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01/03/2015 10:54 EST | Actualisé 01/05/2015 05:12 EDT

Sommes-nous vraiment compétitifs?

Dans le cas de l'entrepreneuriat, l'année a été riche en rebondissements. Les entrepreneurs ethniques eux-mêmes ont dû faire preuve de plus d'imagination pour aller chercher des sources de financement déjà rares à l'origine.

L'hiver terminant marque également l'approche du terme de l'exercice pour plusieurs organismes communautaires travaillant avec les groupes culturels issus de la diversité montréalaise. L'heure est au bilan et aux rapports sur les plans d'action mis en place en réponse aux mandats reçus.

Dans le cas de l'entrepreneuriat, l'année a été riche en rebondissements, d'une part à cause de l'imposante réforme entreprise par le gouvernement pour assainir le budget et redéployer les acteurs d'accompagnement. D'autre part, les entrepreneurs ethniques eux-mêmes ont dû faire preuve de plus d'imagination pour aller chercher des sources de financement déjà rares à l'origine. En effet, face à une apparente morosité économique et un marché de l'emploi insuffisant, l'entrepreneuriat a été la voie choisie par plusieurs, soit à temps plein pour les plus braves, soit à temps partiel pour les prudents. Toujours est-il que dans cet exercice de travail autonome ou de commerce, souvent initié dans l'urgence d'une baisse de revenu, beaucoup d'éléments viennent ternir la performance globale de l'économie ethnique.

Tout d'abord, le choix des niches, des enclaves physiques et des communautés de consommation mis en œuvre dans un but identitaire ou de restauration d'une référence culturelle pour les membres des diasporas devient trop souvent un refuge pour des entrepreneurs hésitants dans leur positionnement ou leur expertise. Ainsi ils choisissent de s'adresser tout spécialement à un public ignorant des standards dans leur domaine d'activité et qui sont peu regardant sur l'optimisation tant qu'un résultat à moindre coût leur est fourni. Ensuite, plusieurs se complaisent dans la revendication d'une spécificité ethnique (qui peut être parfois justifiée) dans un marché global qui ne demande qu'à être saisi par les plus performants et audacieux. La compétition est à consentir un jour ou un autre pour un développement de sa structure économique et un renforcement de son positionnement. Enfin, l'attitude elle-même n'est pas au rendez-vous lorsque les pseudo-experts ne reconnaissent pas leurs torts ou leurs lacunes, sachant que celles-ci ont un coût pour le client sorti enfin de la caverne et qui doit souvent tout reprendre à zéro. Un simple investissement dans un recyclage continu et des formations serait plus approprié à la défiance du client lésé. La prison de verre qui limite l'entrepreneur ethnique est donc aussi le fait de sa propre difficulté à se libérer d'un lourd héritage de marginalisation et d'état d'esprit négativement conditionné.

Dans mes précédents articles, j'ai appelé à plus d'ouverture sur le monde, notamment suite à mon expérience à New York. Il est regrettable, en effet, que le label « entrepreneuriat ethnique » soit associé à des préjugés, alors que beaucoup y appartiennent de fait et donnent le meilleur d'eux-mêmes dans ce qu'ils font pour réussir. Certes, un nombre plus important de modèles pourrait créer un changement dans la perception issue d'une autre partie du monde des affaires que je qualifierai de corporate, formel ou normatif. Il y a une force à développer à partir des identités diverses des membres des diasporas. Que certains « affranchis » de cette économie en transition qu'est l'entrepreneuriat ethnique, ne veuillent plus être y associés une fois leur entrée dans le monde formel est-il un signe de mépris ou une réalité d'intégration? Je ne sais pas, mon désir est d'appartenir à cette identité ethnique, de m'ouvrir et de m'intégrer au reste du marché tout en participant à la compétition forte de cette spécificité.

Alors que faire pour plus de compétitivité?

Miser sur la qualité des prestations ou des produits ainsi que sur votre expertise professionnelle. Si vous êtes reconnu pour ce que vous faites, il n'y a pas de raison que l'on vous pointe du doigt pour votre ethnicité (« money is color blind »). Encore faut-il investir honnêtement pour se bâtir cet avantage concurrentiel et ne pas présumer de son capital ou de ces capacités. À chacun son heure de vérité et à chacun le choix de l'obstination dans l'erreur ou de la remise en cause stratégique. L'entrepreneuriat ethnique a le potentiel de s'imposer comme une réalité économique valorisée et vous êtes, sans doute, les acteurs de ce changement...

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