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01/07/2013 08:04 EDT | Actualisé 31/08/2013 05:12 EDT

Amis sur la route, amis pour la vie?

Ça fait plus d'un mois que je pense à ce texte, que je l'écris et réécris. Ma première version était pessimiste. Ma deuxième, peut-être trop optimiste. Les suivantes, un juste milieu, selon les rencontres du moment.

Ma troisième leçon apprise lors d'un voyage longue durée en solo est en lien avec les amitiés que l'on développe en chemin. Les amis que l'on rencontre sur le route sont-ils de «faux» amis car les bases de l'amitié sont trop souvent un mélange de «bah, on est à 2 947 483 kilomètres de la maison» et de jeux d'alcool?

On ne connait personne en profondeur, on devient amis par défaut. C'est réconfortant, des amis. Ça fait du bien, un peu de stabilité. Ou plutôt, découvre-t-on des gens avec des intérêts communs que l'on aurait jamais eu la chance de rencontrer autrement?

Il y a environ un mois et demi, j'ai reçu un message texte d'une de ces «amies par défaut». Elle était à l'hôpital.

J'étais un peu fâchée contre elle depuis quelques jours. Nous avons fait un roadtrip ensemble et le dernier jour de notre périple, j'étais extrêmement fatiguée et fiévreuse. J'étais la seule conductrice et j'avais peur de m'endormir au volant. Je lui demande alors de me tenir compagnie, de me parler de n'importe quoi.

« Je suis dans le bout excitant de Games of Thrones! Je veux lire le reste! » Qui répond qu'il préfère lire un roman à assurer sa sécurité comme passager d'un véhicule?!

Lorsqu'on se voit forcés de découvrir certaines facettes d'une personnalité facilement ignorées lorsque l'intérêt commun est boire de l'alcool de piètre qualité, on se pose alors la question : peut-on réellement être amis? Si ceci était la «vraie vie» aurait-on été amis, même trois semaines?

Mais bon, on était à la même auberge pour quelques jours encore, aucune nécessité de chicane, on perdra contact après de toute façon. Une amitié de passage qui se termine comme tant d'autres.

Mais voilà. Un message texte.

Elle avait mal à la gorge depuis quelque temps. La clinique sans rendez-vous l'envoie à l'urgence. Elle a un abcès à la gorge qui doit être drainé. Puis, ils n'y arrivent pas. Une nuit à l'hôpital, au moins.

Première réaction: « Où es-tu? Je m'en viens. »

Aurait-on cette réaction pour une amie par défaut? Est-ce que ma réaction est uniquement motivée par les 826 378 kilomètres qui nous séparent de la maison ou est-ce signe de vrais sentiments d'amitié?

Quand on rencontre de nouvelles personnes qui pourraient devenir des amis à l'étranger, pense-t-on à l'arrière de notre tête que ce sera uniquement une amitié de passage? A-t-on une définition plus large du mot ami en voyage ou est-ce simplement les circonstances qui créent des amitiés différentes?

Je pourrais écrire en long et en large sur l'impact des premières impressions sur les amitiés et l'impact de la distance, du sentiment de liberté, de notre attitude générale, sur celles-ci lorsque nous sommes en voyage. Les critères changent.

Quand reverrait-on une personne dont on déteste tout, dans un contexte normal? En voyage, si cette personne reste dans le même établissement que nous ou fait partie du même tour guidé, on se voit forcés de leur donner une deuxième chance.

Alors est-ce que ces amitiés de passage sont «par défaut» ou par obligation ou se donne-t-on simplement plus de temps pour juger les gens, sans le réaliser? A-t-on une obligation de donner une seconde chance alors qu'on ne le ferait habituellement pas?

Est-ce que ceci signifie que ces amitiés sont après tout plus profondes en voyage?

Il est intéressant de se questionner à ce sujet et de voir l'importance que prennent ces nouvelles rencontres dans l'appréciation d'un voyage longue durée. Car peu importe ce qui arrive à ces amitiés après notre retour à la maison, les gens avec qui nous avons partagé des moments uniques resteront associés à ces souvenirs.

Finalement, je n'ai pas la réponse à la question. Je ne sais pas si les amis rencontrés en voyage sont des amis de passage ou des amis pour la vie.

C'est sûrement du cas par cas. Comme dans la vraie vie.

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