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26/10/2016 08:22 EDT | Actualisé 26/10/2016 08:22 EDT

Ces prédateurs qui font partie de nos vies

Si je suis une femme de coeur, je suis aussi une femme de tête. Personnellement, c'est en faisant face et en «acceptant» que certaines horreurs ont fait partie de ma vie que j'ai pu protéger mes enfants jusqu'à maintenant.

Si je suis une femme de coeur, je suis aussi une femme de tête. Personnellement, c'est en faisant face et en «acceptant» que certaines horreurs ont fait partie de ma vie que j'ai pu protéger mes enfants jusqu'à maintenant.

Comme il m'est arrivé de le mentionner, sans toutefois ne jamais entrer dans les détails, je suis l'une de ces victimes d'abus sexuels et malheureusement plus d'une fois, par plus d'une personne.

J'étais une enfant naïve et peu informée. Je dirais même peu soutenue et peut-être mal encadrée. J'ai appris en partie la sexualité via les gestes déplacés d'adultes en qui j'avais confiance. Mes agresseurs faisaient partie de la famille comme c'est trop souvent le cas pour trop de filles.

Je devais avoir autour de six ou sept ans lorsqu'on a fait de moi une victime pour la deuxième fois et aucune action n'a été prise contre mon agresseur outre le fait que cette personne n'a plus eu le droit de me garder. Dans les faits, ses gestes furent banalisés par ma famille. Mes parents se sont voilé la face sur des événements graves et inacceptables. J'ai même dû, malgré les événements, continuer de côtoyer mon agresseur une bonne partie de ma vie.

Quelques années plus tard, j'ai été agressée à nouveau par une personne en qui j'avais une confiance aveugle, mais cette fois à répétition.

Un travail de conscientisation doit être fait par tous

Très jeunes, ma fille et mon fils aînés ont été conscientisés au fait que toute personne, femme ou homme, peut être un agresseur potentiel. Je leur ai expliqué les choses de façon justes et vraies, en tenant compte de l'âge et la compréhension qu'ils pouvaient avoir d'une situation complexe, le jour où j'ai senti qu'il était important de le faire pour les protéger.

Vous trouvez que je pousse? Pourtant non, puisque les statistiques démontrent que 84 % des victimes d'abus connaissent leur agresseur.

Quant à mon fils aîné, à travers les années, je me suis fait un devoir de pousser légèrement plus loin sa réflexion. Maintenant âgé de 17 ans, j'espère l'avoir assez informé pour qu'il se souvienne à chaque instant de sa vie future que tout geste de violence est inacceptable, et davantage celui posé envers une femme ou un enfant.

Vous trouvez que je pousse? Pourtant non, puisque les statistiques démontrent que 84 % des victimes d'abus connaissent leur agresseur.

La sexualité en général est un sujet qui n'est pas facile à aborder avec nos enfants : filles ou garçons. Qui plus est, lorsqu'on doit parler d'abus sexuels. Mais c'est notre devoir de parent de le faire. De leur apprendre la différence entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas permet en partie de les protéger lorsque nous ne sommes pas auprès d'eux, mais aussi de protéger les autres lorsqu'ils grandissent.

Malheureusement, en raison de leur condition autistique, je dois faire les choses un peu différemment avec mes deux plus jeunes, ce qui n'est pas sans me laisser quelques inquiétudes.

Les propos de Denise Bombardier

Certaines personnes se sont offusquées des écrits de Denise Bombardier dans son article Les femmes et le viol. Pourtant, moi qui ai subi les assauts répétés de mes agresseurs de l'enfance jusqu'à presque l'âge adulte, je trouve que son discours sonne plutôt juste.

Tant que des hommes se penseront au-dessus des femmes, tant des hommes penseront que les femmes leur appartiennent et qu'ils peuvent en faire ce qu'ils veulent, tant que des hommes considéreront les femmes comme des objets sexuels, tant que la société considérera que la pédophilie est un mal que l'on peut guérir, les jeunes filles et les femmes resteront des victimes potentielles et ne seront pas en sécurité.

C'est triste à admettre en 2016, mais la femme n'est malheureusement toujours pas l'égale de l'homme et bien que les mentalités changent peu à peu, ça risque de prendre beaucoup de temps avant que ce soit le cas. La course à la présidence américaine qui se déroule présentement est d'ailleurs un exemple flagrant que nous sommes encore bien loin de l'égalité homme femme dans notre société que l'on dit civilisée.

Pour leur bien, nous devons apprendre à nos enfants, qui plus est à nos filles à se protéger : nous devons NOUS protéger, et ce, tant que les mentalités ne changeront pas.

Madame Bombardier mentionne que « seule la répression sociale à l'endroit des hommes violeurs ou agresseurs, doublée d'une pédagogie dès l'enfance des petites filles, atténuera ce fléau.» Elle n'inclut pas tous les hommes. Elle ne dit pas que tout revient à la femme. Elle dit que nous devons tout mettre en oeuvre pour changer cette culture du viol et que tant que cette dernière ne sera pas changée, et qu'elle fera partie de notre monde, de nos vies, la femme devra elle aussi apprendre et continuer à se protéger. Elle devra arrêter de se croire à tort en sécurité partout, parce que ce sentiment de sécurité n'est qu'une illusion.

Se protéger dans un monde où la pornographie est devenue la norme

Nous vivons dans un monde où le viol et la violence existent et cohabitent. Un monde où la déviance sexuelle est présente sous toutes ses formes. Un monde où les sites internet pornographiques sont facilement accessibles pour nos enfants. Un monde qui entretient cette culture de la sexualité quasi bestiale, où l'on dépeint que la femme accepte et aime se faire prendre dans toutes les positions, par tous les orifices propices. Désolée si mes propos choquent, mais c'est la vérité.

La pornographie semble, aux yeux de certains, être devenue la norme. Les cours de sexualités ayant disparu de nos écoles, trop de jeunes de formes sexuellement sur ces réseaux.

Nous devons apprendre à nos enfants que toute personne, homme ou femme, a ce droit d'être entendue, crue et protégée en cas de viol et de gestes déplacés.

Il faut apprendre à nos fils que cette sexualité n'est justement pas la norme. Que si pour eux, une relation sexuelle prend souvent naissance par une pulsion qui se laissera voir au-delà de leur caleçon, pour la femme, c'est quelque chose de beaucoup plus complexe qui se joue le plus souvent au niveau émotif.

Il faut leur apprendre que «non» voudra toujours dire «non». Qu'un silence ne sera jamais un «oui». Qu'une femme peut figer lorsqu'on pose des gestes déplacés sur elle, mais que ça ne veut pas dire qu'elle est consentante.

Que toute personne, homme ou femme, a ce droit d'être entendue, crue et protégée en cas de viol et de gestes déplacés. Peu importe son âge. Peu importe son statut social. Peu importe ce qu'elle portait ou ce qu'elle a bu. Peu importe son travail et ici j'inclus les travailleurs et travailleuses du sexe «qui ont le droit d'annuler la transaction» contrairement à certains commentaires choquants que j'ai lus sur les médias sociaux.

Mais tant et aussi longtemps qu'un homme croira que le corps de la femme lui appartient, qu'il peut en disposer à sa guise, qu'il a le droit d'abuser et de violer, nous devrons aussi faire en sorte d'éduquer les jeunes filles et les femmes afin qu'elles se protègent également.

Nous devons leur enseigner à se respecter elles-mêmes, à se respecter entre elles et à dénoncer ces gestes répréhensibles dont elles sont trop souvent victimes. Plus nous éduquerons, plus nous les inviterons à dénoncer elles aussi les propos sexistes, misogynes où les gestes dont on rit ou que l'on minimise par malaise, pour suivre la masse ou par pression de la société, plus nous aurons un jour l'espoir de voir cette culture du viol prendre fin.

Cette culture du viol, c'est l'affaire de tous!

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