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13/12/2015 09:44 EST | Actualisé 13/12/2016 05:12 EST

Le Canada fait place au «vrai changement»

Notre jeune et «sexy» premier ministre - dont on disait ne pas avoir la compétence pour diriger le pays - a tout à prouver.

Si on se fie à l'apéro que nous sert l'équipe de Justin Trudeau depuis son élection, le Canada et notre système démocratique ne seront plus tout à fait les mêmes. «Le vrai changement» pourrait se voir d'ici peu.

Il serait ingrat au nouveau leader à la Chambre des Communes de ne pas réaliser ses promesses électorales. Une promesse est une promesse. Pour garder le lien de confiance, il est important de faire ce qu'on dit. Les Canadiens en ont marre des beaux parleurs.

Notre jeune et «sexy» premier ministre - dont on disait ne pas avoir la compétence pour diriger le pays - a tout à prouver. A le regarder aller, on peut croire qu'il va positivement continuer de surprendre la population. Bien entendu, les conservateurs et les autres partis d'opposition au parlement canadien trouveront que les libéraux ne font rien de correct. C'est normal puisqu'on n'a pas les mêmes valeurs. Et puis, on ne peut pas plaire à tous! Alors, laissons-les bougonner un peu. Malgré tout, on doit garder l'œil ouvert. On ne sait jamais...

Le 4 décembre, dans le discours du Trône, David Johnston, notre gouverneur général, lisait que «le gouvernement rétablira la relation de nation à nations entre le Canada et les peuples autochtones, une relation fondée sur la reconnaissance des droits, le respect, la coopération et le partenariat». Et que «les peuples autochtones participeront davantage à l'examen et à la surveillance des grands projets d'exploitation des ressources». On n'a pas eu à attendre longtemps la réalisation de ces propos.

Le 8 décembre, jour de la fête de l'Immaculée-Conception, on dirait qu'une Vierge amérindienne ou la mère Terre a entendu les prières des autochtones canadiens. Il y a longtemps qu'ils invoquaient le Grand Esprit.

Ce jour-là, à Gatineau, avait lieu l'Assemblée extraordinaire des Premières nations du Canada. Les grands chefs accueillaient Justin Trudeau.

Ce dernier, dans le style qu'on lui connaît, et sans faire d'égoportrait, a fait une déclaration qui passera à l'histoire des relations avec les premiers peuples d'Amérique en les désignant «comme des partenaires à part entière». Son contenu reprenait essentiellement ce qu'il a dit en campagne électorale.

Il a commencé par affirmer vouloir «rebâtir la confiance entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones». Pour lui, il n'est pas question d'«imposer des solutions du haut vers le bas». Elles doivent venir des communautés.

Et puis, Justin Trudeau a annoncé vouloir répondre à l'urgence d'une enquête publique nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées au Canada en mettant en place la commission qu'il a tant parlé. «La disparition et la mort de près de 1200 femmes et filles autochtones est une tragédie nationale qui a assez duré», pouvait-on lire dans «Changer ensemble», le programme politique du Parti libéral du Canada.

«Nous avons fait de cette enquête une priorité pour notre gouvernement parce que ceux qui ont été touchés par cette tragédie nationale ont suffisamment attendu. [...] Les victimes méritent d'obtenir justice, et leurs familles, une opportunité d'être entendues et de faire leur deuil», déclarait-il aux chefs des Premières Nations. Tout de go ils l'ont ovationné.

On sentait l'émotion. Le premier ministre et les chefs des Premières nations étaient émus. On attendait depuis si longtemps cet instant.

Et il a parlé avec eux d'investissement financier afin de réaliser, pour reprendre ce qu'il dira aux médias après la rencontre, «des réformes de l'éducation [...] qui seront orientées par les Premières Nations», d'un dégel de l'aide financière à leurs communautés, à la mise en application «complète» des recommandations de la Commission de vérité et réconciliation et une révision de toutes les lois qui les regardent.

«Les mesures [législatives] qui entrent en conflit avec vos droits, qui sont incompatibles avec les principes de bonne gouvernance ou celles qui n'ont tout simplement aucun sens sur le plan des politiques publiques seront abolies», a-t-il insisté.

C'est sur l'importance de relations Nation à Nations qu'il a le plus insisté: «Nous allons travailler avec vous pour rebâtir la confiance entre le gouvernement canadien et les peuples autochtones». Et puis, «Aujourd'hui, je vous promets que cette relation sera transformée et respectée»

Devant les journalistes, il ajoutera: «Aucune relation n'est plus importante pour moi - et pour le Canada - que celle que nous entretenons avec les Premières Nations, la nation Métis et les Inuits.»

Enfin «le temps est venu de nouer des relations renouvelées [...] des relations fondées sur la compréhension que les droits des Premières Nations [... sont] une obligation sacrée. [...] Ce qu'il nous faut réaliser, c'est un renouvellement complet des relations qui unissent le Canada et les populations des Premières Nations.»

Maintenant il faut passer de la parole aux actes. Il y a des urgences à régler. Plusieurs communautés vivent dans des conditions misérables et ont de sérieux problèmes à résoudre. Et on doit les aider à trouver par eux-mêmes les solutions.

Il y a notamment la question de l'accès à l'eau potable. Est-il normal que les deux tiers des réserves amérindiennes de notre pays aient fait l'objet d'un avis de faire bouillir l'eau au cours de la dernière décennie?

A la fin août, dans le nord-ouest de l'Ontario, Grassy Narrows a dû décréter l'état d'urgence en matière d'eau potable. Le fondement du problème remonte aux années 1960. Sa source d'eau avait été contaminée au mercure.

En Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick, le problème est criant: 93% des Premières Nations de ces provinces n'ont pas pu consommer l'eau du robinet pendant au moins un an entre 2004 et 2014. Et que dire des résidents de Neskantaga, en Ontario, qui sont sans eau potable depuis au moins 20 ans?

Et puis, il y a la regrettable Loi sur les Indiens qui les confine dans des réserves sans droit à la propriété et qui les infantilise. Il faut que la révision législative conduise à une modernisation majeure de cette loi ou son remplacement par un nouveau traité.

En ce 12 décembre, Journée nationale de prière et de réflexion sur les peuples autochtones, nous sommes invités à Apprendre à dialoguer avec les Premières Nations afin de sortir des préjugés.

Allez! On lève un verre d'apéro à nos partenaires. Le Canada fait place au «vrai changement».

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