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27/02/2018 06:00 EST | Actualisé 27/02/2018 06:00 EST

Cher Jean-Martin, tu ne mesures pas la valeur de ce que tu as fait

Pourquoi es-tu allé contribuer à donner l'impression que le Parti québécois est toujours un grand parti indépendantiste? Pourquoi es-tu allé participer à cette mascarade?

Getty Images/iStockphoto

Cher Jean-Martin,

Avant 2012, je m'étais intéressée distraitement à quelques campagnes électorales, sans plus. Comme beaucoup de gens de mon âge, ce sont les mois de la grève étudiante qui sont venus tout changer. C'est pendant ces semaines ponctuées de manifestations et d'assemblées que je me suis promis qu'à l'élection qui approchait, je voterais pour la première fois pour un parti qui m'inspirait vraiment. J'ai donc épluché tous les programmes et c'est à ce moment que j'ai découvert ce petit parti que tu avais fondé quelques mois auparavant. Je n'adhérais pas à toutes les propositions, mais on s'entendait sur l'essentiel et j'ai commencé à te suivre avec intérêt, n'hésitant pas à visionner tes vidéos plusieurs fois. J'y ai vu un politicien sincère qui souhaitait parler à l'intelligence des gens. Et au lendemain de l'élection de 2012, j'ai pris ma carte de membre d'Option nationale et j'ai écrit à l'exécutif de ma circonscription. Je ne voulais plus seulement voter, je voulais participer.

Tu as probablement entendu cette histoire de nombreuses fois, puisque c'est celle de milliers de jeunes que tu as amenés au militantisme et même, pour plusieurs, à l'indépendantisme. Pourtant, aujourd'hui, j'ai l'impression que tu ne mesures pas la valeur de ce que tu as fait.

Tu disais qu'Option nationale n'avait pas été créé contre un autre parti, mais bien pour reprendre le flambeau que l'on délaissait depuis trop longtemps par peur de perdre des votes.

À ceux qui disaient que ce n'était pas le bon moment, tu répondais que tous les pays du monde avaient les problèmes que l'on évoque généralement pour repousser l'indépendance (le système d'éducation, de santé, etc.), mais qu'au moins, si nous étions indépendants, nous pourrions décider par nous-mêmes des meilleures solutions à adopter. Tu militais en faveur d'un discours clair convaincu et convaincant, avant, pendant et après les élections. Tu disais qu'Option nationale n'avait pas été créé contre un autre parti, mais bien pour reprendre le flambeau que l'on délaissait depuis trop longtemps par peur de perdre des votes. Même après avoir quitté Option nationale, tu as continué à rappeler l'importance de se présenter devant la population en défendant ses convictions, allant même jusqu'à critiquer l'actuelle stratégie du Parti Québécois consistant à repousser sa raison d'être, son essence, à un hypothétique deuxième mandat. Aussi crédible que le Parti Vert qui promettrait de ne pas protéger l'environnement, disais-tu.

J'irai donc d'une simple question : pourquoi?

En 2011, lorsque tu as quitté le Parti Québécois, celui-ci était déjà le seul parti fondé dans l'objectif de réaliser l'indépendance. Pourtant, ses dirigeants repoussaient sans cesse à plus tard toute démarche concrète en ce sens. C'est précisément cette situation que tu as dénoncée en démissionnant. Depuis, ce parti s'est engagé encore plus clairement dans la voie de la procrastination. La position de Jean-François Lisée à cet égard est d'ailleurs, pour le citer, un engagement en « fer forgé », « une porte fermée à double tour ». Le Parti Québécois va plus que jamais dans le sens contraire de ce que tu as toujours défendu. Où est passé l'homme qui souhaitait parler à l'intelligence de la population? Celui qui disait que le cynisme était largement dû à cette propension des politiciens à mouler leurs convictions sur les sondages? Jean-François Lisée t'aurait convaincu de revenir au bercail sur la promesse d'octroyer des fonds pour actualiser des recherches sur la question nationale, mais, entre toi et moi, n'existe-t-il pas bon nombre d'organismes qui se consacrent à faire des études sur cette question? Quelle est la vocation de l'IRAI, alors?

J'en reviens donc à ma question initiale : pourquoi? Pourquoi es-tu allé contribuer à donner l'impression que le Parti québécois est toujours un grand parti indépendantiste? Pourquoi es-tu allé participer à cette mascarade? Peut-être es-tu là, comme le soulignaient plusieurs analystes, parce qu'il sera plus simple de reprendre le parti de l'intérieur après une éventuelle défaite. Mais, franchement, à quel prix?

Alors que Véronique Hivon évoquait ta capacité à renouveler la confiance en nos instances démocratiques, j'avais envie de lui rappeler, de te rappeler, que tu l'avais déjà fait dans le passé en inspirant de nombreux jeunes, de la plus belle manière qui soit. Malheureusement, ce que je voyais lors de cette conférence de presse ne m'inspirait que du cynisme. Tout y était : la langue de bois, l'incohérence, le mépris pour l'intelligence des gens et, plus particulièrement, des militants à qui on continue de faire croire que le train de l'indépendance est en marche.

Jean-Martin, aujourd'hui, j'ai envie de donner raison à ceux qui, cyniques, m'ont demandé ces dernières années pourquoi je m'impliquais en politique, pourquoi voulais-je m'associer à ces politiciens qui sont « tous pareils ».

Jean-Martin, aujourd'hui, j'ai envie de donner raison à ceux qui, cyniques, m'ont demandé ces dernières années pourquoi je m'impliquais en politique, pourquoi voulais-je m'associer à ces politiciens qui sont « tous pareils ». À ces politiciens qui disent une chose, et puis une autre. Qui se contredisent. Qui mentent. Qui ne tiennent pas leurs promesses. Chose certaine, si je décide de débattre à nouveau de cette question, ce ne sera plus en te citant en exemple.

À une prochaine fois, peut-être.