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13/02/2014 12:20 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Arnaques immobilières sur le web: un fléau 2.0

J'ai récemment été victime d'une tentative de fraude immobilière sur le site Craigslist.

L'annonce prétend offrir un 4 1/2 récemment rénové, plancher de bois franc, mur de briques, moulures, deux grandes chambres, jardin, cinq électros, hydro et internet inclus. 100 m2 de confort niché à 2 minutes de marche de la station Mont-Royal pour la modique somme de 720 $.

Bien que méfiante, je m'empresse de contacter le propriétaire grâce au courriel indiqué. Dans sa réponse, le fraudeur raconte que sa fille vient de le rejoindre à Paris pour des études, et précise être pressé de louer l'appartement. Après plusieurs échanges, nous convenons d'un rendez-vous pour effectuer la visite du lieu mystère. L'homme, qui se fait tantôt appeler monsieur Élore, tantôt répond au pseudo Famille B., me précise qu'avant notre rencontre, je dois faire un dépôt en argent de 1 400$ à la Western Union, puis lui envoyer une photo du reçu comme preuve de mon honnêteté.

Sentant poindre l'arnaque, je lui confie ne pas être à l'aise avec l'idée et lui propose de venir avec un chèque ou des espèces. Il devient agressif et rompt tous contacts.

Enragée d'avoir pu envisager de lui faire confiance, et déçue d'admettre que je continuerais encore longtemps à chercher l'appartement parfait, je réalise que si prudente et réfléchie que je puisse être, son mode opératoire a fonctionné sur moi. Combien d'autres alors seraient assez crédules pour aller jusqu'au dépôt d'argent? Combien de jeunes arrivants, étudiants, familles, ou travailleurs allaient se faire prendre?

Après avoir signalé l'annonce à Craigslist., je la partage sur les réseaux sociaux, et découvre avec stupeur une dizaine d'autres victimes potentielles. Deux d'entre elles avaient conclu le rendez-vous, et s'apprêtaient à faire le dépôt d'argent. Et après leur avoir expliqué la situation en message privé, je me suis un peu sentie comme un superhéros venant de sauver quelques personnes d'une somme d'angoisses.

À l'arrivée, j'ai évidemment contacté la police et je dois déposer ma plainte cette semaine avec une autre victime de cette même tentative de fraude.

Beaucoup trop de victimes au compteur

Les statistiques récoltées auprès du Centre antifraude du Canada (CAC) sont accablantes. Rien qu'en 2013, on recense 500 plaintes, dont 174 concernent des victimes directes, c'est-à-dire volées. Le montant des pertes financières s'élève à plus de 210 000 $. En réalité, entre 3 000 et 20 000 personnes sont arnaquées en moyenne chaque année, mais peu d'entre elles jugent nécessaire de le signaler. De plus, les multiples fausses identités derrière lesquelles se cachent les criminels compliquent le travail de la police qui doit faire face à une véritable chasse aux fantômes pour démanteler de tels réseaux.

La plupart des victimes entrent en contact avec le faux propriétaire par l'entremise de sites comme Kijiji et Craigslist. Si certains présentent des annonces grossièrement identifiables, d'autres, en revanche, sont plus malins. Ils prennent soin d'énoncer chaque caractéristique du logement, et les photos ne font qu'appuyer des arguments déjà fort séduisants.

Comme on peut le lire sur les pages de sécurité de Kijiji : « N'oubliez pas que si ça parait trop beau pour être vrai, c'est probablement le cas ! ».

Quelques trucs pour flairer l'arnaque

  • On ne saura que trop vous le répéter, mais la prétendue aubaine de l'année est bel et bien à craindre. Méfiez-vous.
  • Repérez les fautes d'orthographe, de syntaxe ou de vocabulaire qui rappellent les traductions approximatives de Google.
  • Le propriétaire habite à l'étranger, ou est actuellement en déplacement, et vous exige un paiement d'avance.
  • Il est pressé de recevoir votre argent.
  • Il exige son paiement par Western Union.
  • Il utilise plusieurs adresses courriel, pseudos ou noms.
  • Il vous demande des informations trop personnelles (pièce d'identité, NAS, photocopie de votre bail actuel, RIB...)

Existe-t-il des recours ?

Robert Rochefort, analyste au Centre antifraude du Canada (CAC) explique: «Les sites comme Craigslist et Kijiji sont victimes eux aussi de ces personnes malveillantes. Bien souvent, elles mettent en ligne une centaine d'annonces à la fois pour atteindre un maximum de victimes, lesquelles sont diffusées dans plusieurs régions, ce qui rend la détection fastidieuse, voire impossible. Quand c'est le cas, toutefois, les gérants entrent en contact avec la police qui se charge ensuite de l'enquête. Malheureusement, dans le cas où la personne intéressée par l'annonce effectue le paiement, il est impossible d'obtenir un dédommagement, car Craigslist et Kijiji ne sont pas responsables.»

Selon la Régie du logement, le seul versement qu'un propriétaire peut vous demander est un mois de loyer à la signature du bail. Même l'enquête de crédit n'est pas obligatoire.

Robert Rochefort conseille de déposer une plainte immédiatement au CAC ainsi qu'au poste de police de votre quartier. Et n'hésitez pas également à vérifier l'identité du propriétaire auprès du Rôle foncier de la ville.

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