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10/12/2015 02:43 EST | Actualisé 09/12/2016 05:12 EST

Empereur Trump

Imaginez qu'une forme de vie intelligente décide d'entrer en contact avec nous... on va lui présenter Donald Trump. Comptez jusqu'à trois et c'est le temps que les extra-terrestres vont avoir pris pour conclure que nous ne sommes pas une forme de vie intelligente.

Les jours passent et la mauvaise blague continue.

Tout le monde pensait que ça ne durerait pas, que ce ne serait que l'affaire d'une saison, qu'il ne passerait jamais le premier débat et que son manque total de substance finirait par le rattraper. Puis, il a dominé le premier débat, non pas sans essuyer des attaques à boulets rouges de tous côtés. Ensuite, il s'est mis à passer encore plus de commentaires déplacés, à dire encore plus d'énormités. Nous étions tôt dans le cycle électoral; quelqu'un finira par émerger du gigantesque lot de seize candidats pour enfin déloger Trump de cette absurde première place.

Puis, Bush et Walker se sont effondrés au deuxième débat. Bush a avoué lui-même avoir mal paru et sa campagne ne s'est jamais remise de cette performance juvénile au débat, où il fut le candidat le plus silencieux. Il apparaissait à certains moments presque gêné, comme un kid de 7 ans qui fait sa première présentation orale. Trump, évidemment, était Trump.

C'est d'ailleurs la devise de sa campagne, ce qu'on répète à tous ses conseillers et relationnistes quotidiennement et ce qui est écrit sur les tableaux dans ses locaux de campagne: «Let Trump be Trump», souligné de rouge. Et ils font bien! Dans le monde de la politique, il défie toutes les conventions et son franc-parler frôle la névrose narcissique par moments. C'est sa façon éprouvée empiriquement de grimper dans les sondages, exploitant les peurs et les stéréotypes du peuple. Plus il déblatère, plus il monte. Plus les médias lui lancent des singes dans les roues, plus il creuse son écart avec les quinze candidats qui refusaient et refusent encore d'offrir de vraies condamnations des propos outranciers du clown, obéissant à une vieille règle républicaine de Reagan: n'attaquez jamais un autre républicain. Lorsqu'on leur demande ce qu'ils pensent d'une présidence Trump, ils répondent que ce serait toujours mieux que d'avoir Hillary Clinton.

C'est aussi loin que tout le monde est prêt à aller, à quelques exceptions près. Les candidats qui osent le confronter sont souvent ceux qui sont en perte de vitesse dans l'opinion. Lorsqu'ils ont eu l'occasion de l'abattre, ils ont choisi de surfer sur sa vague populiste et de se présenter comme étant l'option modérée aux politiques risibles du magnat de l'immobilier, espérant récolter les appuis qui fuiraient d'une campagne controversée. Les républicains ont sous-estimé la stupidité de leur propre électorat.

La réalité est qu'environ 40% des Américains s'identifient comme étant républicains. De ce nombre, environ 10 à 15% iront voter aux élections primaires. Trump obtient environ 30 à 40% des intentions de vote républicaines, soit environ 10 à 15% des Américains. Les mêmes qui croient que Barack Obama est un musulman et qu'Apollo 11 ne s'est jamais vraiment posé sur la Lune. Malheureusement, entretenir activement une aile radicale et un discours démagogue au sein de son organisation politique finit ultimement par légitimer ceux qui se présentent au congrès avec un petit chapeau en papier d'aluminium. La question n'est plus si l'homme a réellement une chance de gagner la nomination, mais plutôt s'il est encore possible d'empêcher que cela ne se produise.

Personnellement, si j'avais 100$ à mettre, en dépit de mon pire dégoût, je le mettrais sur Trump. Il serait mal avisé de mettre son argent sur quiconque d'autre à ce point. Dans une course de voitures, gageriez-vous contre le meneur par trois tours d'avance?

Président Donald J.Trump

Comme plusieurs d'entre vous, rien que la vue de ces mots me fait saigner des yeux et vomir un peu dans ma bouche. Il est pourtant déjà trop tard pour l'empêcher d'être le candidat républicain à l'élection générale. Dans à peine un mois et demi, sois le 1er février, l'Ohio ira aux urnes pour élire Trump dans un enthousiasme à glacer le sang, selon les sondages. Cela fait déjà plus de cinq mois qu'il est en tête de la course, en train de se tordre de rire. Est-ce que c'est réellement si facile de devenir président?

Ensuite ce sera le New Hampshire, puis juste après, la Caroline-du-Sud. Et en quelques douzaines de jours, la majorité des états auront voté. Tous pour Trump, à se fier aux sondages. En une seule journée, le 1er mars, 12 états voteront simultanément lors du Super Tuesday. Pour arrêter le désastre à l'interne, ce sera la date butoir.

Techniquement, à moins que le ciel ne tombe sur la tête d'Hillary Clinton ou des démocrates, elle ne devrait faire qu'une seule bouchée de Donald Trump dans la générale. Une leçon de politique, presque divertissante à regarder. Même si personne ne semble fantasmer sur Clinton chez les démocrates, il est raisonnable de penser que l'éventualité d'une présidence Trump effraie assez la base pour la mobiliser. D'un autre côté, les Américains ont élu Bush deux fois. Ne sous-estimons pas leur capacité à élire des tarés, qui semble littéralement relever du masochisme politique. Ceux qui connaissent Sarah Palin ont certainement un petit sourire en coin à sa mémoire.

La présidence

Alors donc, puisqu'il est désormais nécessaire de l'envisager sérieusement, à quoi exactement ressemblerait une présidence Trump? Serait-ce le désastre mondial que plusieurs prédisent? Quels seraient les premiers gestes du Donald?

Rassurez-vous, le monde ne brûlera pas même si les Américains élisent une tranche de pain. Pour commencer, le Congrès possède énormément de pouvoirs et ses représentants ne sont pas suicidaires, ils ne voteront pas pour n'importe quoi. La vraie catastrophe, elle, serait sur le plan de la stature des États-Unis dans le monde, qui prendrait tout un coup. Le système américain, l'administration Trump seraient ridiculisés à travers le monde et la crédibilité du pays, non pas sans mentionner sa capacité à faire avancer ses intérêts, seraient grandement réduites. Cela marquerait l'imaginaire comme une fracture dans l'Histoire, le moment névralgique du déclin d'un empire américain qui s'est trop soûlé du pouvoir et qui est bien mal en point de son lendemain de veille.

Nous n'extrapolerons rien, puisque je suis déjà bien assez partisan comme ça. Je vais faire de mon mieux pour me limiter aux faits et m'attarder le moins possible à leurs conséquences. Je vous laisse la tâche de saisir les implications de ces politiques.

D'abord, président Trump construirait un mur entre les États-Unis et le Mexique et refilerait la facture au président mexicain sous prétexte que ce dernier envoie délibérément des criminels de l'autre côté de la frontière. Ensuite, président Trump annulerait l'accord sur le nucléaire iranien signé à l'arraché par une coalition de pays alliés, en plus de réimplanter les sanctions mises en place lors des négociations. Évidemment, il se retirerait immédiatement de tous les traités environnementaux des États-Unis, y compris l'accord historique avec la Chine et bien sûr un imminent protocole de Paris sur lesquels les leaders mondiaux travaillent présentement.

Président Trump mettrait aussi le pays dans le rouge foncé très rapidement, puisque le coût de son plan fiscal a été estimé à 12 trillions par le Times, presque autant que le total de la dette nationale. Pour contrecarrer ces coûts, Trump dit vouloir fermer les fameux loopholes dont les corporations abusent. Il ferait des investissements massifs dans l'armée, malgré le fait qu'elle est déjà la mieux financée au monde et qu'elle coûte plus cher que celles des 10 nations suivantes combinées.

Lors de sa première année de mandat, il démantèlerait Obamacare. Il n'a pas le choix. Il s'est peinturé dans le coin avec tout au long de la campagne, en rappelant toutefois qu'il a une meilleure idée pour un système moins dispendieux à travers le privé. Disons que je ne retiendrai pas mon souffle jusqu'à ce qu'il présente quelque chose, puisqu'il en aura déjà plein les bras avec sa politique de déportation. Président Trump mettrait sur pied une Deportation Force afin de trouver et d'expulser plus de 11 millions d'immigrants qui sont entrés au pays illégalement. À condition, évidemment, que les Américains lui offrent les jetons nécessaires pour réaliser son vœu.

En effet, il ne pourra réaliser qu'une petite partie de ses promesses s'il ne possède pas de majorité dans la Chambre et le Sénat. Si nous croyons avoir vu de l'obstructionnisme sans précédent sous Obama, les démocrates nous offriront probablement un vrai cas d'étude avec président Trump. Si ces derniers maintiennent une chambre, ils permettront à un peu de raison de veiller sur Washington en bloquant autant que possible tout ce qui passera sous leurs yeux. Ou presque. Ils laisseront passer quelques pièces de législation désastreuses pour leurs propres gains électoraux, question de laisser les républicains se ridiculiser de temps à autre.

Heureusement, le Commandant-en-chef ne peut partir en guerre sans l'accord du Congrès. Il aurait par contre l'autorité de pousser significativement plus loin la mission américaine en Syrie et en Irak, ce qu'il a d'ailleurs déjà promis de faire.

Du côté des questions sociales, président Trump pourrait réellement être bénéfique pour certains groupes et ne représente pas une menace au maintien des droits acquis de plusieurs, mais plutôt à l'expansion de ces derniers. Il dit aimer toutes les communautés et serait un ardent défenseur des intérêts des vétérans. Juste cette semaine, il a exigé à CNN de payer cinq millions de dollars à un organisme de vétérans sans quoi il boycotterait le débat sur leurs ondes, les privant de ses auditeurs qu'il estime responsables de la hausse de revenus chez les réseaux lors des soirs de débat. Il n'y a pas de limite à l'égocentrisme de Trump. Les seuls qui seraient réellement ostracisés par son administration sont les musulmans, eux qui verraient certaines de leurs mosquées fermées par décret et qui seraient placés sur une liste de surveillance nationale, peut-être même physiquement identifiés.

Pour ce qui est des armes, il en faut plus. Il en faut dans les écoles, dans les universités, dans les églises et les stades.

Président Trump pourrait cependant accomplir quelque chose que plusieurs estiment indispensable: réformer le mode de scrutin aux États-Unis afin d'assainir le processus et le drainer de sa corruption paralysante. Sur ce point, il trouverait sans aucun doute beaucoup de support de l'autre côté de l'allée, puisque c'est un sujet qui est très cher aux démocrates. Cette révision du mode de scrutin et de campagne serait un moment névralgique de sa présidence, puisque sa propre victoire aura mis en lumière l'absurdité du processus et souligné l'importance de s'en débarrasser, ne serait-ce que pour stopper l'oligarchisation du pays. Les Américains seront invités à réfléchir à l'influence de l'argent dans leur démocratie tout de suite après avoir vécu le traumatisme de l'élection de Trump. Ironiquement, ils feront l'autopsie de leur système en plein pendant la pire hémorragie.

Évidemment, ce scénario ne se produira que si les Américains ne pressent pas le bouton panique. Il ne se produira que si Marco Rubio n'émerge pas en fin de course comme le souhaitent les stratèges républicains. Il ne se produira pas non plus si les lois de la gravité politique ramènent Trump là où il était et là où il est à sa place: dans un show de télé-réalité.

On jase...

Imaginez qu'une forme de vie intelligente décide d'entrer en contact avec nous. Une fois sur terre, elle rencontre un humain et lui demande de rencontrer le chef de notre planète. On ne lui présentera pas Ban ki-Moon (secrétaire général de l'ONU), soyons réalistes, on va lui présenter Donald Trump. Comptez jusqu'à trois et c'est le temps que les extra-terrestres vont avoir pris pour conclure que nous ne sommes pas une forme de vie intelligente. En un claquement de doigts, ils seront repartis à la recherche d'une autre civilisation.

Nonobstant tout ceci, la question sur toutes les lèvres est la suivante: Président Trump se déplacerait-il à bord d'Air Force One, ou à bord de son fameux Boeing 757 Trump Force One plaqué d'or?

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