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26/03/2016 05:32 EDT | Actualisé 27/03/2017 05:12 EDT

Testé sur des humains, exploitation sexuelle ou télévisuelle?

Testé dur des humains exploite le sujet comme un scoop télévisuel, diffusé entre un sketch de Marie-Pierre Morin qui joue la masseuse dépressive de centre d'achat et Pier-Yves Lord qui s'amuse à simuler une ascension de l'Everest aux chutes Montmorency.

J'ai visionné la première émission de la nouvelle saison de Testé sur des humains qui aborde le sujet complexe de la prostitution juvénile. En tant qu'étudiant en psychoéducation, je suis interpellé par les problématiques sociales qui concernent les jeunes dans notre société, et je considère que le traitement de ce sujet par l'équipe de Testé sur des humains constitue une regrettable occasion manquée.

À priori, l'idée d'aborder la question de la prostitution juvénile est une excellente initiative. Il s'agit d'une réalité qui demeure floue pour plusieurs d'entre nous, malgré les événements de plus en plus médiatisés concernant les fugues de jeunes filles du centre jeunesse de Laval.

L'émission Testé sur des humains aborde la problématique de la prostitution juvénile sous l'angle de la tolérance des commis des établissements d'hôtellerie qui acceptent de louer leurs chambres pour des activités à caractères sexuels entre un homme âgé et une jeune fille de 14 ans.

Après avoir visionné différents segments filmés en caméra cachée, les personnalités invitées à l'émission s'insurgent du manque de jugement de ces employés qui laisseraient de tels actes se produire. Charles Lafortune suggère même l'adoption d'une loi qui obligerait les clients à prouver le lien de parenté des enfants qui fréquenteraient un établissement hôtelier en compagnie d'un adulte.

On assiste ensuite à quelques échanges émotifs entre Marie-Pierre Morin, l'animateur Jean-Michel Anctil et les collaborateurs de l'émission. Mélanie Ménard fournit finalement une statistique sur la prévalence de la problématique, alors que Pierre-Yves Lord conclut le sujet en souhaitant que les autorités aient entendu le message. Et puis on passe à une pause publicitaire et l'affaire est ketchup!

Le manque de substance et de sérieux attribué à ce sujet délicat est absolument déplorable. La question de l'exploitation sexuelle des mineures est abordée sous un angle moralisateur, comme si les employés responsables de l'accueil derrière un comptoir de motel étaient imputables de ce fléau de société. Est-ce que nous croyons vraiment, comme le suggère l'animateur de La Voix, qu'il suffirait de légiférer concernant l'accès aux chambres d'hôtel pour enrayer la prostitution juvénile? Croyons-nous sincèrement qu'un gang de rue organisé, qui exploite sexuellement des jeunes mineurs, cessera ses activités parce qu'on lui refuse l'accès à une chambre de motel? Par respect pour la gravité du sujet, il faudrait quand même être un peu sérieux.

Nous parlons ici de gangs organisés et structurés qui enrôlent des jeunes qui ont des problèmes de toxicomanies et de santé mentale, en plus d'être souvent issus de familles aux ressources limitées. Les données du terrain démontrent même que de plus en plus de femmes agissent comme proxénètes, ce qui favorise l'enrôlement des jeunes filles.

L'intervention dans ce domaine implique donc des actions auprès des jeunes à risque et de leurs familles afin de prévenir qu'ils se retrouvent à la rue, à la merci des gangs qui exploitent les jeunes en difficulté. Pour les jeunes qui deviennent victimes d'exploitation sexuelle, il s'agit de les aider à développer leurs moyens pour reprendre leur développement psychoaffectif en retrouvant un peu de dignité après avoir vécu des épreuves que nous ne pouvons même pas imaginer.

Malheureusement, l'émission humoristique Testé dur des humains exploite plutôt le sujet comme un scoop télévisuel, diffusé entre un sketch de Marie-Pierre Morin qui joue la masseuse dépressive de centre d'achat et Pier-Yves Lord qui s'amuse à simuler une ascension de l'Everest aux chutes Montmorency.

La parole est ainsi donnée à des artistes et à des humoristes qui n'ont aucune compétence pour poser un regard lucide et critique sur la problématique de la prostitution juvénile. Pour commenter et analyser la démonstration filmée en caméra cachée, n'aurait-il pas été pertinent d'inviter un intervenant des centres jeunesse dont le travail consiste à venir en aide à ces jeunes filles?

N'y avait-il aucun chercheur de disponible pour présenter quelques données sur les facteurs de risques et de protection des filles et des garçons exploités sexuellement?

Au final, les responsables de l'émission Testé sur des humains donnent plutôt l'impression d'avoir abordé le sujet de l'exploitation sexuelle des mineures à des fins d'exploitation télévisuelle, sans vraiment se préoccuper des enjeux de cette triste réalité.

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