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03/02/2018 09:01 EST | Actualisé 03/02/2018 09:01 EST

On devrait tous s'inspirer des Danois, qui apprennent l'empathie à l'école

Parce qu'on est empathique, on se rend sympathique.

On devrait tous s'inspirer des Danois, qui apprennent l'empathie à l'école.
AntonioGuillem via Getty Images
On devrait tous s'inspirer des Danois, qui apprennent l'empathie à l'école.

"Si tu prends ma place, prends aussi mon handicap". Cette formule choc, généralement placée à proximité des stationnements réservés aux handicapés, a le grand mérite de nous inviter à nous mettre dans la peau d'une personne peu mobile. Voire pas mobile du tout. Et de nous inciter à une plus grande civilité. Le fait est que nous sommes difficilement capables de nous mettre à la place des gens. De nous placer "dans leurs chaussures" comme diraient les anglo-saxons. Ils ont en effet cette expression merveilleuse qui consiste à traduire "si j'étais toi, je ferais..." par "if I were in your shoes, I would do...". Merveilleuse car ce n'est plus un "si j'étais toi" fictif, imaginé et irréel. Mais un "si j'étais toi" éprouvé, puisqu'on est tout à coup transposé dans les vêtements de l'autre.

Récemment l'affaire Lactalis a défrayé la chronique. Les experts se sont succédé sur les plateaux. Les associations se sont indignées. Chacun y a été de son couplet sur une crise abominablement mal gérée, mais qui s'est vraiment senti concerné? Certes, les parents d'enfants en bas âge ont un peu tendu l'oreille, du moins pour ceux qui donnaient le lait incriminé, car les autres.... Sans doute ont-ils pensé: "ouf, ce n'est pas le breuvage que je donnais à mon enfant!". Et que dire de ceux qui ne sont pas encore parents. Ou qui souhaitent ne jamais le devenir. A quel moment toutes ces personnes se sont-elles dit: "quelle horreur! et si c'est mon enfant qui avait trépassé!" ou "je sais que je ne veux pas d'enfant, mais je me mets à la place de cet ami que je connais, ce père si émerveillé par sa petite fille!".

Il ne s'agit pas de jeter l'anathème sur qui que ce soit, mais juste de constater que nous vivons dans des sociétés très individualistes, où les uns et les autres ne regardent pas beaucoup plus loin que ce qui se passe "chez eux" ou éventuellement "devant leur porte". Dans notre jargon de communicants, c'est ce qu'on appelle "les lois de proximité". Ces dernières peuvent être d'ordre temporel, géographique, tribal... Autrement dit, une bombe qui explose à Peshawar et tue 15 gosses n'interpelle hélas que peu de monde. Des bandes de voyous qui sèment la zizanie dans notre quartier nous touchent beaucoup plus. C'est humain de réagir ainsi. Normal même. Mais tant qu'on ne souffrira pas avec l'autre dans sa chair, tant que nous ne serons pas, pour reprendre une expression pompeuse "des frères et sœurs en humanité", il sera difficile de progresser vers une société plus égalitaire, plus solidaire et plus inclusive.

L'empathie néanmoins ne se décrète pas. En revanche, elle s'enseigne. Ou plutôt elle se transmet. Au Danemark, les cours d'empathie sont obligatoires pour les enfants de 6 à 16 ans. C'est le seul pays au monde à avoir adopté cette pratique, mais à bien y regarder, elle a beaucoup de sens! L'objectif est à la fois de ressentir et de comprendre les émotions de son entourage. Pour ma part, en tant que formatrice et coach, j'accompagne presque tous les jours des dirigeants de grands groupes qui s'apprêtent à faire des annonces, souvent difficiles. Combien de fois les ai-je invités à manifester davantage d'empathie? Le dernier exemple en date concerne un directeur des ressources humaines qui s'apprêtait à tenir devant ses équipes, dans le cadre d'un plan social, le même discours que celui qu'il avait tenu à son conseil d'administration! Mais autant dire que les performances de l'entreprise ne sont que peu audibles pour le père de famille qui a femme et enfants à charge! Ce que cet homme veut avant tout entendre, c'est qu'il n'a pas démérité. Et que des cellules d'écoute et/ou de reclassement vont être mises en place.

Je répète régulièrement à celles et ceux que j'accompagne qu'avant de délivrer un discours, ils devraient se demander "à qui je m'adresse" et assurément pas "qu'est-ce que je vais leur dire". Car on ne parle pas pour soi, mais pour être entendu. Et idéalement suivi. Ce nécessaire travail de réflexion sur la cible devrait être un préalable à toute prise de parole. Encore faut-il avoir l'empathie qui permet de s'interroger sur ce qui intéresse son audience.

Une empathie parfaitement maîtrisée par la splendidissime Maïwenn, laquelle a récemment bouleversé le web en invitant les femmes à arrêter de se juger les unes les autres après les clivages quasi sanglants qui se sont dessinés entre le adeptes du #balancetonporc et les signataires du fameux appel des 100 femmes revendiquant une "liberté d'importuner". Quelle sagesse ! Mais pour cela, il faut être capable de se dire : "peut-être que je ne pense pas comme elle, mais je comprends néanmoins son point de vue, et je le respecte". Et voilà que l'on retrouve cette belle notion d'empathie, si indispensable au vivre ensemble, une expression certes galvaudée mais néanmoins ciment de la cohésion sociale.

Le dictionnaire donne de l'empathie la définition suivante : capacité de ressentir les émotions de quelqu'un d'autre, d'arriver à se mettre à sa place d'autrui. Puisqu'il est parfois plus facile de définir un terme en donnant son opposé, évoquons donc ses contraires: l'égocentrisme, l'égoïsme, l'intolérance ou l'intransigeance.

Pour revenir à nos amis danois, les pays du monde entier feraient bien de s'inspirer de leur exemple. Parce qu'on est empathique, on se rend sympathique. En France, une expérience magnifique a été menée récemment dans une classe de Trappes, dans les Yvelines. Pour régler un conflit : pas de coups de pieds. D'abord on s'explique, ensuite on se pardonne et on se quitte bons amis. Résultat: les élèves sont beaucoup plus calmes, solidaires et concentrés. A méditer....

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.