physique...

Je refuse que mes enfants embarquent là-dedans. Je refuse que ma fille se vante de faire 15 heures d'activité physique par semaine à 6 ans et que mon gars soit déçu d'en faire moins. Quand on bouge, on n'a pas à compter les minutes et encore moins à se comparer aux autres. On n'a pas à le prouver à une quelconque compagnie.

Se comparer aux autres et aux standards, c'est ce qu'il y a de pire pour nos enfants, surtout les plus jeunes. La fierté de bouger et de prendre soin de soi n'a pas à être compté minute par minute. Bouger est devenu un plaisir perdu qu'on essaie de retrouver en décortiquant les moments, en prouvant aux autres qu'on peut le faire, alors que ça a toujours été naturel.

J'imagine bien mal ma mère me demander, en 1987, de compter le temps que j'avais passé assis sur mon bécyk banane.

Je participais à « Sautons en cœur » sans rien compter, me regarder sauter suffisant à ma mère.

Parce qu'avant, bouger, personne n'en avait fait une business.

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