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23/03/2015 09:04 EDT | Actualisé 23/05/2015 05:12 EDT

Immigrants, les malles aimées du système

Le travers de notre système se manifeste lorsque l'amour pour la possession invite à mettre le bien en malles et à délaisser la notion de partage et d'héritage qui fonde et fortifie les communautés à travers le temps.

Je participais récemment à un atelier de travail sur le développement économique de mon arrondissement et je n'ai pu m'empêcher d'évoquer la question de l'intégration des immigrants dans la vie économique locale. Bien sûr, cela était une fois de plus prêcher pour mon église au risque de renforcer les clichés et la victimisation à outrance de cette couche de la population face à ceux faisant partie du décor depuis plusieurs générations (nous sommes tous immigrants, mais de dates d'arrivée différentes). J'ai été bizarrement surpris par la réaction d'un représentant d'une banque très en vue dans la région qui a rappelé que les immigrants étaient l'avenir. Sortis du contexte purement politique où les formules rassembleuses ou les visions sont légion, voir un homme du terrain, qui plus est banquier, prendre le relais de ce discours a suscité mon intérêt. Je voyais en lui non seulement le décideur, mais aussi le résident québécois qui s'exprime sur le défi de l'inclusion des «néo québécois».

Vous l'aurez compris ma surprise semblait venir du contraste de réalités. Pour une des rares fois que j'avais l'occasion d'interagir avec des collègues québécois, je réalisais que certaines perceptions n'étaient pas partagées. Mon quotidien à moi était fait des lourds défis d'intégration et de suffisance de revenu de ma clientèle : difficulté pour trouver un emploi, à apprendre les codes locaux et bâtir un réseau ou encore à accéder au financement quand ils décident en dernier recours à faire valoir leur esprit entrepreneurial...

Il n'y a rien de mal à aimer que les immigrants déposent leurs malles sur le sol québécois et partagent leurs bagages intellectuels, culturels, économiques etc. pour enrichir la société, mais cela ne se fait pas assez dans un esprit de construction. L'intérêt de l'immigrant ne devrait pas se limiter pour un résident ou un dirigeant à l'importance des questions de transition démographique tant par le nombre d'actifs imposables que par l'effectif parlant français. Et c'est là un profond regret. L'inclusion reste bien trop administrative ou institutionnelle. L'immigrant suit son parcours d'intégration (reconnaissance des diplômes, programmes d'insertion subventionnés...) en bon écolier pour faire ses armes et surtout développer le fameux réseau. Hormis cette nécessité guidée par l'accès aux marchés (emploi et affaires) permettant de tirer des revenus minimum, aucun projet ou vision commune de «melting pot» culturel ne semble se dessiner clairement. On observe plus une juxtaposition de communautés avec des intérêts différents qui interagissent entre elles au besoin mais surtout préservent leurs références culturelles. Et comment ne pas réagir ainsi tant qu'on ne peut souscrire à un modèle québécois de « vivre ensemble »?

Au contraire, l'accent est souvent mis sur les différences stratégiques : allophones vs francophones immigrants vs citoyens communauté ethnique vs québécois de souche etc. Ainsi, on a eu droit au spectre d'une Charte (sans doute prélude aux charters) mais sans savoir pour quel Québec on voulait définir des valeurs et surtout qui y serait inclu. Bref on s'ignore tant que le gouvernement nous garantit nos droits et que chacun peut prendre le métro en ayant sa propre perception de la météo et de la réussite des Canadiens avec la rondelle.

A présent, que l'effort, semble-t-il assez austère, est mis sur l'économie, en quoi notre contribution à tous fait du sens? Doit-on se contenter de voir moins de ressources pour les québécois d'un côté et moins de structures d'accompagnement pour les immigrants de l'autre, renforçant ainsi l'éternelle compétition, sans s'offrir la chance de commencer à réfléchir à ce modèle social commun et qui serait typique du Québec. Il faut moins de temps pour apprécier une poutine ou un pâté chinois voire le sirop d'érable qu'il ne faut pour comprendre et d'adhérer à la célébration de la Saint Jean Baptiste ou s'intéresser au patrimoine Québécois. Finalement ce que l'on produit est plus des nouveaux Canadiens francophones (bilingues ou trilingues) vivant au Québec et non des « néo québécois » participant à une richesse culturelle commune. Ce défi concernerait moins les progénitures (citoyens et intégrés de fait?) qui recréent le Québec de demain dans les cours d'écoles mais c'est ce même Québec de demain que nous leur laissons en héritage par un système de lois qui peine à donner des conditions pour le bien de ces malles que l'immigrant aime déposer quand il se sent à l'aise, « chez nous. », et que l'achat d'une maison vient concrétiser symboliquement.

L'intégration est, selon moi, une question de perception et de satisfaction par rapport à l'accomplissement personnel ou la réalisation d'objectifs socioéconomique. A ce titre, un des facteurs prédominants reste la qualité de l'accueil puis de la mise à contribution de chacun pour bâtir une communauté qui vit et s'adapte au fil des générations. Dira-t-on, un jour, des Québécois à l'instar des habitants du sud d'un pays cousin qu'ils vous accueillent les brasouverts et oublient de les refermer sur vous? Il nous appartient, dès aujourd'hui, de laisser l'image de notre modèle d'immigration au reste du monde.

L'immigrant est l'avenir du Québec.

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