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13/08/2015 10:41 EDT | Actualisé 13/08/2016 05:12 EDT

Le goût du changement

Les Québécois n'ont jamais d'options emballantes lorsqu'il est question de voter au Canada. Cela dit, il semble bien que les partis fédéraux aient décidé de se surpasser cette fois, n'offrant ni plus ni moins qu'un « bon produit » comme alternative au gouvernement Harper.

« Il est temps de changer ensemble », « nouveau cycle », « ensemble pour le changement »... Si on en croit les slogans des partis politiques fédéraux, un changement drastique est dans l'air. Conscients que le gouvernement de Stephen Harper est bien en place depuis de nombreuses années, ils misent sur le fait que les Canadiens et les Québécois voudront faire un grand saut vers autre chose. Le changement, donc.

En soi, il est à espérer que ce ne soit pas faux : saccage de la réputation du Canada à l'étranger, peu de considération pour l'environnement ou la démocratie, goût prononcé pour la monarchie, amour particulier pour l'aspect militaire et les armes... Notre pays voisin gagnerait grandement à sortir de ses vieilles pantoufles conservatrices. Mais, quelles sont les alternatives?

Dans une perspective indépendantiste, les Québécois n'ont jamais d'options emballantes lorsqu'il est question de voter au Canada. Cela dit, il semble bien que les partis fédéraux aient décidé de se surpasser cette fois, n'offrant ni plus ni moins qu'un « bon produit » comme alternative au gouvernement Harper. Si le taux de participation québécois au scrutin était très bas en 2011, il semble bien que cette fois-ci encore, il sera difficile de blâmer la population de ne pas se sentir interpellée par la campagne...

Le remplacement des idées par le marketing est une tendance qui trouve aujourd'hui une nouvelle et commode excuse dans l'avènement des médias sociaux, alors que, dit-on pour une énième génération de suite, les jeunes se détacheraient de la politique. Or, ce ne serait pas un luxe de se demander pour qui cette approche est vraiment utile? Pour les gens qui, sans cesse confrontés à la même offre présentée sous différents emballages scintillants, choisissent ce qui leur paraît le moins pire? Ou pour les partis et leurs stratèges, qui s'épargnent la tâche de faire des propositions développées ou d'entamer des réflexions importantes ? Lorsqu'on offre obstinément et inlassablement un seul et même produit, on ne peut pas s'attendre à ce que les consommateurs réclament autre chose. Après tout, les leaders ne devraient-ils pas servir d'exemple?

Ainsi, nous voilà devant des choix bien peu reluisants.

D'un côté, Thomas « Tom » Mulcair nous propose de se lancer « ensemble pour le changement », mais lequel exactement? Difficile de le dire puisque l'ancien ministre libéral et avocat des pourfendeurs de la loi 101, maintenant déguisé en homme de gauche, refuse de prendre une position claire sur de nombreux enjeux, notamment environnementaux, pour ne pas déplaire à un certain électorat. Ainsi, il nous propose le changement, mais le moins concret possible, pour être certain de s'adapter à la vision du changement de tout un chacun.

L'autre alternative, étrangement similaire, consiste à « changer ensemble » avec les Libéraux de Justin Trudeau. Cependant, il a fallu deux ans après son élection comme chef pour que nous puissions commencer à entrevoir le début d'une proposition originale de sa part ne prenant pas la forme d'une photo de famille ou d'un combat de boxe.

Le Bloc Québécois, quant à lui, refuse visiblement de réfléchir à ce qui a causé sa perte en 2011. Donc, pour parer au manque évident à ce niveau, avec le retour de l'ancien chef qui reprend son discours traditionnel, on martèle qu'un « nouveau cycle » s'engage, en présentant constamment Gilles Duceppe entouré de jeunes faire-valoir pour renforcer l'illusion que quelque chose a changé. Alors que certains parlent « d'un discours indépendantiste au Bloc », le parti lance sa campagne sur une allocution ne traitant pratiquement pas d'indépendance, puis publie des communiqués réclamant une plus grande action du fédéral dans certains dossiers que nous devrions, comme indépendantistes, vouloir prendre en charge nous-mêmes, comme celui des quais aux Îles-de-la-Madeleine. Notons également que le chef, sans grande surprise, refuse de montrer ne serait-ce que l'ombre d'un espoir qu'un engagement concret à réaliser l'indépendance soit pris par son partenaire souverainiste à Québec en vue de l'élection de 2018.

Les professions de foi et le changement artificiel sont donc les plats de résistance que l'on propose aux électeurs. On réclame notre vote « pour bloquer Harper », « pour élire des indépendantistes », « pour le Québec »...

Est-ce que le NPD ou les Libéraux comme gouvernement modifieraient un peu le paysage politique canadien? Est-ce que des députés du Bloc québécois agiraient autrement que ceux du NPD en sol québécois? Sans doute. Cela dit, dans tous les cas, le changement n'est vraisemblablement pas celui annoncé ni celui auquel on serait en droit de s'attendre.

La table est mise, mais les saveurs ne sont pas au rendez-vous.

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