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13/04/2016 12:27 EDT | Actualisé 14/04/2017 05:12 EDT

100 tentatives de suicide, ouan pis?

Plus de 100 tentatives de suicide depuis septembre à Attawapiskat, une réserve autochtone en Ontario, ici, au Canada. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout qu'ils essaient de se tuer.

Plus de 100 tentatives de suicide depuis septembre à Attawapiskat, une réserve autochtone en Ontario, ici, au Canada.

Mais qu'est-ce qu'on s'en fout qu'ils essaient de se tuer.

On s'en fout comme on se fout des enfants qui y vivent et y meurent.

On s'en balance comme on se balance de leurs logements insalubres.

Comme on dit ici au Québec, on s'en câlisse. On se câlisse du sort de milliers de personnes parce qu'ils sont autochtones.

Canadiens et Québécois, ne jouez pas aux offusqués, vous vous souciez davantage du sort d'un enfant sur un autre continent que des milliers d'enfants autochtones vivant ici dans notre pays. Vous ne connaissez pas et ne voulez pas même savoir dans quelles conditions épouvantables vivent des centaines de Canadiens, juste parce qu'ils sont autochtones.

Vous dites que vous n'êtes pas racistes, que vous êtes inclusifs, mais vous ne voulez même pas vous intéresser à des gens, des Canadiens, sous prétexte qu'ils sont autochtones.

Grave non?

La preuve, plus de 100 tentatives de suicide depuis septembre dans une réserve de 2 000 personnes et on en entend à peine parler.

Prenez les mêmes 100 tentatives de suicide, mais dans une communauté blanche, les journalistes feraient la file pour faire des reportages. Les médias sociaux en parleraient partout. Une levée de fonds serait organisée, des bénévoles seraient en route, la population canadienne, ontarienne et québécoise, se mobiliserait.

Là, on s'en crisse.

Silence sur mon fil Facebook, qui contient pourtant des journalistes et des gens des médias. À peine quelques commentaires sur mon fil Twitter. Peu d'indignation. Tout juste si c'est mentionné dans les faits divers.

Mais comment est-ce possible? Comment une société comme la nôtre peut-elle autant mépriser et ignorer une catégorie de citoyens?

Comment?!

Nous qui accueillons des réfugiés, nous qui nous battons contre le racisme, qui prônons l'inclusion, qui offrons de l'aide humanitaire à travers le monde, comment peut-on laisser vivre des gens dans de telles conditions, pire y laisser vivre des enfants, sans protection, sans aide?

L'ONU nous pointe du doigt. L'ONU dit que c'est inacceptable. Pis nous, bien assis dans nos sofas nous nous disons «Ben là, y'ont de l'argent du gouvernement, qu'ils s'organisent.»

Pensez-vous aux enfants? Aux bébés? Aux malades et aux vieillards? Non, vous avez raison, on s'en fout, ils sont autochtones.

J'ai la rage au coeur, j'ai l'estomac qui se tord: des jeunes canadiens, des jeunes de mon pays, les uns après les autres, ne voient que le suicide comme option et on s'en fiche collectivement.

J'ai honte. J'ai honte qu'alors que nous sommes un des pays les plus choyés du monde, un pays riche, un pays plein de ressources, et que dans ce même pays, nous avons un tiers-monde. Une population de seconde classe. Une population dont la vie vaut moins. Des bébés et des enfants gravement négligés dont nous ignorons (volontairement) l'existence.

Je rage et j'ai honte.

Si vous êtes en difficulté, contactez le Centre de prévention du suicide au Québec au 1 866 277 3553.

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