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15/10/2015 09:13 EDT | Actualisé 15/10/2016 05:12 EDT

La vie des femmes rurales colombiennes: d'inégalités et d'espoirs

Depuis plus d'un mois, j'ai la chance énorme de voir des Colombiennes à l'œuvre dans le cadre de mon stage en égalité femmes-hommes avec la SOCODEVI. Ce réseau d'entreprises coopératives et mutualistes québécoises m'a envoyé appuyer une association laitière dans le village rural de Sibundoy, en Colombie.

C'est notamment grâce aux femmes des zones rurales des pays du Sud que vous avez pris un café ce matin. Malgré tout, année après année, les images qui nous proviennent des productions agricoles du Sud nous présentent la plupart du temps de beaux hommes au milieu de leurs champs, image qui nous rappellent l'invisibilité du travail des femmes. En ce sens, l'ONU a décidé de consacrer la journée du 15 octobre aux femmes rurales des pays en voie de développement, afin que leur travail au sein de l'économie soit reconnu.

Depuis plus d'un mois, j'ai la chance énorme de voir des Colombiennes à l'œuvre dans le cadre de mon stage en égalité femmes-hommes avec SOCODEVI (Société de Coopération pour le Développement international). Ce réseau d'entreprises coopératives et mutualistes québécoises partage son expertise technique et son savoir-faire avec ses partenaires dans les pays en développement et m'a envoyé appuyer une association laitière dans le village rural de Sibundoy, en Colombie. Pour ceux et celles qui aimeraient en savoir plus sur mon expérience de voyage, je vous encourage à consulter mon blogue de voyage : Notre vie outre-mer.

Jusqu'à présent, ce que je retiens de mon expérience, c'est que nous avons beaucoup à apprendre de la force des femmes rurales, de leur courage et de l'espoir qu'elles entretiennent envers l'avenir. Voici les résultats (partiels) de l'enquête que je mène à Sibundoy auprès de 50 familles.

La première chose qui saute aux yeux lorsqu'on rencontre les familles des zones agricoles est à quel point le travail domestique accapare les journées des femmes (8 heures par jour). La cuisine au feu de charbon, le nettoyage des vêtements à la main et l'entretien de la famille élargie, qui vit la plupart du temps dans la maison familiale (en moyenne 7 personnes par foyer), expliquent cet horaire chargé. De plus, ces tâches domestiques sont uniquement accomplies par les femmes et il est très rare que l'époux démontre une quelconque reconnaissance à sa conjointe.

Chaque cellule familiale fait l'élevage d'animaux pour augmenter les revenus de la ferme. Dans le cas colombien, on parle de poules, coqs, cochons d'Inde et même parfois de chiens pour la revente. Comme les hommes quittent la maison très tôt le matin et ne reviennent que pour les repas, ce travail repose uniquement sur les femmes. Environ 4 heures par jour y sont consacrées sur les journées de 16 heures que font en moyenne les femmes colombiennes de la zone rurale de Sibundoy. Bien que cela soit une source de revenu intéressante pour la famille, ce sont les hommes qui, en général, négocient les prix de vente et s'occupent des revenus générés. Aussi, ce supplément de travail n'est pas reconnu dans cette société comme un travail en soi. On le voit plutôt comme une production d'appoint pour arrondir les revenus de la famille.

Finalement, les femmes de la région participent aux travaux des hommes à la hauteur de 25% de leur journée (soit 4 heures par jour). Il n'est donc pas rare de les voir en train de traire les vaches, de semer et de récolter dans les champs, le tout avec leurs enfants tout près (quand ils ne sont pas carrément dans leurs bras).

Pour ce qui est de mon stage, il consiste à offrir de la formation (aux hommes comme aux femmes) sur l'importance du travail des femmes, sur celle de partager les revenus de la ferme et de prendre les décisions à deux. Évidemment, plusieurs obstacles se présentent tous les jours quant à la participation pleine et entière des femmes à l'économie familiale, et encore plus à l'économie formelle, qui demeure extrêmement marginale dans les zones rurales. Nous sommes encore loin de parler d'égalité d'accès à l'éducation, à la justice ou à la reconnaissance politique et sociale.

En conclusion, il est bien de voir les changements qui se sont opérés en coopération internationale, car aujourd'hui il n'est plus possible d'investir des milliers de dollars dans des projets qui ne profiteront qu'aux hommes. Il y a un devoir et des visées claires quant à l'amélioration de la qualité de vie des femmes dans tous les projets de SOCODEVI, et je me sens honoré de pouvoir participer à ce projet de société global.

J'espère que vous aurez une pensée pour ces femmes des zones rurales en ce 15 octobre, alors que vous dégusterez votre tasse de café colombien.

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