profile image

David James Lazure

Garçon transgenre de 14 ans

Mon nom est David James Lazure. Cependant, cela n’a pas toujours été mon nom. Il y a environ un an, ma mère et moi nous sommes entendus pour choisir ce nom. En effet, je suis un garçon transgenre de quatorze ans, donc j’ai été assigné ‘fille’ à la naissance, mais mon genre est masculin. Croyez-le ou non, j’étais perçu comme une petite fille qui portait des cheveux longs, des robes et qui jouait aux poupées à un moment dans le passé. Je suis né le 18 décembre 2001 au Québec. J’avais 3 ans quand mes parents ont décidé de se marier et d’aller vivre en Suisse. Nous sommes allé s’établir à Zurich pendant environ 3 ans. Ma mère était professeure à notre école primaire, le Lycée Français de Zurich. Après cela, j’ai déménagé au canton de Vaud, une région francophone, dans un petit village entre Lausanne et Genève : Rolle. Là-bas, j’allais à l’école de l’Institut Le Rosey, dans un internat où j’étais externe, donc je ne dormais pas à l’école. C’est à cette école que j’ai appris à faire du ski alpin, de la harpe et du violoncelle. C’était une école extraordinaire qui m’a donné la chance de faire tellement de belles choses. Après quatre belles années là-bas, mes parents m’ont annoncé que nous allions faire un tour du monde de 9 mois. Nous sommes partis au début septembre pour visiter l’Europe, pour ainsi de suite visiter le sud de l’Afrique, l’Australie, des pays en Asie y comprit l’Inde, la Malaisie, la Chine et le Japon. Pendant ce temps, nos parents nous enseignaient l’école sur la route. C’était la plus belle année de ma vie. Une fois terminés, nous avons fait le choix de retourner au Québec. J’avais onze ans et j’allais commencer le secondaire. D’arriver en secondaire 1 dans une nouvelle école (le Collège Français) sans amis, était difficile, mais je me suis adapté très vite. Cependant, au cours de l’année, j’ai commencé à lire sur le fait d’être transgenre. En lisant, j’ai remarqué que je m’identifiait tellement avec le terme. Je ne me sentais pas comme une fille, mais plutôt comme un garçon. J’ai beaucoup appris avant de l’annoncer à ma mère. Elle l’a très bien pris. Elle l’a annoncé à mon père en janvier 2015 et nous avons prit contacte avec une psychologue spécialisé dans le domaine, Françoise Susset. Grâce à elle, j’ai réussi à vraiment mettre des mots sur mes émotions et à faire comprendre à mes parents que ce n’était pas une «phase»; que c’était réellement qui je suis. J’ai ensuite fait mon «coming out» par Facebook pendant l’été. Je n’ai pas eu de réactions négatives. Cependant, en commençant le troisième secondaire sous ma vraie identité, j’ai tout de suite compris que beaucoup de gens ne me prenaient au sérieux. Ils se trompaient sur mes pronoms et mon nom sans même s’excuser ou vouloir se corriger. Même avec le soutien inconditionnel de mes amis, je ne me sentais pas en sécurité. Je m’étais fait refuser l’accès aux toilettes des gars, un droit que je considère fondamental. Mon ancien nom apparaissait toujours sur les listes d’élèves ce qui me causait beaucoup d’angoisse et de stress. Je revenais à la maison en pleurant, car mon identité de genre était invalidée, malgré le soutien de ma meilleure amie, Marithé, et de tous mes amis. J’ai pris contact avec plusieurs autres personnes transgenres grâce à Enfants Transgenres Canada et j’ai vite découvert que ma réalité était celle de beaucoup d’autres enfants trans. Après huit mois de souffrance, mes parents m’ont retiré de l’école et me font actuellement l’école à la maison. Depuis ce temps-là, je me sens infiniment mieux, car je n’ai plus besoin de me battre chaque jour pour le respect de mon genre. Même si je ne suis plus à l’école, je compte y retourner l’an prochain en espérant que tout va aller mieux, car j’aime beaucoup mon école et mes amis. C’est pour cela que le projet de loi doit absolument être adopté avant la rentrée : je n’en peux plus de devoir me battre pour des droits qui devraient être acquis. Il faut absolument que les choses changent.