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25/09/2015 02:10 EDT | Actualisé 25/09/2016 05:12 EDT

François le révolutionnaire

Le pape François est un révolutionnaire. Sa révolution est celle de la tendresse et de la miséricorde. Lors de son voyage à Cuba du 19 au 22 septembre, un prélude à sa visite aux États-Unis, il a agité les consciences.

Le pape François est un révolutionnaire. Sa révolution est celle de la tendresse et de la miséricorde. Lors de son voyage à Cuba du 19 au 22 septembre, un prélude à sa visite aux États-Unis, il a agité les consciences.

« Jésus propose toujours la logique de l'amour. Une logique capable d'être vécue par tous, parce qu'elle est pour tous. Loin de tout type d'élitisme, l'horizon de Jésus n'est pas pour quelques privilégiés capables d'arriver "à la connaissance désirée" ou à divers niveaux de spiritualité. L'horizon de Jésus est toujours une offre pour la vie quotidienne», exhortait-il sur la Place de la Révolution, à La Havane.

À Cuba, l'Argentin a encore une fois dérangé l'ordre établi.

François ne juge point. Il ne condamne pas, mais il bouscule. Il bouscule beaucoup...

Il bouscule le marxisme en disant que « le service n'est jamais idéologique, puisqu'il ne sert pas des idées, mais des personnes. » Et il ajoute que « l'importance d'une personne se fonde toujours sur la façon dont elle sert la fragilité de ses frères. »

Il rappelle au régime Castro, sans le nommer directement, et à tous, que « servir signifie, en grande partie, prendre soin de la fragilité. Servir signifie prendre soin des membres fragiles de nos familles, de notre société, de notre peuple. Ce sont les visages souffrants, les personnes sans protection et angoissées que Jésus propose de regarder et invite concrètement à aimer. [...] Ce sont des personnes en chair et en os, avec leur vie, leur histoire et spécialement leur fragilité, que Jésus nous invite à défendre, à protéger et à servir. [...] Le chrétien est toujours invité à laisser de côté ses aspirations, ses envies, ses désirs de toute puissance, en voyant concrètement les plus fragiles. »

Et il dit encore : «Il y a un "service" qui sert les autres ; mais nous devons nous prémunir contre l'autre service, contre la tentation du "service" qui "se" sert des autres. Il y a une façon d'exercer le service qui vise comme intérêt le bénéfice des "miens", au nom de ce qui est "nôtre". Ce service laisse toujours les "tiens" dehors, en générant une dynamique d'exclusion.»

Le roi de la Cité du Vatican bouscule ceux qui croient que la prospérité économique résoudrait tous les problèmes des Cubains.

Sa révolution est surtout pour la jeunesse. Il les appelle à rêver en plaçant l'amitié au cœur de leurs aspirations : « La capacité de rêver doit rentrer dans la réalité de la vie. Et un jeune qui n'est pas capable de rêver est fermé, renfermé sur lui-même. [...] Rêve qu'avec toi le monde peut être différent. Rêve que si tu y mets le meilleur de toi-même, tu vas aider à ce que ce monde soit différent. Ne l'oubliez pas, rêvez. Parfois, vous exagérez et vous rêvez trop grand, et la vie réduit votre chemin. Peu importe, rêvez. Comptez sur vos rêves. »

Il les a invités à accueillir l'autre dans sa différence et éviter de s'enfermer dans des pièges idéologiques fermés : «Pourquoi ne nous donnons-nous pas la main en ce que nous avons de commun ? Nous encourager à parler de ce que nous avons de commun. Et ensuite, nous pourrons parler des choses que nous avons de différent ou que nous estimons telles. Mais je dis de parler. Je ne dis pas de nous quereller. Je ne dis pas de nous enfermer. [...] C'est possible uniquement si on a la capacité de parler de ce qu'on a en commun avec l'autre ».

C'est aussi l'Église cubaine qu'il bouscule en rappelant l'idéal de la pauvreté au clergé et aux religieux et religieuses dans ce pays sous embargo et qui est plongé dans la misère : « L'Église, notre Sainte Mère, est pauvre, Dieu la veut pauvre. [...] Aimez la pauvreté comme une mère».

Personne n'y échappe. Il secoue l'ensemble des chrétiens : Ils doivent se faire serviteurs des plus pauvres. L'Évangile les oblige à donner l'amour qu'il y a en eux parce qu'ils doivent être des témoins de la miséricorde en donnant eux-mêmes le pardon.

Avec une vive surprise, il ne ménage pas ses prêtres. Il les supplie de retourner au confessionnal, mais en les invitant à la prudence : «Lorsqu'il te montre sa misère, s'il te plaît, ne le défie pas, ne l'arrête pas, ne le punis pas. [...] Ne le chasse pas du confessionnal, ne le défie pas. [...] Pense à tes péchés. Et pense que tu peux être cette personne. Et pense que, probablement, tu peux arriver plus bas encore. Et pense qu'en ce moment tu as un trésor dans les mains, qui est la miséricorde du Père. S'il vous plaît - vous, les prêtres -, ne vous lassez pas de pardonner. Soyez des dispensateurs de pardon. [...] Ne vous cachez pas derrière des peurs et des rigidités. »

Et il secoue le voile des nonnes en reprenant en d'autres mots ce qu'il écrivait dans son exhortation apostolique « L'Évangile de la Joie » : Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. [...] Un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d'enterrement ».

La révolution du pape François est en marche. « Nous sommes invités à vivre la révolution de la tendresse », lançait le leader catholique au Sanctuaire de la Vierge de la Charité à Santiago de Cuba, la patronne de Cuba. « Nous sommes invités à ''sortir de chez nous'', à avoir les yeux et le cœur ouverts aux autres. Notre révolution passe par la tendresse, par la joie qui se fait toujours proximité, qui se fait toujours compassion ». Le chrétien se doit de vivre la nouvelle « écologie sociale », un grand changement d'environnement.

Comme on dit au Québec : « Allez! On se bouge les fesses! C'est là que ça se passe... »

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