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29/03/2018 06:00 EDT | Actualisé 29/03/2018 06:00 EDT

Il n'y a qu'au Québec où écrire un livre est une faute pour un politicien

J'encourage quiconque s'intéresse à l'avenir de l'éducation au Québec à lire le livre de M. Proulx.

Getty Images

Le livre du ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, est plein de bon sens et d'ouverture.

Les politiciens québécois écrivent peu. Contrairement à la France, nous n'exigeons pas de notre classe politique qu'elle couche sur papier ses idées. Or l'écriture demeure une des meilleures façons pour les citoyens de savoir ce que leurs élus pensent et, surtout, ce qu'ils ont dans la tête comme dans le ventre.

Voilà en quelques mots la raison pour laquelle vous devriez lire l'ouvrage de Sébastien Proulx. Mais il y a plus. Car, en lisant Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire, je me suis rendu compte que la couverture médiatique entourant la publication de ce livre fut déconcertante.

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Elle fut déconcertante parce que, au lieu de parler de son contenu, les commentateurs politiques se sont empressés de spéculer quant aux intentions « cachées » du ministre de l'Éducation du Québec.

Elle fut également déconcertante parce que, au lieu de répondre aux propositions du ministre de l'Éducation, la Fédération des syndicats enseignants du Québec (FSE) s'est empressée d'attaquer le ministre en lui prêtant, elle aussi, des intentions cachées.

Il n'y a qu'au Québec où écrire un livre est une faute pour un politicien.

Aux commentateurs politiques et à la Fédération des syndicats enseignants du Québec, j'aimerais faire un rappel : avant de critiquer un livre, lisez-le !

Aux commentateurs politiques et à la Fédération des syndicats enseignants du Québec, j'aimerais faire un rappel : avant de critiquer un livre, lisez-le ! Je sais que c'est difficile, mais, si les élèves québécois en sont capables, vous en êtes sûrement capables.

J'aimerais maintenant souligner certains aspects du livre qui méritent notre attention, à savoir la responsabilité, les institutions, la culture générale et la lecture.

Le premier aspect est sans doute le mot le plus important. Être responsable, nous dit M. Proulx, c'est apprendre aux enfants le respect des autres. C'est apprendre à « respecter certaines règles imposées par d'autres personnes que ses parents ».

S'il n'y a pas de respect d'autrui, il n'y a pas de vie commune, encore moins de vie scolaire. S'il faut le rappeler, c'est que parfois on l'oublie.

Mais cela ne peut se faire sans les parents. Ceux-ci ont l'obligation d'apprendre à leurs enfants le respect d'autrui et de partager avec eux un certain souci de la culture, notamment de la lecture. M. Proulx a raison de dire que la famille est le « berceau de l'apprentissage ».

Le rôle des enseignants est tout aussi important. L'idée d'avoir un débat sur la création d'un ordre professionnel pour les enseignants est particulièrement intéressante. Toutes les propositions qui vont dans le sens de la valorisation du métier et des conditions des enseignants méritent que nous en discutions.

Ceci me permet d'aborder le deuxième aspect, celui des institutions. Le lab-école, qui réfléchit sur l'aménagement physique des écoles, la transformation architecturale des lieux d'enseignements, l'innovation et bien d'autres initiatives montrent qu'il y a une réelle prise de conscience quant à l'importance d'instruire nos enfants dans un environnement sain.

Je trouve également l'idée de créer des écoles québécoises à l'étranger particulièrement intéressante. C'est une occasion inespérée de faire rayonner le Québec à l'étranger et, en particulier, le savoir-faire québécois en matière d'éducation.

Si nos institutions scolaires ne sont pas parfaites, et M. Proulx a raison de le dire, elles sont néanmoins, selon l'OCDE, parmi les plus équitables au monde. Les élèves québécois se classent parmi les plus performants au monde, notamment en mathématiques et en lecture.

Les élèves québécois se classent parmi les plus performants au monde, notamment en mathématiques et en lecture.

Le troisième aspect concerne la culture générale. M. Proulx a raison lorsqu'il dit qu'il faut arrêter d'opposer connaissances et compétences, comme si l'une pouvait aller sans l'autre et réciproquement.

Il faut susciter chez les élèves la joie de connaître. L'école n'est pas une prison, elle n'est pas une obligation. Elle doit être un lieu qui donne des ailes aux élèves, des ailes qui leur permettront de donner un sens à leur vie.

Par la culture générale, l'élève est susceptible de voir qu'il n'existe jamais qu'une seule perspective sur le monde, mais bien plusieurs perspectives, et donc plusieurs chemins vers la réalisation de soi.

C'est par l'histoire, la littérature, la philosophie, les sciences et bien d'autres disciplines que nous apprenons à être libres. Saluons la référence au philosophe américain, John Dewey, pour qui l'éducation et la démocratie sont des enjeux fondamentaux.

Saluons, enfin, l'importance qu'accorde le M. Proulx à la littérature. Je ne pense pas dénaturer ses propos en les résumant par cette fameuse citation du grand écrivain français, Standhal, pour qui « le roman, c'est un miroir qu'on promène le long d'un chemin ».

M. Proulx nous rappelle cependant que nous n'avons pas terminé de combattre l'analphabétisme au Québec. Malheureusement, il est encore des gens pour qui il est difficile de voir le monde à travers un roman qu'on promène le long d'un chemin.

Il y aurait bien d'autres sujets sur lesquels je pourrais m'attarder. Mais je m'arrête. J'encourage quiconque s'intéresse à l'avenir de l'éducation au Québec à lire le livre de M. Proulx. Je laisse les critiques et les complaintes à ceux qui ne lisent pas les livres qu'ils sont censés commenter.