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15/11/2015 09:46 EST | Actualisé 15/11/2016 05:12 EST

Quand on oublie que son voisin est un humain

Sincèrement, je n'ai pas beaucoup d'espoir. Même que je ne pense pas voir le monde entier se redresser les épaules pour aider les plus démunis de mon vivant. Je ne parle pas de charité, je parle d'équité. Pour tout le monde évidemment, pas juste entre blancs.

Cette semaine, on apprenait dans les médias québécois que le Canada allait accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année 2015. Pendant que je me réjouissais de mon côté, d'autres s'inquiétaient (ou capotaient ben raide, en fait).

Ce blogue est co-signé par Aurélie Paquet

En gros, on n'en veut pas. Ces gens-là sont peut-être des terroristes qui vont voler nos jobs ou être sur le BS pour le restant de leur vie en plus d'assimiler la population canadienne à l'islam radical. Lire tout ça me fait tellement mal à l'âme que parfois je me dis qu'il vaudrait mieux ignorer ces idioties et me faire croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (allo Candide). Toutefois, ça me fait grandement réfléchir et j'ai envie qu'on réfléchisse ensemble.

Nous vivons dans un monde capitaliste où règne l'accès à la propriété privée et la recherche constante du profit. Plus ta richesse est importante, plus ton pouvoir et ta liberté prennent aussi de l'importance. Or, à force de vouloir vivre confortablement dans ce mode de vie, on finit par oublier que notre voisin est aussi une personne à part entière comme nous. On s'endette pour étudier, on travaille pour payer sa dette et sa future maison. Ensuite, on travaille pour réduire le fardeau financier de ses enfants tout en payant des impôts afin de réduire le fardeau de toutes et tous notamment en santé et en éducation. Pendant ce temps-là, on réussit parfois à se payer un voyage à Cuba (au pire en Gaspésie), quelques soirées au restaurant ou au cinéma en plus de donner 20 $ d'allocation hebdomadaire à son adolescent. On se lève le matin pour aller travailler, on revient le soir quand il fait noir. On soupe, on écoute la télévision et on se couche, exténué. Mais avant d'être allé au lit, on a regardé les nouvelles de 22h et on a appris que 25 000 Syriens allaient venir chez nous, qu'on allait leur offrir un toit, de la nourriture et une aide financière sans qu'ils n'aient eu à travailler ni à payer de l'impôt. C'est sans doute à ce moment-là qu'on se dit que c'est injuste.

Mais qu'est-ce qui a créé cet énorme cratère entre l'occident et l'orient? Entre les riches et les pauvres? Comment se fait-il qu'on en soit rendu-e à préférer les laisser crever dans un pays déchiré, et ce, dans l'ignorance? Et c'est sans compter les autres crises. Comment se fait-il que l'Indonésie brûle littéralement sans qu'on ne le sache? Qu'on laisse des milliers de filles se faire violer en toute impunité ici ou ailleurs? Qu'on laisse des enfants fabriquer nos vêtements? Que sur ma rue, je croise quotidiennement un tas d'itinérant-es? Qu'une personne âgée se voit refuser l'accès à un autobus parce qu'il lui manque 0,10 $? Sommes-nous devenu-es si insensibles? Pourtant, il me semblait que le monde entier avait été choqué par la mort atroce d'Aylan Kurdi...

Sincèrement, je n'ai pas beaucoup d'espoir. Même que je ne pense pas voir le monde entier se redresser les épaules pour aider les plus démunis de mon vivant. Je ne parle pas de charité, je parle d'équité. Pour tout le monde évidemment, pas juste entre blancs.

Mais j'avais quand même juste envie de te rappeler que les gens de l'autre bord, ceux qui te font peur et qui vont atterrir ici bientôt, sont comme toi. Ils ont une famille, ont vécu des joies et des peines, ont été en amour, font souvent de leur mieux, font parfois preuve de paresse, ont des passions, des colères, des envies, des idées et surtout, une vie à vivre, et ce, peu importe leurs choix.

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