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28/04/2018 08:00 EDT | Actualisé 28/04/2018 08:00 EDT

Pour vivre en dignité

TEXTE COLLECTIF Docteur Barrette, au nom des résidents en CHSLD actuels, nos parents et nous-mêmes, nous vous demandons de réinvestir dans les fonds destinés aux CHSLD puisque les besoins se feront grandissants.

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Nous utiliserons les termes «personnes âgée» et «aînés» afin de parler des résidents par souci d'alléger le texte, nous voulons ainsi inclure les personnes résidant en CHSLD qui ne s'identifient pas à cette catégorie d'âge.

Depuis les dernières années, nous sommes témoins de dénonciations des conditions choquantes dans lesquelles vivent les résident-e-s dans les CHSLD. Nous avons remarqué une inaction du Ministre de la Santé face aux scandales des ratios de couches, des chutes, de la surmédicalisation, de la maltraitance, pour en nommer que peu d'exemples. Nous avons remarqué, lors de nos recherches, que les piètres conditions de vie des résident-e-s des CHSLD relèvent principalement d'un manque flagrant de financement. Ainsi, nous revendiquons un réinvestissement massif dans les fonds destinés aux CHSLD du réseau public. Nous sommes tous au courant, particulièrement vous M. Barrette, que la population du Québec est vieillissante et que les besoins se font grandissants. Les effets du manque de fonds se font déjà sentir, qu'adviendra-t-il si vous ne cessez de couper?

D'ici 15 ans un Canadien sur quatre aura plus de 65 ans, l'augmentation du nombre de personnes en perte d'autonomie qui s'en suit apporte une forte demande de lits en CHSLD.

D'ici 15 ans un Canadien sur quatre aura plus de 65 ans, l'augmentation du nombre de personnes en perte d'autonomie qui s'en suit apporte une forte demande de lits en CHSLD. Actuellement, les listes d'attente débordent, car le nombre de places est insuffisant. La réduction du nombre de lits en CHSLD, depuis les années 1980, résulte du désengagement de l'État. Nous manquons de lits au point où l'État loue des lits aux établissements privés afin de désengorger les hôpitaux en attendant que les patients soient hébergés de façon permanente. Est-ce vraiment une solution durable? Nous ne croyons pas, il faut plus de CHSLD publics puisque le vieillissement est inévitable et nous souhaitons tous vivre en dignité.

Comme le récent mouvement des infirmières et infirmiers nous l'a montré, les conditions de travail du personnel soignant sont désastreuses, et ce, surtout en raison du manque de financement. Il manque de personnel, le ratio aidant/résidents ne cesse d'augmenter et le personnel a de moins en moins de temps à allouer aux patients. Selon nos recherches, le ratio s'élevait à 25 patients pour un seul infirmier en 2013 (Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, 2013, p.11), mais, sur le terrain, le nombre de résidents peut s'élever à 40. Le nombre bien trop élevé de patients force les intervenants à donner les soins le plus rapidement possible au détriment de la qualité de ceux-ci.

Le ratio de couches découle bien plus d'un manque de temps que d'un manque de matériel!

Les contraintes de temps, causées par le manque de personnel soignant et de financement, ont entraîné certaines des situations les plus scandaleuses comme les «ratios» de couches et le nombre de bains alloués aux résidents. Le ratio de couches découle bien plus d'un manque de temps que d'un manque de matériel! Il en va de même pour les bains, saviez-vous que lorsqu'on mentionne un bain complet par semaine, il s'agit en fait, bien souvent, d'un lavage complet à la mitaine? Pourquoi contraindre nos aînés à ces conditions?

Docteur Barrette, au nom des résidents en CHSLD actuels, nos parents et nous-mêmes, nous vous demandons de réinvestir dans les fonds destinés aux CHSLD puisque les besoins se feront grandissants. Vous peinez à répondre à la demande actuelle, en plus de contraindre le personnel soignant épuisé à exécuter leurs tâches en toute vitesse en raison du manque d'effectifs et des ratios démesurés. Les coupures se font au détriment de la qualité de vie des personnes résidant en CHSLD. Et notez ici que le blâme n'est pas dirigé vers le personnel soignant, mais envers votre ministère.

Enfin, comment expliquer cette situation intolérable provoquée par votre gouvernement sinon par l'âgisme, cette propension à percevoir les personnes vieillissantes comme étant moins importantes et à les traiter de manière méprisante. En 2018, on ne devrait pas avoir peur de se retrouver dans de telles conditions et méritons de vivre en dignité.

#vivreendignité

Les cosignataires de ce texte sont Marilou Provost, Audrey Bouchard, Jasmine Comeau, Karine Grenier et Valérie Bastien.

Fournie par Audrey Bouchard

«Nous sommes cinq étudiantes en techniques de travail social au Cégep du Vieux Montréal. Dans le cadre de notre cours Projet en organisation communautaire, nous avions à organiser un projet concernant une problématique sociale. Comme nous sommes sensibles à la réalité des personnes vivant en CHSLD, nous avons décidé de nous concentrer sur leurs conditions de vie. Suite à nos recherches, nous avons pu constater que celles-ci sont désastreuses et qu'il y a urgence d'agir. C'est donc dans cette optique que nous avons décidé de créer une campagne de sensibilisation et d'écrire une lettre ouverte s'adressant au Ministre de la santé et des services sociaux.»