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01/02/2013 01:08 EST | Actualisé 03/04/2013 05:12 EDT

Un nouveau Printemps érable spinerait dans le beurre

Geoffrey Dirat

À voir avancer les négociations pré-Sommet de l'Éducation, on se doute bien que ça ne prendra pas trop de temps avant que certains appellent à une reprise de la grève. Après tout, l'indexation, même si elle consiste en un gel en termes réels, demeure une hausse en termes nominaux.

L'économiste en moi leur dirait qu'ils auraient tort de s'exciter le poil des jambes, mais les leaders étudiants le savent déjà. Par le gel, ils recherchent la gratuité tendancielle et peu importe la validité de la solution, elle ne saurait jamais convaincre une certaine frange du mouvement étudiant. Toutefois, le politologue en moi mettrait en garde les plus énervés contre la tentation des pancartes. Un nouveau printemps étudiant n'aurait pas la même traction, et les leaders étudiants perdraient au change.

Ce billet a été préalablement publié sur le blogue Jeune Insolent.

Pour comprendre, on doit se remettre dans le contexte du printemps passé. Les libéraux s'embourbaient dans les scandales du monde de la construction, de la corruption et de la collusion. Jean Charest avait finalement accepté, quelques mois avant, de lancer une commission d'enquête alors qu'il s'y était farouchement opposé pendant deux ans. C'était la fin d'un long et éreintant règne. Rendu là, aussi téflon qu'avait pu être M. Charest dans le passé, un rien lui collait à la peau. L'air du temps était passablement vicié, et une hausse semblait bien indécente. On avait l'air de pelleter les excès du ministère des Transports et autres problèmes comptables dans la cour des étudiants.

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Depuis, bien de l'eau a coulé sous les ponts. Un peu trop même. Ça ne fait que neuf mois, et pourtant on a le sentiment que c'était à une autre époque. On a eu une élection il y a cinq mois et le gouvernement Marois vieillit très vite. L'air est encore un brin vicié, mais la commission Charbonneau semble l'épurer tranquillement et le peuple en est confiant, au point où on ne se soucie presque plus de ce qu'il en sort. Ça va se régler, on se dit, et puis la caste politique s'est renouvelée. Kim-Jong Vaillancourt a démissionné, tout comme Tremblay et Marcotte. Ce n'est pas rose, mais l'horizon est plus glorieux.

Alors, même si le gouvernement Marois a été d'une hypocrisie crasse en disant d'abord que «tous les scénarios étaient sur la table», et, qu'aujourd'hui, la gratuité scolaire n'y est plus, une mobilisation digne de 2012 serait très peu probable. D'abord, du côté étudiant, l'opposition interne serait certainement plus prononcée. Plusieurs votes de grève avaient d'abord passé grâce à des taux de participation famélique; vers la fin du conflit, on voyait une participation accrue et des votes plus serrés. Un retour dans la rue déplairait à la frange plus modérée qui, bien qu'idéaliste, voudrait bien finir leur Bac un jour. Ensuite, et c'est là que le bât blesse, les étudiants épuiseraient leur capital de sympathie dans la population at large. Le zeitgeist est différent, et un truc comme les casseroles ne prendrait plus aujourd'hui.

Le scénario de l'indexation est un bon compromis entre la solution libérale et les désirs des associations étudiantes. C'est son intransigeance qui blessait Charest, et si les étudiants ne font pas preuve de bonne foi, ils auront tôt fait de perdre le moral high ground dont ils bénéficiaient. Déjà qu'en dehors de la métropole, les avis étaient partagés, ils auraient l'air de passablement pousser leur luck.

Manifestation étudiante du 22 août 2012