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17/03/2014 11:56 EDT | Actualisé 17/05/2014 05:12 EDT

Les francophones du monde doivent se tenir debout pour sauver le français

L'Organisation internationale de la Francophone (OIF) a été créée le 20 mars 1970. Les festivités de 2014 doivent nous permettre de manifester notre joie de vivre ensemble au sein de cette Organisation qui nous unit dans la diversité. En effet, l'OIF en tant qu'espace culturel est une réalité que nul n'ignore, car plus de 40 ans après la Convention de Niamey, elle nous inspire une grande confiance en façonnant notre conception du monde fondée sur la diversité linguistique.

Malgré la domination anglaise, la Francophonie résiste sur le terrain culturel pour nous préserver de l'unilatéralisme linguistique. Donc, cette journée anniversaire est une occasion de faire un examen de conscience pour redynamiser notre volonté collective de porter plus haut le français et les valeurs de l'OIF dans un système international dominé par l'anglais.

Le diagnostic de la Francophonie démontre plusieurs inquiétudes. La fête de cette année ne doit donc pas occulter les problèmes du français à l'échelle mondiale. Les exemples sont nombreux pour illustrer l'agonie de la langue de Molière à plusieurs niveaux. Premièrement, le problème de l'OIF commence en France, car ce pays d'une grande civilisation ne rayonne plus par les valeurs de la révolution de 1789, notamment en raison de la complicité de ses dirigeants actuels aux systèmes dictatoriaux qui détournent la Francophonie de ses objectifs et affaiblissent par la même occasion le français. Comme la France, le Canada n'est bilingue qu'au sens formel, mais dans les faits, rien n'indique cette réalité. En tant que capitale fédérale, Ottawa devrait être exemplaire sur l'usage du français et exiger du reste du pays d'en faire autant, mais la prédominance anglaise ne fait guère de doute dans cette ville. C'est pourquoi les minorités francophones sont obligées de se battre chaque jour pour survivre en français.

Deuxièmement, le comportement irresponsable de ces deux pays pilotes de l'OIF envoie un mauvais signal dans l'espace francophone. C'est ainsi que les pays d'Afrique du Nord, comme l'Algérie et le Maroc, renforcent l'arabisation de leur système éducatif et administratif au détriment du français. En même temps, certains pays d'Afrique noire, composants essentiels de la Francophonie, boudent l'OIF: c'est le cas du Rwanda membre du Commonwealth et de la Mauritanie arabisée depuis 1966.

Comme le dit ce journaliste à qui la Francophonie refuse plusieurs demandes de subvention: « [...] Je suis Français installé ici en Mauritanie depuis sept ans. Je dirige le site Cridem qui est depuis des années, et de loin, le premier site francophone du pays alors que tout est fait pour l'arabiser. Je me bats bec et ongles pour défendre le français. Pour réaliser ce projet, j'ai vendu ma maison en France [...] Aujourd'hui, je suis SDF en France. Tout cela pour défendre la francophonie sans cette organisation appelée Francophonie dont ça devrait pourtant être le rôle d'aider à la promotion du français. Moi, je ne fais pas des discours de propagande, je ne voyage pas dans les palaces aux frais de la Francophonie, je me bats avec mes moyens personnels 365 jours par an à raison de 15 à 16 heures quotidiennes. Alors, faire la promo de la Francophonie surtout durant la semaine de la francophonie, non merci ». Sans oublier ces pays qui introduisent l'anglais dans leur système éducatif, parce qu'ils sont convaincus que c'est la voie de l'avenir.

Troisièmement, le français ne s'épanouit pas dans les instances internationales à la hauteur de sa contribution à l'édification des idéaux démocratiques. L'ONU, anglicisée en profondeur étouffe le français, dès lors que les décisions sont élaborées d'abord en anglais avant d'être traduites en français. Les festivités internationales, comme le hockey, le football et les Jeux olympiques sont des moments de vulgarisation des valeurs universelles. À chacun de ces événements, la Francophonie se contente néanmoins du minimum. Quel avenir pour la Francophonie, si pendant ces festivités pourtant culturelles, le français ne trouve pas une place convenable?

Trois pistes doivent être explorées :

L'OIF doit d'abord investir sur le terrain politique pour stopper le recul de la diversité linguistique dans le monde. Elle doit faire l'œuvre de pédagogie nécessaire pour promouvoir les valeurs francophones en démontrant que le français est capable de porter des idéaux démocratiques du monde, au même titre que l'anglais. Cela ne sera possible qu'en renforçant la solidarité des pays francophones dans le respect des Déclarations de Bamako et de Saint-Boniface.

Ensuite, l'OIF doit former sa jeunesse assoiffée de savoir et d'envie d'agir pour promouvoir les valeurs d'égalité entre les hommes et les femmes et concevoir le développement avec la participation effective de la Francophonie. Ainsi, l'OIF, riche de sa diversité et forte de sa jeunesse, ne cessera pas de fasciner le monde en incarnant un leadership mondial dans la communication, l'innovation scientifique et le dialogue des civilisations.

Enfin, dans le tiers monde, la Francophonie doit s'affirmer comme une organisation de lutte contre la pauvreté, la résolution des conflits, la lutte contre la circulation des armes à feu et la réinsertion des enfants soldats dans la société. Pour atteindre ces buts, l'OIF doit se doter d'une vision claire des enjeux du monde avec le français libre d'usage dans tous les espaces géopolitiques du monde.

La tâche est immense, mais il n'existe pas de problèmes sans solution. Il faut créer une équipe solidaire composée de femmes et d'hommes avertis pour faire rayonner la Francophonie et sa politique. Des femmes et des hommes qui ont le souci du dialogue entre les cultures, de la coopération au développement et du partenariat d'égal à égal avec l'anglais au sein des instances internationales.

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