LES BLOGUES
25/10/2014 10:42 EDT | Actualisé 25/12/2014 05:12 EST

Ottawa : musulmans du Québec, dénoncez !

Comment un homme peut-il venir assassiner un soldat pour ensuite aller échanger des coups de feu avec des policiers. Puis, ensuite, un sentiment d'insécurité : si c'est arrivé au Parlement, pourquoi cela ne pourrait-il pas arriver aux civils ? Toujours sur la base de ces deux réactions, nous pensons à deux antidotes qui vont permettre de lutter contre ces fléaux de venir gangréner la société.

Ottawa, au Canada. Personne ne s'y attendait et pourtant, l'irréparable a été commis. Un jeune converti à ce que les médias appellent benoîtement l'islam, a commis un attentat contre une institution et un bâtiment officiel. Outre l'insulte que cet attentat a suscité au regard des différentes institutions publiques, Michael Zehaf-Bibeau a assassiné un militaire posté devant le monuments dédiés aux morts du centre-ville. Il est ensuite monté à bord d'une voiture officielle pour aller tirer quelques coups de feu dans le Parlement. Le chef de la sécurité de la Colline parlementaire a finalement réussi par abattre le meurtrier.

Lorsqu'on réfléchit sur la base de ces faits, deux grandes réactions viennent nourrir nos sentiments : d'abord, une immense indignation. Comment un homme peut-il venir assassiner un soldat pour ensuite aller échanger des coups de feu avec des policiers. Puis, ensuite, un sentiment d'insécurité : si c'est arrivé au Parlement, pourquoi cela ne pourrait-il pas arriver aux civils ? Toujours sur la base de ces deux réactions, nous pensons à deux antidotes qui vont permettre de lutter contre ces fléaux de venir gangréner la société.

Le piège qui nous tend grand les bras : l'amalgame

La France a fait l'expérience des amalgames et n'en tire, malheureusement, pas nécessairement les conséquences. Suite à l'affaire Mehra - le tireur avait un profil quasi similaire -, les Français ont âprement mélangé plusieurs problématiques qui pourtant étaient totalement déconnectées. Aussi, les termes de banlieue, Jihad, jeunes des banlieues, voile, salafistes, extrémistes, Afghanistan, Pakistan, Syrie étaient-ils devenus courant dans nos expressions et dans l'opinion publique.

Et pourtant ! Dieu sait, sans mauvais jeu de mots, que ces problématiques ne peuvent pas - ou que très peu - être conjuguées ensemble. Il faut nécessairement avoir une vision plus large pour les combattre. Je m'adresse ici, à travers cette tribune, aux habitants du Québec lesquels chérissent la langue française : ne faites pas cet amalgame facile entre les musulmans, le jihad, la Syrie et cet individu en particulier.

Ce n'est pas parce que Michael Zehaf-Bibeau a décidé, un beau matin, d'aller assassiner un militaire et d'aller guerroyer au sein de l'enceinte du Parlement que c'est une icône représentant l'ensemble des musulmans du Québec. Ces musulmans qui se battent tous les jours pour que les médias montrent également la facette de leurs bons comportements, de leur intégration dans la société québécoise ou encore de leur volonté d'écrire, avec le Québec, une belle histoire. Ne soyez pas ceux qui mélangent les problématiques de laïcité que vous avez connus quelques mois plus tôt avec cet attentat puisqu'il n'existe pas de lien entre les deux.

Au contraire, il appartient aux Québécoise et aux Québécois de se tendre la main pour vaincre cet radicalisation. Il vous appartient de vous rapprocher des musulmans afin de condamner ces attentats qui ne peuvent pas être rapprochés d'une quelconque religion tant ils sont odieux et nauséabonds ; ne tombez pas dans l'amalgame, apportez une solution via l'unité de votre société civile. A défaut, cela ne fera que favoriser une fracture sociale là où de tels événements auraient pu faire naître de la cohésion.

La nécessaire condamnation de la communauté musulmane

La société civile québécoise n'est pas pour autant la seule actrice publique. Il appartient également aux musulmans eux-mêmes de sortir du mutisme dans lequel ils sont enfermés pour dénoncer ces actes graves. Si le silence ne vaut pas nécessairement acceptation, on dit toujours que les "absents ont toujours tort". C'est un appel à mes frères musulmans de vous réveiller, de ne pas être parmi les absents.

Ce qu'a commis ce dénommé Michael Zehaf-Bibeau est une insulte à l'islam. Tous les jours, on fait valoir notre égo pour des choses de la vie quotidienne : perte d'un emploi (on s'en prend à l'employeur), légère bousculade dans le métro (on s'en prend à la personne qui nous a bousculée). Mais quid lorsque l'islam est ainsi attaqué ? N'est-il pas du devoir des musulmans du Québec de se lever et de dénoncer ? La foi passe par la protection de celle-ci lorsqu'elle est en danger.

Par ailleurs, est-il nécessaire de rappeler que l'islam ne favorise en rien la violence ? Où est donc la défense de l'honneur du Prophète qui a toujours levé sa voix afin que les faibles dans une société puisse avoir des droits, afin que les femmes puissent être considérées ou encore que la Paix, avec un P majuscule, puisse être établie ? La défense de cet honneur ne consiste pas à brûler des drapeaux lorsqu'on le caricature, tout comme la défense de cet honneur n'impose pas que l'on reste silencieux lorsqu'une personne, se revendiquant de l'islam, insulte cette belle religion qui prône la tolérance.

La communauté musulmane ahmadiyya a pris position d'emblée en faisant publier un communiqué de presse. Le communiqué soutient que les musulmans ahmadis condamnent indéfectiblement et sans réserve l'attentat qui a eu lieu tout en avançant quelques mots de Hadhrat Mirza Masroor Ahmad, Cinquième Calife de la communauté, "que les musulmans ahmadis doivent devenir des ambassadeurs de la paix".

C'est à la société civile québécoise et aux musulmans de Québec de marcher mains dans la mains afin de lutter efficacement contre ces comportements extrémistes. Nous prions qu'une telle démarche puisse aboutir pour le Québec.

Galerie photo In Photos: Ottawa Shooting Voyez les images