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04/03/2015 12:03 EST | Actualisé 03/05/2015 05:12 EDT

Et si on disait: «c'est assez»! Pour vrai

Comme l'imageait, l'anthropologue, Serge Bouchard: «40 000 ans d'évolution pour aboutir dans un stationnement de Canadian Tire le samedi pm?» Si au moins ça nous rendait heureux.

Et si on disait: ''c'est assez''! Mais pour vrai cette fois.

Si on se décidait enfin à quitter le navire fou.

Sans essayer de convaincre tout le monde qu'on fait ça pour eux aussi.

Juste avec ceux qui en sont convaincus pour l'instant.

Si on quittait des yeux notre nombril; notre point de vue personnel et corporatif de travailleur de la santé, de l'éducation, du milieu communautaire, d'environnementaliste, de résident des régions, d'assisté social, de col bleu, de personne aidante, de parent, de fonctionnaire, de retraité, d'étudiant.

Tous et chacun dans sa cabine à tenter d'éteindre des feux de rideaux. Si nous nous arrêtions un instant pour prendre acte que le paquebot est en train de couler à cause de ceux qui allument tous ces feux partout. Combien de milliers de témoignages de travailleurs épuisés, impuissants et amers. Bien conscients que les choses ne devraient pas être comme ça. Que le bien de l'aîné, du collègue, de la nature, de l'élève, de la personne handicapée, du malade, du citoyen, du travailleur devrait être leur principale préoccupation plutôt que les formulaires, les règles, le contrôle des coûts, la sécurité et la peur des poursuites.

Si on se donnait les moyens de mettre toutes les bonnes idées des travailleurs en application dans leur milieu. Une vraie réforme de toute la société, en appliquant des solutions systématiquement tuées dans l'œuf par le corporatisme, la paresse, la résistance au changement, la bureaucratie.

Il faut bien faire les liens. Parce que les grands médias ne les feront pas pour nous. Trop occupés, eux aussi, à couvrir les feux de rideaux...

Des enfants de plus en plus nombreux à prendre de la médication; des millions de citoyens sous antidépresseurs; des jeunes d'ici qui choisissent le décrochage, les gangs de rue, le Djihad, la vie dans la rue, la prostitution. Les maladies, les allergies causées par la pollution, les OGM. La dégradation des écosystèmes. La sixième extinction massive de l'histoire de la terre. Un des taux les plus élevés au monde de suicide, d'épuisements professionnels, de maladies mentales, de divorces, de dépressions, de cancers. Une démocratie où 50 % des électeurs ne se présentent plus aux urnes.

Toutes ces défaites sociales au bénéfice de qui?

Sommes-nous donc à la fin de l'évolution de la civilisation, à quelques technologies près, comme l'agrandissement de nos écrans de télé? Comme l'imageait, l'anthropologue, Serge Bouchard: ''40 000 ans d'évolution pour aboutir dans un stationnement de Canadian Tire le samedi pm?!?'' Si au moins ça nous rendait heureux.

La course folle à l'accumulation de biens, de plaisirs, d'expériences nous vide par l'intérieur. Notre salut ne passera que par notre contribution à une meilleure humanité. Sans cela l'existence ne fait pas de sens.

Les analyses n'en finissent plus de démontrer l'effritement des acquis sociaux et l'appauvrissement de la très grande majorité des Québécois. Des gains collectifs ont bien été faits de 1960 à 1985 mais les pyromanes les ont grugés depuis, petit à petit, dans l'unique intérêt du 1 % les plus riches.

Partout des citoyens se sont agités en mettant leurs doigts pour colmater les fuites du navire-État. Toutes ces fuites ont la même source: le politique au service du grand capital au lieu du bien commun.

Les milieux communautaire, syndical et étudiant promettent un printemps chaud. Mais à quelle fin? Pour que le gouvernement recule? Mais sur quoi? Pour qu'il finisse par concéder à contrecœur le rachat de quelques rideaux pour les chambres occupées par les matelots les plus en colère? Cette maigre victoire nous ferait oublier encore une fois que le navire coule?

Admettons même que la résultante de la mobilisation soit l'abdication du gouvernement Couillard. Admettons une élection? Pourquoi? Remettre le PQ au pouvoir? Recommencer tout ce cirque dans 18 mois? À chaque fois plus épuisés, tristes, désabusés; pauvres? Le problème n'est pas les coupures. Le problème c'est que les gouvernements ne travaillent plus pour nous. Et ce depuis trop longtemps.

J'aime l'expression: ''basculer l'époque'' que j'ai entendue, pour la première fois, de la bouche du cinéaste engagé Hugo Latulippe? Et si ce moment de basculer l'époque s'offrait à nous. Aurions-nous le courage de le saisir, de sortir du réconfortant cynisme des mots et participer à la grande mutinerie?

Le 11 avril, à Québec, des milliers de citoyens se réuniront, en après-midi, face à l'Assemblée nationale pour demander un virage énergétique majeur. Si, pour une fois, au lieu de repartir sagement chez nous après la manif, jusqu'à la prochaine indignation, on entrait calmement mais massivement dans ce parlement. On occupait NOTRE maison. La maison du peuple. Si on reprenait les clés? Si on faisait un grand ménage du printemps dans notre démocratie au Québec? Pas pour une heure, mais jusqu'à ce que les choses soient justes. L'ordre rétabli.

Si on remettait les compteurs à zéro et qu'on travaillait à l'ébauche d'une constitution où le citoyen serait au cœur de chacune des décisions. Où il aurait son mot à dire sur chacune des lois votées.

Et si le 11 avril on sortait enfin de la grande grisaille et qu'on basculait l'époque?

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