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15/06/2018 09:00 EDT | Actualisé 15/06/2018 09:00 EDT

Un retour des Unsettlers?

Ma copine de l'époque et moi-même ne rations aucune occasion de les voir en prestation.

Antoine Leclerc

Jadis, je les suivais presque de bar en bar. Ma copine de l'époque et moi-même ne rations aucune occasion de les voir en prestation. Il faut le dire: les onze membres de The Unsettlers formaient vraiment un clan unique. D'une part, j'adorais leur sonorité: un mélange de polka, de klezmer et de folk délicieusement lugubre, le tout imprégné de la voix Tom-Waits-esque de BW Brandes qui entonnait des poèmes nuancés et sombres, à la limite du malaise (d'où le nom du groupe). Clarinette, accordéon, trombone, piano, violon se mêlaient aux basses, batteries et guitares pour former un tout quasiment orchestral. C'était beau à voir, et surtout à entendre.

D'autre part, il était difficile de ne pas saluer le sens de la mise en scène du groupe. Lors de leurs passages sur scène, ils se vêtissaient de noir et de rouge (un clin d'oeil à leur pièce Red to Black?), de corsages et de costards trois-pièces, de cravates étroites et de jupettes à dentelle. Ils osaient sortir les chapeaux, les pantalons propres, les bretelles; un air old school, à la limite des accoutrements quasi burlesques des circassiens ambulants appartenant à une époque révolue. Par ailleurs, le Blue Mushroom Sirkus Psyshow, une bande donnant justement dans cet univers de cirque d'antan (sans les animaux), les accompagnait souvent. L'homme fort chauve à la moustache retroussée, la danseuse burlesque aux numéros hautement théâtraux, l'avaleur de sabres qui crachait aussi le feu, la contorsionniste... D'ailleurs, cette dernière était considérée comme faisant partie intégrante de The Unsettlers; elle suivait même le groupe en tournée. Bref, peu importe la salle, on avait vraiment droit à tout un spectacle.

Vu mon statut d'adepte quasi maladif, l'annonce de leur dissolution il y a quelques années (2014, je crois) a été difficile à accepter.

Oui, on «avait» droit à tout ça. Parce que, évidemment, comme toute bonne chose, ils ont fini par arriver à leur fin. Vu mon statut d'adepte quasi maladif, l'annonce de leur dissolution il y a quelques années (2014, je crois) a été difficile à accepter. Elle a sonné le début d'une sorte de deuil culturel, que ceux et celles qui tombent amoureux d'un groupe de musique en particulier connaissent sans doute très bien. La beauté réside parfois dans l'éphémère, dit-on. En tout cas, c'est l'adage que je me répétais pour digérer tout ça.

Antoine Leclerc

Puis, surprise. Voilà que les deux membres (BW et Genevieve, un couple) dont le départ vers l'Ouest canadien avait mis fin au projet effectuent un retour en ville vers la fin mai, pour une semaine ou deux. Une mini-tournée de retrouvailles s'organise rapidement, trois spectacles, d'un bout à l'autre de la métropole: Quai des Brumes, Grumpy's et Bar de Courcelle. Les fans de la première heure jubilent. Les humeurs sont au zénith. Les foules ondulent au son des valses lugubres qu'elles connaissent par coeur. Les mines s'imprègnent d'une exquise nostalgie. Les larmes tiennent au bon au coin des yeux. Au dernier spectacle au Courcelle, une des miennes arrive même à s'échapper.

Lors de ce même spectacle, quelque chose d'inattendu survient. Entre deux chansons, un homme à la tête blanche s'adresse à BW. «Accepteriez-vous une demande?» s'enquiert-il. Le chanteur affiche une mine légèrement résignée, mais acquiesce, un peu à contrecœur. «Est-ce que vous pourriez considérer...» commence l'homme en question, laissant la phrase en suspens, provoquant un sourire généralisé dans les rangs du groupe. Puis, le coup de grâce s'ensuit:

«...de revenir ensemble en tant que band?»

La foule explose. Le groupe aussi. Et BW de répondre : «C'est notre projet favori et c'est la ville qui l'a vu naître, alors...»

La seconde qu'il laisse planer dure une éternité.

«...on ne sait jamais.»

Je ne sais pas pour vous, mais moi, je me permets de rêver.