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10/12/2015 03:36 EST | Actualisé 10/12/2016 05:12 EST

Aide médicale à mourir: où est passé le deuxième côté de la médaille?

Pourquoi ne pas applaudir l'entrée en vigueur de tous les autres articles de cette Loi concernant les soins de fin de vie qui sont censés donner un soulagement réel et apporter un début de réponse à la sempiternelle question de la souffrance en fin de vie?

Depuis le jugement de la Cour supérieure du Québec, on assiste dans les médias à une montée aux barricades pour crier à l'injustice. Il est déjà loin le temps où on justifiait la position en faveur de l'euthanasie en se basant sur des jugements juridiques pour servir d'autorité morale. C'est à croire que l'autorité n'est conférée qu'aux institutions qui pensent dans le sens voulu...

Ce qui est particulièrement choquant dans ce traitement public, c'est qu'on dénonce aussi cette décision comme une attaque à la démocratie, alors que dans le paysage démocratique, mis à part quelques exceptions notables, on ne voit qu'un seul côté de la médaille. Mais «le débat est clos», nous répond-on en guise de dialogue. Pourtant, il reste tellement de questions cruciales à poser qu'on pourrait certainement écrire des articles sur le sujet deux fois par jour jusqu'au 6 février 2016.

Ainsi, pourquoi attaquer le gouvernement fédéral qui ne fait que rappeler les règles qui régissent le pays dont fait toujours partie le Québec, et ne pas s'insurger contre une Assemblée nationale qui a cautionné une loi en sachant pertinemment, comme le rappelle la PGC dans le jugement, que cette loi serait incompatible avec le Code criminel? Pourquoi crier au scandale devant le report d'une date d'échéance, et ne pas relever la témérité d'un gouvernement qui cherche à tout prix à devancer la mise en application du jugement de la Cour suprême sur lequel il s'appuie pour militer en faveur de son choix?

Pourquoi avoir accusé tous les médecins qui refusent cette aide médicale à mourir en les affublant (encore) de tous les noms, sans jamais leur en demander les motifs professionnels en tant qu'experts sur la première ligne? Pourquoi écrire de longs articles sur les deux seules maisons de soins palliatifs (donc des exceptions par rapport au consensus des soignants palliatifs), et ne pas avoir donné un droit de parole serein à chacune des maisons qui n'a pas voulu de cette mort intentionnelle de leurs patients?

Pourquoi ne pas s'interroger sur l'inquiétude de la Procureure générale du Canada «face aux dispositions de l'article 31 de la Loi qui impose aux médecins qui ne voudraient pas accéder à une demande d'aide médicale à mourir de participer, malgré leur objection», et en profiter pour soulever cette incohérence hallucinante avec le principe de liberté de choix évoqué par les défenseurs de l'euthanasie ?

Pourquoi s'étonner du jugement de la Cour supérieure du Québec qui ose enfin remettre les pendules à l'heure en affirmant que l'aide médicale à mourir constitue de l'euthanasie (une évidence criante) et ne pas critiquer le manque total de transparence du gouvernement du Québec qui, contrairement à tous les autres pays du monde qui traitent leur population en adulte, utilise des subterfuges pour diluer les effets qui désavantageraient sa position?

Pourquoi commencer à dire que, de toute façon, la décision Carter légalisera bientôt l'aide médicale à mourir, alors qu'il n'a jamais été question de ce vocable dans le jugement de la Cour suprême et qu'il se pourrait fort bien que la loi fédérale ne permette que des exceptions au Code criminel pour le suicide assisté mais non pour l'euthanasie?

Et finalement, pourquoi ne pas applaudir l'entrée en vigueur de tous les autres articles de cette Loi concernant les soins de fin de vie qui ont trait aux soins palliatifs et à la sédation palliative continue, et qui sont censés donner un soulagement réel et apporter un début de réponse à la sempiternelle question de la souffrance en fin de vie?

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