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30/09/2015 09:57 EDT | Actualisé 29/09/2016 05:12 EDT

Cuba s'ouvre au monde

Cuba est en train de changer. Au pays, on est à la veille de voir émerger une nouvelle génération politique. Le prochain congrès du Parti communiste cubain pourrait amener de changements majeurs.

«La jouissance des droits de l'homme reste une utopie pour des millions de personnes et on refuse à l'humanité de vivre en paix et de lui reconnaître le droit au développement», a lancé le président de Cuba, Raul Castro, devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 28 septembre. C'est la première fois qu'il était accueilli à titre de chef d'État.

Selon le frère du chef révolutionnaire cubain, c'est dans la pauvreté et les inégalités qu'il faut aller chercher les causes des conflits mondiaux.

Il a expliqué que l'engagement pris à la naissance de l'ONU, en 1945, de «favoriser le progrès social et de meilleures conditions de vie» reste sans suite parce que 795 millions de personnes ont faim, que 781 millions d'adultes sont analphabètes et que 17 000 enfants meurent tous les jours de maladies qu'il est maintenant possible de guérir, tandis que les dépenses militaires mondiales se chiffrent chaque année à 1,7 milliard de dollars.

On aurait dit une suite au discours du pape François à l'ONU. Le chef catholique déclarait, le 25 septembre, au même micro: «L'exclusion économique et sociale est une négation totale de la fraternité humaine et une très grave atteinte aux droits humains et à l'environnement. Les plus pauvres sont ceux qui souffrent le plus de ces atteintes pour un grave triple motif: ils sont marginalisés par la société, ils sont en même temps obligés de vivre des restes, et ils doivent injustement subir les conséquences des abus sur l'environnement. Ces phénomènes constituent la ''culture de déchet'' aujourd'hui si répandue et inconsciemment renforcée.»

Et puis, Raul Castro s'en est pris au capitalisme: il a fait remarquer qu'a disparu sur la planète le concept d'«État providence» au profit de systèmes régis par l'argent et la publicité.

Malgré ses propos vifs, il est resté prudent devant les géants mondiaux et a salué la reprise des relations diplomatiques entre son pays et les États-Unis: «C'est parce que le peuple cubain a su résister avec héroïsme et dans le sacrifice pendant 56 ans aux États-Unis que les relations diplomatiques ont pu être renouées et les ambassades rouvertes dans les capitales respectives. [...] S'enclenche maintenant une évolution longue et complexe vers la normalisation des relations, laquelle ne sera véritable que lorsque le blocus économique, commercial et financier sera levé et que le territoire occupé illégalement par la base navale américaine dans la baie de Guantanamo sera rendu.»

Ouverture au monde

Cuba est en train de changer. Au pays, on est à la veille de voir émerger une nouvelle génération politique. Le prochain congrès du Parti communiste cubain pourrait amener de changements majeurs.

La société de la famille Castro est en mutation. Son avenir passera inévitablement par un renouveau de son économie. Pour attirer des investisseurs étrangers, il lui faut une ouverture politique. Le nonagénaire l'a compris: l'embargo est «l'obstacle principal au développement économique de notre pays, et il touche d'autres États étant sa portée extraterritoriale; il nuit aux intérêts américains et des entreprises américaines».

Le président communiste de Cuba est pressé que ça change. Il a 84 ans. L'heure de sa retraite approche. Ce n'est pas pour rien qu'il a demandé au pape François d'établir des ponts avec les États-Unis. Le leader catholique a joué un grand rôle dans le rapprochement des derniers mois afin que l'embargo disparaisse.

Maintenant que les relations diplomatiques sont rétablies et qu'elles constituent «un progrès important qui a été très largement soutenu par la communauté internationale», pour reprendre ses propos, et que la visite de François a attiré l'attention médiatique de la planète sur Cuba, Raul Castro a hâte de passer à une autre étape. On le sent pressé, mais il tient à garder la tête haute.

Il pourrait reprendre ce que disait son frère le 26 juillet 1998: «Nous sommes des patriotes. [...] Ce que nous avons semé, personne ne pourra le déraciner. Un arbre peut tomber si ses racines sont faibles; mais un arbre ayant des racines profondes ne pourra jamais être arraché.»

Réussira-t-il son pari? Laissera-t-il un héritage positif à son pays? Il ne faut pas en douter mais il lui faudra encore un peu de temps...

Le jour de sa visite aux Nations unies, son homologue américain, Barack Obama, a dit, à la même tribune: «J'ai confiance que notre Congrès lèvera inévitablement un embargo qui ne devrait plus être en place. [...] Je crois que nous devons être assez forts pour reconnaître les choses quand ce que nous faisons ne marche pas. Pendant 50 ans, les États-Unis ont mené vis à vis de Cuba une politique qui a échoué à améliorer la vie du peuple cubain. [...] Nous avons changé cette approche. Nous continuons à avoir des différences avec le gouvernement cubain, nous continuerons à défendre les droits de l'Homme, mais par le biais de relations diplomatiques, commerciales et humaines. [...] Le changement ne viendra pas en une nuit à Cuba, mais je suis confiant dans le fait que l'ouverture, et non la coercition, favorisera les réformes et améliorera la vie des Cubains.»

Pour reprendre ce que disait l'archevêque catholique de Miami, Mgr Thomas Wenski, à la journaliste Philippine Saint-Pierre, de KTO TV: «Si l'embargo est levé cela peut encourager la population, la société et le gouvernement cubain à des changements profonds.»

De passage à Cuba, il y a quelques jours, les paroles du pape François résonnent encore: «J'encourage les dirigeants politiques à persévérer sur ce chemin. [...] Pour donner un exemple de réconciliation au monde entier.» Ce sera un autre pas pour sortir de l'utopie et du cynisme. Une page d'histoire est en train de s'écrire.

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