LES BLOGUES
21/11/2013 01:48 EST | Actualisé 21/01/2014 05:12 EST

Les deux nuances d'orange politique de Mourani

Depuis sont expulsion du Bloc Québécois, le 12 septembre dernier, Maria Mourani est en réflexion sur son avenir politique. Le 11 novembre, elle participait à une entrevue à la première chaîne radio de Radio-Canada où elle procédait à l'annonce suivante :

« Ça fait des années que je milite dans ce parti-là, dans ce mouvement-là. [...] Donc moi, mon questionnement n'est pas de savoir dans quel parti je m'en vais, mais si je suis toujours souverainiste ou pas. »

Dans cette entrevue, on peut noter que sa réflexion politique ne remet pas en question son efficacité au sein du parlement fédéral en restant indépendante, mais plutôt sur la façon dont elle devra être reconnue advenant la poursuite d'une carrière politique. S'affichera-t-elle comme souverainiste ou fédéraliste? Cette entrevue met en lumière les choix politiques qui s'offrent à Mme Mourani dont :

  1. Se lancer en politique provinciale comme souverainiste ou;
  2. Rester au niveau fédéral, mais comme fédéraliste.

Afin de mieux comprendre ces options, il convient de résumer certains événements politiques récents :

  • 2 mai 2011 : Seuls quatre députés bloquistes sont élus lors des élections générales. La grande majorité des députés québécois défaits l'a été devant des candidats du NPD. Le Bloc perd sa forte représentativité et, de ce fait, devient passablement impuissant. Il perd son statut de parti officiel et ses élus sont limités à poser quelques questions. De plus, ils ne sont plus autorisés à participer aux comités parlementaires en tant que membres votant;
  • 11 décembre 2011: Mme Mourani perd la course à la chefferie du Bloc, au second tour, face à Daniel Paillé. Ce dernier l'emporte avec plus de 60% des votes;
  • 20 novembre 2012 : Mme Mourani reçoit le titre de Patriote de l'année 2012 de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Elle y prononce un discours dont voici un extrait : « Étant souverainiste, cette distinction compte parmi les plus importantes et les plus significatives pour moi. De voir mon nom parmi ces personnes qui ont forgé la nation québécoise est un grand privilège. »
  • 20 août 2013 : Première annonce concernant la Charte des valeurs québécoises par le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, l'honorable Bernard Drainville. Le débat est lancé, non seulement au Québec, mais aussi au Canada.
  • 21 août 2013: Le rapport de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales fédérales pour le Québec est officiellement déposé. La circonscription d'Ahuntsic est remaniée et ses nouvelles frontières laissent présager un château fort libéral en raison de l'ajout de l'arrondissement de Cartierville, conjugué à l'amputation de la moitié de l'arrondissement de Sault-au-Récollet - traditionnellement bloquiste. Si Maria Mourani cherche à se faire réélire, elle sera confrontée à une nouvelle dynamique qui rend sa victoire incertaine. Elle devra compter sur les fédéralistes qui ont voté NPD aux dernières élections, de lui donner leur confiance;
  • 12 septembre 2013: Expulsion du Bloc québécois pour Maria Mourani. Sa prise de position en défaveur de la Charte est en cause;
  • 13 septembre 2013: Convocation d'une conférence de presse. Maria Mourani y annonce une remise en question de son implication au sein du mouvement souverainiste.
  • 16 septembre 2013: Dépôt d'une procédure à la Cour fédérale pour faire annuler certaines décisions de la Commission de délimitation des circonscriptions électorales, notamment en ce qui a trait a la scission de l'arrondissement de Sault-au-Récollet. On peut y voir un enjeu électoraliste pour Mme Mourani.

Moins de deux mois après l'annonce de modification des frontières de sa circonscription, Maria Mourani dit ne plus être certaine d'être indépendantiste. Nous devrons nous poser les questions suivantes :

  • Pourquoi abandonnerait-elle le mouvement indépendantiste alors qu'il existe, au sein du même mouvement, plusieurs dissidents dénonçant la Charte?
  • La remise en question de sa ferveur souverainiste est-elle aussi sérieuse si l'on considère qu'un an plus tôt, elle estimait que le titre de Patriote de l'année était une des distinctions les plus significatives pour elle?

À mon avis, ce qui est arrivé, c'est que Mme Mourani en est arrivée à la conclusion que tous ses recours pour maintenir son siège au niveau fédéral, sous la bannière souverainiste, ont été épuisés. Avec sa propre position en politique fédérale mise en péril par la dilution de sa base électorale locale, elle cherche des façons de se réinventer politiquement.

À la lumière des éléments énoncés, si Mme Mourani, se tournait vers le fédéralisme, se tournerait-elle vers l'orange foncé du NPD? Ou resterait-elle fidèle à ses principes souverainistes en choisissant la bannière orange pâle de Québec-Solidaire? (Lisez mon billet du 15 novembre 2013 : Comment Maria Mourani pourrait se battre contre la Charte des valeurs).

Voici les questions qui meublent sans doute la réflexion de la politicienne avertie qu'est Mme Mourani.