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25/10/2015 09:19 EDT | Actualisé 25/10/2016 05:12 EDT

Val Notre-Dame: la vallée de l'émerveillement et des divines tentations

Sur cette terre quasi-bénite, on sent une présence particulière, une sorte de souffle régénérateur qui pénètre les entrailles de l'être. Que l'on soit athée ou croyant, on ne peut rester insensibles à cette réalité.

Au loin, l'écho de la cloche de l'abbaye Val Notre-Dame résonne. Il s'élève dans la vallée, comme une prière élève l'âme vers les hauteurs. Il est 6h45. Pas très loin d'ici, à l'intérieur de la chapelle monastique, commencent les laudes, le deuxième espace communautaire où les moines cisterciens s'adressent à leur Dieu. Ces hommes catholiques qui vivent en retrait de la société - mais encore bien ancrés dans celle-ci - sont éveillés depuis 4 heures, heure matinale des vigiles.

Le jour se lève sur ce 14 octobre, mais le soleil arrive difficilement à se faire une place à travers la masse nuageuse. Il a plu toute la nuit. Le temps est sombre, mais les météorologues annoncent une journée magnifique. Comme dans toute existence, le beau temps finit toujours par revenir après les heures grises.

J'en suis à ma troisième visite en autant de semaines sur ce site d'exception qui offre quinze kilomètres de sentiers pédestres. Ce sont les pistes de l'ancienne Station touristique de la montagne coupée que les moines laissent gratuitement à la disposition du public. L'hiver, elles font place à la raquette et au ski de fond.

Ce matin, à 6h10, je me suis mis en piste sur le sentier du mont Saint-Joseph. C'était encore la nuit et la température était fraîche. Ces jours-ci, le thermomètre affiche une descente significative du mercure. Un bon matin, les premiers flocons de neige devraient apparaître à la cime des montagnes du Piedmont.

Je me suis habillé chaudement pour affronter la grisaille. J'ai commencé ma petite randonnée avec une lampe frontale afin d'être en sécurité au cœur de la forêt. La nuit expose à la part d'ombre en soi.

Sur cette terre quasi-bénite, on sent une présence particulière, une sorte de souffle régénérateur qui pénètre les entrailles de l'être. Que l'on soit athée ou croyant, on ne peut rester insensibles à cette réalité.

J'ai marché près de 45 minutes avant de pouvoir distinguer les couleurs multicolores de l'automne. Malgré le ciel sombre, la nature demeure merveilleuse.

À l'aube de ce jour, l'odeur des feuilles mortes embaume l'air. L'expérience olfactive est mémorable.

En altitude, au pied de la falaise, j'observe au loin l'abbaye. À travers la grande baie vitrée de la chapelle, il m'est possible d'être en contact visuel avec le tabernacle. Aussi, j'y vois les moines en prière et les chandelles de l'autel du mémorial eucharistique qui scintillent.

Les nuages se dissipent peu à peu. Je me remets en piste. Je souhaite arriver à l'heure à la messe de 8h15. Est-ce que j'y atteindrai un autre sommet à l'intérieur de moi?

***

Malgré ses charmes, le sentier du mont Saint-Joseph ne mène pas au secteur le plus intéressant du réseau pédestre de l'abbaye. Le plus marquant est le trajet de cinq kilomètres (un aller-retour) qui conduit du magasin jusqu'à l'Auberge de la montagne coupée. Là-haut, on retrouve deux belvédères qui offrent des points de vue impressionnants sur les montagnes et la plaine de la région.

Il y a quelques jours, ma conjointe Manon et moi étions charmés. C'était le 10 octobre. Il faisait un temps radieux. Le soleil était au rendez-vous. Il était même à son meilleur! Le ciel était dégagé. Durant la montée, à travers la forêt, il y avait une pluie de feuilles provoquée par le vent. En haut, en contemplation, nous nous émerveillions devant ce tableau grandeur nature digne d'un chef-d'œuvre. Celui qui a créé tout ça a manifestement du génie!

Ce jour-là, on n'a remarqué qu'un seul défaut au réseau pédestre: la difficulté de s'y retrouver parce que la signalisation et les repères sont rares ou confondants. Néanmoins, on finit par s'y retrouver.

Mais on dit que ce sont les premières fois qui nous marquent le plus. La mienne a eu lieu le 28 septembre. Après une petite prière aux intentions de ma famille, de ma famille et de personnes malades à la chapelle monastique, et après avoir bavardé avec un moine à la boutique où j'ai acheté du caramel fabriqué sur place et un livre, j'ai parcouru à travers la forêt un sentier de 1,8 kilomètre qui m'a dirigé jusqu'au monastère. Et je suis revenu à mon point de départ. Le silence de ce lieu m'a impressionné.

Mais c'est surtout le regard pénétrant, le sourire et le rire de l'homme de prière qui m'a accueilli au magasin qui m'a touché. On s'imagine que ces bigots catholiques mènent une vie austère. J'ai rapidement été confronté à un homme joyeux et visiblement heureux. Sa qualité de présence a contaminé positivement le reste de ma journée. Cela a mis un baume à mon vide intérieur fatigué suite à cette nuit difficile à veiller, dans la pénombre d'une chambre, une dame âgée souffrant d'une démence de type Alzheimer et subir ses injures.

Il est assez facile de se rendre à l'abbaye Val Notre-Dame. De l'autoroute 40, on suit la 31 en direction de Joliette. Et puis, juste avant d'entrer dans la municipalité, on prend la route 131 Nord jusqu'à Saint-Jean-de-Matha. On tourne à gauche sur le chemin de la Montagne-Coupée. Au bout se trouve l'abbaye. Juste un peu avant, c'est le magasin. Les sentiers débutent à l'arrière du stationnement.

Avant ou après la randonnée, il faut se laisser tenter. La boutique des moines est un incontournable. Tous les circuits touristiques de Lanaudière y font un détour. De toute manière, il faut se rendre au comptoir pour obtenir une carte des sentiers.

À l'intérieur, on trouve de nombreux produits fabriqués dans la pure tradition monastique. J'ai toujours eu un faible pour leurs caramels et chocolats. Ils ont un goût divin! Bien des démons aimeraient mettre la main sur les recettes des moines.

J'ai déjà hâte de revenir entendre l'écho de la cloche de l'abbaye Val Notre-Dame résonner dans la vallée.

www.abbayevalnotredame.ca

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