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06/03/2016 10:03 EST | Actualisé 07/03/2017 05:12 EST

Couillard et l'ADN libéral

Les positions de Philippe Couillard plaisent. J'entends souvent le commentaire: «Enfin, un premier ministre qui a des principes et qui se tient debout!»

Est-ce que le premier ministre du Québec trahit l'ADN du Parti libéral du Québec (PLQ) en adoptant une position claire et tranchée dans le dossier d'Anticosti?

À en croire Mario Dumont, chroniqueur politique dans plusieurs médias de Pierre Karl Péladeau (PKP), la réponse est positive. Il y a cependant lieu de se questionner : s'agit-il vraiment de sa position, ou de celle de son grand patron et chef du Parti québécois, principal adversaire de Philippe Couillard?

Le 13 février, Dumont écrivait dans les pages du Journal de Montréal : «Le virage brusque et la nouvelle position tranchée de Philippe Couillard [est] une prise de position qui va à l'encontre de l'ADN même du PLQ». Et «la position de Philippe Couillard est purement idéologique».

Et encore : «Des déclarations aussi exagérées sonnent archifaux dans la bouche d'un chef libéral et ne passent pas la rampe de ce qu'on attend d'un premier ministre. Des enflures verbales dans le style d'Amir Khadir».

Franchement! L'ancien chef de l'ADQ, l'ancêtre de la CAQ, pour qui j'ai jadis voté, que j'estime pour ses qualités humaines et avec qui il m'arrive de partager quelques opinions, exagère et montre que son argumentaire est débranché de l'opinion publique. Les propos de Mario Dumont ne sont peut-être pas de l'enflure verbale au style «Khadir», mais ils sont bien pires. Ils frôlent le ton démagogique du regretté Pierre Falardeau, blasphèmes en moins.

Lorsqu'on regarde les derniers sondages, on constate que les Québécois et les Québécoises appuient majoritairement le premier ministre et l'équipe du PLQ. Plusieurs de leurs actions politiques ne sont pas très populaires et parfois difficiles, mais elles relèvent du bien commun: ménage dans les dépenses et la bureaucratie de l'État, révision des programmes, priorités en matières économiques et environnementales, réforme majeure dans le secteur de la santé, etc.

Quant à Anticosti, les citoyens du Québec sont sensibles à sa préservation. D'ailleurs, à les écouter, il n'y a pas encore assez d'espaces protégés dans la Belle province. Et puis, Anticosti, est - dans la perception collective - une île quasi vierge, un rare paradis perdu de la planète. Ce serait un sacrilège de toucher à ce joyau avec un projet pétrolier. Le risque est trop grand de voir la vierge être éclaboussée par le démon noir.

Pour ce qui est des positions tranchées de Philippe Couillard, elles plaisent. J'entends souvent le commentaire : «Enfin, un premier ministre qui a des principes et qui se tient debout!» C'est cela que les Québécoises et Québécois veulent: un chef d'État qui a des valeurs et des principes.

Et puis, au Québec, on comprend qu'une personne puisse changer d'idée. Dans le cas de Couillard, on constate qu'il se laisse conseiller, réfléchit, est prêt à refaire ses devoirs et à admettre ses erreurs. N'est-ce pas lui qui confessait en toute humilité que la réforme de la santé dont il a été l'artisan lorsqu'il était ministre de la Santé était une erreur?

Ainsi donc, la «conversion écologique» du premier ministre québécois plaît à tous, sauf à ses opposants.

Pour ce qui est de l'ADN du PLQ: ce qui arrive en ce moment montre que les rouges font un véritable retour aux sources. Lorsqu'on connaît l'histoire des libéraux du Québec - une formation historique qui tire ses origines dans les entrailles de l'histoire du Québec- on sait que pendant longtemps ils ont été beaucoup plus à gauche que ce qu'on a connu depuis une décennie. Il y a eu un éclatement durant le règne de Jean Lesage, plus précisément lors du départ de René Lévesque. Ainsi donc, accuser Philippe Couillard de s'attaquer à l'ADN du PLQ ne tient pas la route.

Et puis, Couillard est-il tombé dans un «piège» idéologique?

Par définition, une idéologie est ce qu'on appelle une philosophie ou des principes fondateurs.

Primo, je ne vois pas de «piège». Au Québec, on ne vit pas en vase clos. La question de la protection de l'environnement et de la baisse des émanations de gaz à effet de serre (GES) est une priorité planétaire.

Secundo, est-ce que c'est un péché d'avoir «une idéologie»? Les membres du PQ, de la CAQ et de Québec solidaire en ont plusieurs! Et j'ose aller plus loin: tous les commentateurs et analystes de la scène politique, comme Mario Dumont, en ont aussi. Ainsi, la neutralité n'existe pas. On a tous une ligne de pensée. Cela est un signe de culture.

Tout ça pour dire que les propos de Mario Dumont sont de la pure foutaise. Comme dit souvent ma femme : c'est n'importe quoi!

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