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02/01/2016 09:39 EST | Actualisé 02/01/2017 05:12 EST

Facebook et la mort

Facebook traverse les années. Des photos de nos 25 ans puis de nos 35 ans. De notre célibat pis de notre mariage. Des photos de nos kids naissants pis d'eux à la maternelle. Pis on meurt aussi. Sur Facebook on meurt parfois d'une maladie, d'un accident ou d'un suicide et plus rarement de vieillesse.

Facebook est maintenant la preuve que nous sommes vivants. Photos de tout ce que nous faisons, de tout ce que nous visitons, photos de tous ceux que nous aimons. Vidéos de nos enfants, de nos voyages, de nos chats et de nous.

Des milliers de preuves que nous sommes en vie. Des statuts pleins de joie, pleins d'amour et parfois empreints de tristesse.

Des liens de nos chansons préférées, des chansons que nous écoutons en boucle. Des chansons qui reflètent qui nous sommes, comment nous nous sentons.

Facebook traverse les années. Des photos de nos 25 ans puis de nos 35 ans. De notre célibat pis de notre mariage. Des photos de nos kids naissants pis d'eux à la maternelle.

Pis on meurt aussi.

Sur Facebook on meurt parfois d'une maladie, d'un accident ou d'un suicide et plus rarement de vieillesse.

Ma tante m'a envoyé un message un soir. Un message tout simple. Un message ordinaire, sans importance.

Elle est morte cette nuit-là. Au matin ma mère m'a appris sa mort. Quelques heures plus tard, j'ouvrais son message. Ce message, si ordinaire, si impertinent devenait un souvenir précieux. Je l'ai souvent relu. J'ai cherché sur son Facebook une trace de son malaise. J'ai relu ses statuts. J'ai recliqué sur les liens qu'elle avait partagés.

Facebook est insensible.

Matante n'avait pas prévu sa mort, elle n'avait pas prévu non plus sa mort Facebookienne. Ce qui fait que Facebook me rappelle son anniversaire. Elle me met dans mon fil d'actualité des messages que les gens lui envoient sans savoir qu'elle est maintenant au ciel. Facebook c'est bon pour la vie, pas pour la mort.

J'ai eu un amour il y a une quinzaine d'années. David était le seul ex dont il me restait de magnifiques souvenirs. Il était beau. Ses cheveux roux, sa voix et sa capacité à pêcher à mains nues m'avaient charmée. Il était mystérieux. Il était aussi tourmenté. Un tourment dont on ne guérit pas. Même après notre rupture je pensais parfois à lui. Je ne pensais pas à lui comme une fille qui regrette le passé, mais comme une fille qui sourit en repensant au passé, au temps où j'étais jeune et où mon amoureux était un mélange de Robin des bois et de Joe Dassin.

Puis Facebook est arrivé. Secrètement je l'ai cherché. Juste pour voir comment il avait vieilli. Il était là. Je lui ai écrit. On a parlé. Sur ses photos, sa beauté n'avait pas disparu, le tourment non plus.

Le temps a passé. Parfois j'allais voir ses photos, pour voir où en était sa vie. Je lui souhaitais Joyeux Noël ou Bon anniversaire. Il m'avait raconté son tour du Canada avec son chien Pollux. Surement pour fuir le tourment, il avait trouvé refuge dans le bois. Mais la nature ne chasse pas le tourment. Sporadiquement nous nous parlions, de tout et de rien.

Puis dernièrement j'ai reçu un appel. Le tourment avait emporté mon ancien amour. Je n'ai pas pleuré. Je suis allé sur Facebook. Je suis allé sur son Facebook. Un lien. Une chanson. Un mini détail du tourment. Pis j'ai regardé ses photos. J'ai relu les liens des causes qui lui tenaient à cœur et qu'il avait partagés. Il semblait en vie. J'ai réécouté «On s'est aimé comme on se quitte».

Plus besoin de fouiller dans une boite pour retrouver de vieilles photos. Quelques clics et la personne est là. Souriante, belle et en vie. Parfois même une vidéo qu'on ne se tanne pas de regarder.

Est-ce une bonne chose? Je ne sais pas. Si c'était mon enfant qui était parti, je serais là, sans arrêt à regarder son Facebook.

Faut-il préparer sa mort Facebook? Éviter que le site rappelle à nos proches depuis combien de temps nous sommes amis ou qu'il partage une de nos photos le lendemain de notre accident?

Laissons donc nos mots de passe à une personne de confiance. Juste pour éviter d'être trop en vie sur Facebook alors que nous ne sommes plus sur Terre. Juste pour ne pas que des gens que nous connaissons apprennent notre mort en nous souhaitant Joyeux anniversaire...

Parce que Facebook est la preuve de la vie, pas de la mort.

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