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17/12/2015 03:26 EST | Actualisé 16/12/2016 05:12 EST

Le suicide pour tous (même pour les enfants)

Les auteurs affirment que la définition d'un «adulte» devrait inclure les enfants parce qu'elle «a trait à la capacité du patient à donner son consentement, plutôt qu'à une limite d'âge [pour pouvoir] donner accès à l'aide médicale à mourir aux patients en possession de leurs facultés, peu importe leur âge».

Sans surprise, le Groupe Provincial-Territorial a rendu public son rapport final, le 14 décembre, dans lequel il propose 43 recommandations qui font la promotion la plus totale de l'euthanasie et du suicide assisté au Canada.

Les auteurs du rapport n'y font preuve d'aucune prudence et ne font aucune tentative pour prévenir les dérives. Au contraire, ils font plutôt voler en éclats tous les critères, déjà minimes, énoncés par la Cour suprême du Canada dans la décision Carter, en les interprétants avec une intention non dissimulée: la mort sur demande pour tout le monde... même pour les enfants!

D'entrée de jeu, le rapport fabule dans son interprétation de la décision Carter. Ainsi, les auteurs affirment que la définition d'un «adulte» devrait inclure les enfants parce qu'elle «a trait à la capacité du patient à donner son consentement, plutôt qu'à une limite d'âge [pour pouvoir] donner accès à l'aide médicale à mourir aux patients en possession de leurs facultés, peu importe leur âge». Voilà ce qu'on pourrait qualifier de dérive volontaire et assumée...

Ensuite - certainement en réaction à la situation au Québec qui met en évidence la très grande difficulté à trouver des médecins qui acceptent de tuer intentionnellement leurs patients - le rapport préconise d'étendre au personnel infirmier et aux adjoints des médecins le pouvoir de donner la mort. Ici, leur seule prévention concerne toute échappatoire: les auteurs recommandent d'obliger les personnes et les institutions qui refusent d'y participer à devenir des complices en trouvant un volontaire qui fera le travail à leur place.

De plus, selon les auteurs, l'acceptation du principe (même forcée) ne suffit pas: l'État - donc vous et moi - devrait financer toutes les démarches d'euthanasie et de suicide assisté, et les paiements d'assurance-vie devraient être garantis pour les proches du défunt qui choisit de se donner la mort. Ce faisant, les auteurs ouvrent toute grande la porte aux abus financiers et à la pression sociale que redoutent tant les personnes malades ou âgées qui craignent de devenir un fardeau pour leur entourage.

Enfin, parmi la longue liste qui facilite le chemin du suicide ou de l'euthanasie pour les uns - et qui renforce les contraintes pour les autres - nous retrouvons une mesure clownesque qui, à elle seule, enlève tout restant de crédibilité au rapport. En effet, dans son délire d'étendre la portée de la loi en feignant un souci d'équité, les auteurs précisent que «dans les circonstances où le nombre de médecins est limité, les provinces et les territoires devraient permettre le recours à des évaluations médicales virtuelles et à des téléconsultations médicales (ou à d'autres types de consultations sur vidéo)».

Une recommandation aussi insensée méprise à la fois l'importance cruciale des rapports humains dans la médecine et la valeur des personnes en situation de vulnérabilité, sans compter qu'elle menace la vie des personnes dont les symptômes ne seraient pas bien contrôlés par manque de traitement.

Et pour en rajouter, les auteurs du rapport recommandent aussi la mise en place d'une propagande nationale pour faire une promotion active de cette mort sur demande pour tous - pour entretenir le mythe du bienfait public. Ainsi, en militant pour l'accès universel à la mort sur demande au lieu d'exiger des bons soins pour tout le monde, les auteurs relèguent la prudence et la protection de la population canadienne au plus bas de la liste des priorités.

Paradoxalement, alors que la Belgique commence à se questionner sur l'étendue des ravages de sa loi, les auteurs du rapport veulent ouvrir les vannes au-delà de tout ce qui se fait ailleurs - même dans les juridictions les plus permissives - par des recommandations qui laissent toute la place à l'interprétation subjective et potentiellement irrationnelle.

En conclusion, ce rapport résolument pro-euthanasie et pro-suicide assisté jette carrément l'expertise médicale au fond d'une poubelle remplie de vides juridiques qui vont créer une frénésie de requêtes judiciaires. Il comporte de telles énormités que le Canada perdrait toute crédibilité sur la scène internationale s'il servait de base à une éventuelle législation fédérale, provinciale ou territoriale. À tout le moins, une telle politique de mort sur demande me semble bien opposée à l'optimisme politique et social annoncé par Justin Trudeau et sa promesse de «sunny ways for Canada».

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