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Chienne de vie et impuissance des choyés

Ces nouvelles déprimantes augmentent mon sentiment d'impuissance. Une guerre qui fait des orphelins et des réfugiés. Des terroristes qui sèment la terreur.

Ces nouvelles déprimantes augmentent mon sentiment d'impuissance.

Une guerre qui fait des orphelins et des réfugiés. Des terroristes qui sèment la terreur. La faim qui règne pour des millions d'humains. Des corps d'enfants noyés sur une plage où ils devraient jouer. Des photos d'enfants qui dorment sur le sol, les yeux ouverts, terrorisés pour toujours me hantent des jours durant.

Et moi je suis là, au Canada, assise dans mon fauteuil neuf, au sec et au chaud, avec mes enfants qui dorment paisiblement, en ayant comme seul souci le choix de leur petit déjeuner le lendemain matin.

Injustice. Chienne de vie. Chienne de vie pour les autres, pas pour moi.

Pourquoi suis-je de ce côté privilégié du monde? Qui choisit si on vivra dans la peur, la douleur et la misère ou dans l'abondance, la sécurité et la tranquillité? Ce n'est plus une question de couleur de peau. J'ai remarqué ces petits yeux bleus qui ont vu la guerre. Cette peau blanche que le sang a tachée. Noir, blanc, brun, l'injustice, la guerre et la misère ne font aucune discrimination.

En regardant ces nouvelles, j'ai honte. Honte d'être ici, d'avoir tout, tout cuit dans le bec. Honte que mes enfants aient trop de tout. Honte de jeter les restes de nourriture. Honte de dépenser autant pour des vêtements. Honte de mes enfants qui chignent pour aller à l'école et boudent un déjeuner qui ne leur plait pas. Honte d'être de cette partie du monde, assise dans mon salon avec ce sentiment d'impuissance.

Honte d'être du bon côté de la vie et de regarder le film du reste de la planète qui va mal, écrasé dans mon salon en mangeant un quatrième repas, juste pour le plaisir.

Comment j'arrive à profiter de toute cette abondance alors que des milliers, que dis-je, des millions de réfugiés, qui vivaient bien il y a quelque temps, dorment sur le sol, ont faim et ont peur pour leur vie. Comment est-ce que je réussis à être aussi passive face aux autres?

Je vois, en temps réel, comme dans une télévision séparée en deux, ma réalité et celle d'une autre famille. Angoisse, peur, faim, terreur en noir et blanc d'un côté et bonheur américain en couleurs de l'autre.

Ça me fait mal au cœur. Pas la nausée. Mal au cœur, le vrai là, celui qui nous rend humain.

Impuissance totale.

Je regarde ma rue calme. Les arbres, les lumières, la lune. Est-ce que les gens qui vivent du côté malchanceux de la planète voient la même lune que moi? Oui, on regarde la même lune, assis sur la même planète, avec le même cœur qui bat, avec le même amour pour nos enfants, le même gout pour le bonheur, mais avec une dose différente de chance. Cette chance qui fait qu'on regarde la lune le ventre plein ou le ventre vide. Cette chance qui fait qu'on regarde la lune dans le calme ou la terreur. Cette chance qui fait que nos enfants grandiront dans la paix ou dans la guerre.

Les mêmes questions à chaque fois ou je lis ces nouvelles. Pourquoi ma famille a cette chance? Comment peut-on aider? Quoi faire pour le rendre plus équitable? Aucune réponse à toutes mes questions.

Envoyer dix dollars à un organisme qui vient en aide aux réfugiés pour me donner bonne conscience et pouvoir regarder, tranquillement, à travers les six écrans de ma maison, la misère du monde en HD.

J'ai l'impression que je ne peux rien faire de plus que ce dix dollars et me plaindre que je ne peux rien faire en écrivant un texte. Nous, les choyés de la vie sommes impuissants et pathétiques à la fois. Dans l'abondance, la paix et la richesse nous nous questionnons sans vraiment rien faire...

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