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13/07/2016 02:20 EDT | Actualisé 13/07/2016 02:23 EDT

Le Brexit, un faux divorce économique

L'économie britannique souffrira probablement d'un ralentissement post-vote. Ses déficits se creuseront un peu plus. Mais la livre, qui reste une monnaie de référence, servira de variable d'ajustement.

Laisser retomber la poussière et constater les dégâts. Deux semaines après la déflagration du Brexit, force est de constater que de nombreux édifices sont encore debout. Au-delà des conséquences politiques internes, le vote des Britanniques en faveur d'une sortie de l'Union européenne n'a pas provoqué le désastre économique redouté.

La livre a certes baissé face aux autres grandes devises, euro et surtout dollar, provoquant une perte en pouvoir d'achat immédiate pour les Britanniques. Mais, depuis, la situation s'est stabilisée au-dessus des niveaux qui avaient été théoriquement envisagés en cas de vote en faveur du Brexit. L'économie britannique souffrira probablement d'un ralentissement post-vote. Ses déficits se creuseront un peu plus. Mais la livre, qui reste une monnaie de référence, servira de variable d'ajustement.

Après le choc du résultat, les marchés boursiers ont eux aussi retrouvé leurs esprits. Quinze jours après le vote, le FTSE 100, l'indice de référence de la Bourse de Londres, est 3% supérieur à son niveau d'avant le 23 juin. Le Stoxx 600, indice européen élargi, est repassé au-dessus de ses plus bas touchés après le vote. Le Brexit crée nécessairement de la volatilité ce qui reste négatif pour les marchés financiers et les investisseurs. Mais, la crise de la Grèce, puis de la zone euro ou bien encore les turbulences en provenance de Chine ont appris ces cinq dernières années à vivre avec la volatilité.

Certaines activités financières ont commencé à souffrir de la situation. Les banques britanniques au premier chef. Mais même avant le Brexit, elles faisaient partie des plus mauvais élèves européens, soutenues à bout de bras par l'État depuis la crise financière. La Banque d'Angleterre s'est encore engagée à apporter toutes les liquidités nécessaires, jusqu'à 250 milliards de livres, pour garantir la fluidité du système bancaire et éviter tout risque de contraction du crédit.

Des fonds d'immobilier commercial font face à des demandes de retraits de leurs souscripteurs, les obligeant à geler leurs avoirs faute de liquidité suffisante. Cela ne reflète pas une situation de faillite, mais résulte de la caractéristique même du marché immobilier. Les cessions d'actifs prennent toujours quelques mois avant d'être signées. Des fonds subiront des pertes, la situation doit être surveillée, mais le poids de ces fonds d'immobilier n'en fait pas des acteurs systémiques.

Pour les États européens toujours attachés à l'Union, la perspective d'un départ du Royaume-Uni constitue un choc politique fort, mais pas majeur. Cette décision populaire vient avant tout clarifier une situation ambiguë. Le Royaume-Uni n'est pas un membre fondateur de l'Europe et il a toujours montré par ses actes depuis son adhésion en 1972 qu'il ne comptait pas devenir une force motrice. Il était même pour certains un handicap pour une Europe plus efficace.

Même si la France, l'Allemagne ou l'Italie espèrent récupérer une partie des activités financières de la City, un transfert massif de compétences parait peu probable. Londres était l'une des capitales mondiales de la finance avant l'entrée du Royaume-Uni dans l'Union européenne. Elle le restera après son départ. Les compétences y sont historiquement fortes. Le marché du travail est souple. Et les infrastructures ont démontré leur efficacité. Les délocalisations vers le continent resteront marginales.

Enfin, si certains projets ont été légitimement gelés, le temps d'y voir plus clair, l'économie continue de fonctionner comme avant, toujours régie par les accords de l'Union européenne à laquelle appartient toujours le Royaume-Uni, pour encore plusieurs mois voire années.

Le pays sortira-t-il vraiment de l'Union? Ressentant le malaise des électeurs, les politiques britanniques semblent aujourd'hui paralysés par une telle perspective. Aucun d'entre eux, même les plus virulents partisans du Brexit pendant la campagne, n'a eu le courage jusqu'à présent de revêtir le costume de celui qui enclenchera officiellement la mise en oeuvre du divorce. À se demander si le Royaume-Uni le souhaite réellement? Pragmatiques, les Britanniques ont compris leur intérêt à faire traîner les choses en longueur, notamment pour mieux négocier les futurs accords avec l'Union européenne à l'image de ceux dont peuvent bénéficier avantageusement la Suisse ou la Norvège.

Les pays de l'Union ont-ils également intérêt à un Brexit? Impossible d'imaginer en effet dans un monde globalisé et interconnecté de se couper d'un de nos premiers partenaires économique et financier.

Ce billet de blogue a initialement été publié sur le Huffington Post France.

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