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03/11/2016 09:18 EDT | Actualisé 03/11/2016 09:19 EDT

Présidentielle américaine: le danger de la fausse équivalence

Ça y est. Il ne reste plus que quelques jours à cette éternelle élection présidentielle et l'intensité de la campagne touche son paroxysme. Il faut dire qu'on a droit à un dernier sprint digne du meilleur film hollywoodien.

Ça y est. Il ne reste plus que quelques jours à cette éternelle élection présidentielle et l'intensité de la campagne touche son paroxysme. Il faut dire qu'on a droit à un dernier sprint digne du meilleur film hollywoodien: des scandales sexuels des deux côtés, des méchants Russes qui s'immiscent en secret dans les affaires américaines, des pirates informatiques, des revirements quotidiens, mais surtout et par-dessus tout, une course serrée.

Contre toutes les attentes, Clinton n'est pas déjà en train de sabrer le champagne et de mesurer les rideaux pour le Bureau ovale. Plutôt, elle est en train de préparer ou de donner un discours quelque part en Floride ou en Pennsylvanie, dans une ultime tentative de rallier les troupes pour un combat qui s'annonce tellement plus difficile que prévu. Dans cet effort de dernière minute, Hillary Clinton tente de convaincre les électeurs que les narratives actuelles des médias et des analystes sont absurdes, en gros. Elle doit exposer toute la grossièreté dans la fausse équivalence rhétorique qui est faite entre elle et Donald Trump. Elle doit expliquer à tout le monde pourquoi ses petits larcins ne sont en rien comparables à la vulgarité fondamentale de son adversaire.

Illusion volontaire

Selon les grands esprits, Clinton a de la difficulté à sécuriser sa victoire présumément évidente en raison de ses propres faiblesses majeures en tant que candidate. Ainsi, confrontés à deux choix peu ragoûtants, les Américains auraient le choix entre deux candidatures également faibles et corrompues. C'est la fausse équivalence que tout le monde fait. Celle que le parti républicain tente de vendre aux Américains et celle que plusieurs Québécois ont eux-mêmes acceptée comme un jour de la semaine, incapables d'opposer la réalité et les faits à la trame républicaine et médiatique, sûrement par manque d'informations qui les outilleraient contre une telle fabrication.

Afin d'alimenter cette notion de parité, une alliance improbable s'est formée entre deux groupes qui partageaient l'intérêt commun de présenter une élection aussi serrée que possible: les médias et les républicains. Tous deux se frottent les mains chacun de leur côté en constatant l'harmonieuse mélodie qui se dégage de cet exercice de cynisme à grande échelle.

Opération réussie

Pour plusieurs, les deux candidats ont tort sur tous les enjeux et ce n'est qu'une question de choisir entre une gifle au visage et un coup de pied au derrière. C'est totalement faux. Certes, Hillary Clinton a tort à plusieurs égards et parfois bigly, comme dirait Trump. Cependant, je vous dirai qu'au moins, lorsqu'elle a tort, elle fait erreur dans des paramètres politiques normaux. Ce que je veux dire par paramètres politiques normaux, c'est que sa position ne fait pas le tour du monde pour sa dangerosité dans la même journée. Elle ne remet pas en question des traités internationaux par inadvertance, ne propose pas ouvertement d'armer l'Arabie Saoudite de missiles nucléaires ou encore d'abolir l'OTAN pour des considérations comptables.

Bien sûr, vous me direz qu'Hillary a l'histoire des emails.

C'est vrai. Hillary a été, selon les dires du FBI, extrêmement négligente avec des informations classifiées. Ce qui est aussi vrai, c'est que ce même FBI a déclaré qu'un procès serait exagéré et que le double standard serait au désavantage de Madame Clinton, non l'inverse.

Donc, il y a les emails. Trump, lui, fait l'objet d'une poursuite pour un viol sur une enfant de 13 ans, d'une autre contre Trump University pour une supposée fraude de masse, a douze femmes qui l'accusent d'écarts sexuels et a proposé ouvertement de payer les frais légaux de ses supporteurs qui seraient arrêtés pour de la violence dans ses rassemblements. C'est un candidat qui a remis en question la légitimité du premier Président noir en prétendant qu'il était né au Kenya, qui a dit que le Mexique paierait pour un mur sur la frontière du Sud, qui veut interdire aux musulmans l'entrée aux États-Unis et qui parle de la grosseur de son engin masculin durant un débat présidentiel. Hillary n'a fait rien de tout ça. Elle n'est pas parfaite, mais elle ne s'est jamais vantée de ne pas payer d'impôts ou d'être une mangeuse d'hommes.

Pourtant, on la met sur un pied d'égalité.

Imparfaite

Est-elle malhonnête? Par moments, certainement. Manque-t-elle de transparence, a-t-elle une tendance maladive vers le secret ou peut-on lui reprocher ses nombreux froids calculs politiques? Sans l'ombre d'un doute. Peut-on dire qu'elle n'est pas qualifiée pour la présidence ou encore qu'elle est dangereuse pour la stabilité mondiale? Je pense que vous vous trompez de candidat. Je vous interdis de teinter votre analyse d'une partisanerie telle que vous en venez à rejeter l'expérience et les compétences de Clinton, qui sont indéniables pour même l'observateur le plus distrait.

Pour ma part, je vous dirai que cette élection, c'est plus comme choisir entre une claque en arrière de la tête et se faire planter un clou dans chaque doigt. Évidemment, si vous aviez le choix, vous éviteriez les deux. Mais devant l'absence de choix et l'obligation de trancher, alors aussi bien choisir l'option qui ne laisse pas de cicatrices indélébiles à votre personne. Si l'une des deux options risque de causer une longue hémorragie, une infection et puis la mort, une claque en arrière de la tête est un bien maigre tribut à payer pour continuer à porter ses mitaines en paires. Au mieux, elle te réveille et te remet les idées en place.

Ne faites pas erreur: Donald Trump ne se compare en rien à quelque phénomène politique que ce soit dans l'histoire contemporaine. Il faut remonter à Mussolini pour retrouver ce genre de talent comique exploité à des fins politiques. Et encore, je ne compare pas Trump et Mussolini, puisque ce serait une insulte à ce dernier. Mussolini avait au moins la vertu de le faire par passion de la cité, par conviction pour une cause, aussi méprisable soit-elle. Trump, pour sa part, ne fait que pervertir la politique pour contribuer à son propre sentiment de grandeur et voir son nom dans les journaux.

Cela dit, croyez-moi, je suis parfaitement conscient qu'il serait naïf de ne pas prêter à tous les politiciens une certaine recherche de grandeur et qu'elle n'est pas à la base de l'engagement politique de certains des plus grands hommes d'idées de l'Histoire. Cependant, je fais la distinction entre l'envie profonde et louable de servir les siens par conviction de sa propre excellence et les simples pulsions narcissiques d'un égoïste.

Confrontés à un nominé présidentiel dont l'incompétence, le manque de préparation et l'indiscipline étaient sans précédent, les républicains n'ont eu d'autres choix que de miser sur la seule stratégie possible: présenter les deux candidats comme étant également exécrables et dire qu'au moins, le nôtre mettra par terre le système qui l'a fait naître et qui l'a couronné. C'est l'argument que plusieurs républicains utilisent et que je me plais à appeler l'argument masochiste: la lumière au bout du tunnel ne pourrait être atteinte que par une explosion pour le démolir. Malheureusement pour ceux qui y croient, une caisse de TNT ne fait pas de Trump un ingénieur ou un architecte. Cela ne fait de lui qu'une triste manifestation d'un peuple qui a été rattrapé par son époque et par le reste du monde depuis bien, bien longtemps et qui est désormais loin, très loin derrière.

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