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29/08/2018 14:08 EDT | Actualisé 29/08/2018 16:02 EDT

Multipartisme: la véritable démocratie québécoise empêchée

Le choix démocratique véritable, le plein exercice du multipartisme, est empêché au Québec.

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Il suffit de laisser la pleine liberté de fonder n’importe quel parti, et ensuite de miner systématiquement et agressivement la légitimité de toute opinion divergente.

Enfin! Voilà l'élection, après 15 ans de règne libéral. 15 ans de politique gestionnaire, sans vision. 15 ans d'étouffement de toute ambition collective dans «l'économisme» et le provincialisme. 15 ans à voir notre débat démocratique s'engoncer dans les slogans creux, l'obsession des baisses d'impôts et de la rigueur budgétaire perpétuelle, les débats sur les CHSLD, les patates en poudre en CHSLD, le nombre de bains en CHSLD... 15 ans de droite fédéraliste.

Enfin, le changement «maintenant». Enfin, un gouvernement de la CAQ.

Je sais que je ne suis pas le seul à ressentir et constater l'injustice du choix qui nous est proposé, qui nous est imposé. Assez de ces quatre «trente sous» tout ternes, on vous offre une rutilante, étincelante piastre. Des milliers d'électeurs n'ayant aucun intérêt pour la politique fédéraliste de droite s'apprêtent à voter pour des fédéralistes de droite, pour sortir des fédéralistes de droite.

Le choix démocratique véritable, le plein exercice du multipartisme, est empêché au Québec.

Voyez-vous, dans le monde, pour garder leurs peuples en laisse, refouler leur volonté de changement et empêcher la démocratie véritable, certains régimes imposent un système de parti unique. On organise de fausses élections pour berner la communauté internationale, où près de 98% des votes dévoilés sont exprimés pour le cher Leader. Pour dompter les dissidents, on installe des intimidateurs aux bureaux de vote et l'on maintient un régime autoritaire, appuyé par l'armée, où l'on garde les individus dans la peur de la violence physique.

Miner la divergence d'opinions

Mais d'autres régimes adoptent des méthodes en apparence plus douces, et surtout, des méthodes plus sophistiquées, efficaces, et durables. Nul besoin ici d'interdire les partis proposant une alternative. Il suffit de laisser la pleine liberté de fonder n'importe quel parti, et ensuite de miner systématiquement et agressivement la légitimité de toute opinion divergente.

Un parti ose proposer d'unir le peuple en faveur d'autre chose que le statu quo? La solution est très simple. Accusez-le de semer la «division», la «chicane», pendant même que vous divisez la société en mille groupes d'intérêts pour mieux régner. Ce parti résiste et devient une option crédible?

La population ne croit pas ces histoires? Mitraillez-la de ces mensonges pendant 50 ans; les mensonges finiront par prendre.

Sortez une batterie d'accusations fallacieuses d'«intolérance», associez-le insidieusement aux pires crimes du 20e siècle et propagez ces lubies dans les pages des journaux internationaux pour berner la communauté internationale beaucoup plus efficacement. La population ne croit pas ces histoires? Mitraillez-la de ces mensonges pendant 50 ans; les mensonges finiront par prendre.

Le peuple souhaite discuter de grands enjeux démocratiques mondiaux? Il a soif de reconnaissance internationale et souhaite voter pour un parti leur proposant de tirer son épingle du jeu de la mondialisation? Assenez-lui avec condescendance qu'il se détourne des vraies affaires du quotidien.

CHSLD, CHSLD, CHSLD, économie, parti-de-l'économie, référendum. Souhaite-t-il conséquemment s'occuper d'enjeux plus terre à terre? Assommez-le de sermons sur cette même mondialisation qui rendrait insignifiant tout débat de ce genre. Vous savez, il y a tant d'enjeux plus importants dans le monde que ces petites préoccupations quotidiennes. Pensez à l'international, la mondialisation...

Saoulé de cette violence psychologique, effrayé, épuisé par un débat démocratique déraillé par cette impitoyable machine de guerre idéologique, le peuple choisira docilement et volontairement sa perte, à son propre insu, pour qu'on le laisse tranquille, sans qu'on ait à déployer l'armée sur le territoire... ou, si peu. Le peuple délaissera alors les partis aux opinions divergentes et offrira 98% de ses votes à de multiples partis, avec tous exactement la même idéologie, en faveur du régime en place.

Pourquoi tuer et réprimer les corps? Il est plus efficace de tuer les idées: on appelle ça être prévoyant.

C'est comme ça que l'on construit ce que j'appelle le multipartisme unique. Pourquoi tuer et réprimer les corps? Il est plus efficace de tuer les idées: on appelle ça être prévoyant. Voilà ce qui est arrivé au Québec durant les 20, 50, 250 dernières années. Voilà ce qui explique l'absence de choix dans cette campagne.

Dans le documentaire Le confort et l'indifférence de Denys Arcand, un électeur indépendantiste confie ses sentiments à la caméra, à la suite du référendum de 1980. Particulièrement ému, il affirme: «C'est la première fois que je vote... réellement». Parce qu'il avait déjà voté, au Québec, mais jamais vraiment voté. Pour ma part, je voterai vraiment, le 1er octobre prochain. Je voterai pour un véritable changement.

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