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30/03/2016 01:38 EDT | Actualisé 30/03/2017 05:12 EDT

La vie est fragile en crisse

Je songe à la mère de Jean. J'avais les yeux remplis d'eau en pensant à elle. Je ne peux imaginer une plus grande douleur que celle qu'elle subit.

Je ne connaissais pas Jean. Je ne le connaissais pas personnellement, mais j'ai cette impression que je le connaissais. Comme des milliers, voire des millions d'entre nous, j'écoutais ses interventions de façon quotidienne. Il était un des seuls à m'intéresser à la politique. J'aimais l'homme public qu'il était. Il m'était sympathique. Il faisait partie de mon quotidien comme le font les deux Paul du 98,5.

Cet après-midi, j'étais rivée sur Twitter. Je refusais de croire que Jean Lapierre était mort, tout en sachant qu'il n'y a pas des dizaines de vols privés qui quittent pour les Îles. J'étais en déni. Mais pourquoi? Pourquoi l'idée de la mort de Jean me tordait l'estomac?

Pourquoi de savoir que l'homme qui a perdu son père quelques jours auparavant, qui meurt lui aussi à son tour, entouré de la femme de sa vie et de sa fratrie me rendait si triste?

En écrivant ces mots, je comprends. Je comprends pourquoi cela me rend si triste. L'histoire, même sans Jean, est d'une tristesse infinie. Même si j'avais voulu inventer un tel drame, je n'aurais pas pu.

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Être en deuil de son paternel, louer un avion pour aller essuyer les larmes de sa mère et rendre un dernier hommage à son père, y installer toute sa famille puis mourir dans un atterrissage forcé. Terrible.

Puis je songe à la mère de Jean. J'avais les yeux remplis d'eau en pensant à elle. Je ne peux imaginer une plus grande douleur que celle qu'elle subit. Je ne peux imaginer ce que peut être de perdre son mari, toute la douleur de voir partir la personne avec qui on a partagé sa vie, après des années de maladie, puis, déjà noyée dans le chagrin, perdre ses enfants.

Perdre ses enfants, c'est voir partir ce qu'on a de plus précieux au monde. C'est la Terre qui s'effondre, c'est l'apocalypse qu'on ne pouvait jamais concevoir, c'est surement la pire douleur que peut subir l'humain, on ne peut même pas l'imaginer, on tente seulement de la décrire.

Cette femme, elle vit ce drame épouvantable. Mon coeur est avec elle.

Rivée à Twitter, en lisant les collègues de Jean qui espérait le tweet de celui qui était déjà devenu un ange, je pensais à Jean, l'homme public. J'entendais le fameux «Salut Salut» de Jean. J'entendais sa voix. Étais-je la seule?

Suis-je la seule qui est hantée par la mort de Jean et de sa famille?

Suis-je la seule qui a appris, en ce 29 mars, que la vie était fragile en crisse?

Je le savais déjà, bien sûr, mais cette tragédie me l'a remis «dans la face». On peut, en quelques instants, les mêmes qu'il faut pour qu'un avion disparaisse du ciel, perdre ses enfants, perdre tous ses enfants. Je n'avais jamais pensé à ça. Je n'avais jamais pensé que je pourrais perdre plusieurs de mes enfants en même temps. Aujourd'hui, j'y ai songé.

J'ai repensé à cet avion et au vide qui peut arriver en quelques instants. Un vide immense, comme un trou béant, où l'on voudrait aussi tomber, mais qui nous retient sur terre en engloutissant ce qu'on a de plus important au monde: ceux qu'on aime, notre sang, nos enfants.

Le départ de Jean Lapierre et de sa famille a atteint la réalité de millions de Québécois. La dure et triste réalité que la vie est fragile en crisse. La réalité que l'on peut perdre un homme public qu'on admirait, un collègue, un ami, un père, un enfant en quelques secondes.

Les bons mots au sujet de Jean Lapierre ont coulé à flots toute la journée. Hommage par dessus hommage. Des sentiments forts pour un homme apprécié du Québec.

En lisant tous ces mots sur les médias sociaux, en pensant à la fragilité de la vie, j'ai pris plaisir à imaginer Jean les lire. Je ne sais pas s'il a pu le faire.

Il faudrait dire plus souvent aux gens qu'on admire, aux amis et proches qu'on aime, aux collègues qu'on apprécie, à quel point on tient à eux et comme ils sont importants pour nous. Il faudrait que les hommages viennent, bien avant la mort.

Parce que c'est beau à lire tous ces mots, c'est bon à entendre toutes ces paroles de ceux qui l'aiment. Surement plus beaux qu'entendus du ciel.

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