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25/03/2018 10:53 EDT | Actualisé 25/03/2018 10:53 EDT

Ma vie a changé le jour où j’ai décidé de dire «fuck»

Ce lundi était le premier jour du reste de ma vie, celui où j'ai enfin décidé de me foutre la paix et d'être plus indulgente avec moi-même!

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C'était un vendredi soir, il était 21h27. Après une semaine intense au bureau, je me posais enfin sur mon canapé, un verre de rosé dans chaque main, quand soudain ma vie a basculé.

Je me suis rendu compte que, dans la précipitation, je n'avais pas appuyé sur "envoyer" à une proposition par mail que je devais absolument transmettre à un client très important. Une sueur froide parcourait mon corps. Intérieurement je me rejouais la scène mais j'étais à peu près certaine de ne pas l'avoir envoyé. A ce moment-là deux routes s'offraient à moi : celle du lâcher prise, à me dire que ce n'était pas si grave. Que de toute façon je ne pouvais rien y faire et que je l'enverrai lundi.

Ou celle de l'auto-flagellation, que je connaissais par cœur et que j'empruntais quotidiennement depuis mes 3 ans ½.

J'ai évidemment opté pour la deuxième voie. J'étais au plus mal. Au point de me demander si je ne devais pas retourner au bureau pendant le week-end. Ce qui me valut une engueulade épique avec mon mari qui me prenait pour une folle. J'ai passé tout le week-end à me torturer, à me repasser la scène, à cauchemarder, à imaginer bon nombre de scénarii catastrophes.

Lundi matin, à la première heure (ce qui me permettait enfin d'expérimenter le "early morning"), j'étais rivée devant mon ordinateur pour envoyer ce F*** mail. Une fois la proposition envoyée, délivrée, ma respiration redevenait normale.

Dans la seconde, je recevais une réponse : "OOO out of office". Cela faisait une semaine que mon client était en vacances au ski.

Moi je venais de perdre une cinquantaine d'heures de ma vie (et vider mon stock d'aspirine) pour des ruminations inutiles.

Ce lundi était le premier jour du reste de ma vie, celui où j'ai enfin décidé de me foutre la paix et d'être plus indulgente avec moi-même!

Si je réfléchis bien, je dois déjà à la fois être la Caroline Ingalls de mon foyer mais aussi la Oprah Winfrey de mon bureau. Je dois garder le piquant de mon couple tout en m'enfilant le soir cinq épisodes de Game of Thrones pour ne pas paraître hors du coup à la machine à café. Je devrais assurer le bien-être de ma progéniture sur un temps (très) limité où chaque minute compte. Je dois jongler avec un nombre incalculable de to-do list au point de se retrouver avec une to do List de to do List. Je dois passer le peu de temps que j'ai pour moi, sous la douche, à m'auto-flageller sur ce que je ne suis pas parvenue à faire dans ma journée. Dans tout cela j'essaye en parallèle de mon emploi du temps de première Dame de parvenir à conserver quelques "créneaux" pour mes ami(e)s afin de ne pas perdre ma santé mentale. Et enfin je dois quotidiennement porter ce masque de la perfection en société, à mon job, et sur les réseaux sociaux pour surtout ne pas montrer mes failles. Une perfection qui n'est qu'illusion puisqu'au fond de moi-même je suis intimement persuadée de ne pas être à la hauteur.

Eh bien FUCK !!

Fuck à la charge mentale, aux ruminations incessantes, aux injonctions, à la quête de perfection !

Moi présidente, je ferai en sorte d'alléger la charge mentale des femmes.

Moi présidente, j'irai au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves, j'irai au bout de mes rêves, où la raison s'achève (J.-J. Goldman). Cet homme avait déjà tout compris!

Moi présidente, j'arrêterai de me mener la vie dure, je serai plus indulgente avec moi-même!

Moi présidente, je ne me mettrai plus la pression, j'apprendrai à accepter mes échecs!

Moi présidente, je m'assumerai parfaitement imparfaite!

Moi présidente, j'arrêterai de culpabiliser pour un tout, mais surtout pour un rien!

Moi présidente, j'apprendrai à me dire "Je m'en fous", "Ce n'est pas grave"!

Moi présidente, j'arrêterai de me gâcher la vie, c'est promis!

Moi présidente, je veux être celle qui a dit fuck!

Fuck à tout ce qui m'empêche d'Oser!

J'ai lu que 40% de mon bonheur dépendait de moi.

Il n'en tient donc qu'à moi d'accepter de ne pas aller bien tout le temps. De ne pas me flageller parce que ça ne va pas. D'accepter l'échec. Que le chemin n'est pas tout tracé et que la route est parsemée d'embûches ! Ce que Tal Ben-Shahar, professeur en bonheur, résume par l'optimalisme.

Il n'en tient qu'à moi d'arrêter d'être mon premier détracteur et de me rappeler que je suis nulle. Alors qu'il me suffirait de commencer à faire la liste de mes victoires quotidiennes (et elles sont nombreuses) et de me féliciter pour celles-ci pour m'apercevoir que je suis une nana "qui en a".

Il n'en tient qu'à moi d'arrêter d'anticiper des soucis qui dans 90% des cas ne pointeront jamais le bout de leur nez. Carpe diem comme le disait ce cher Professeur Keating dans "le Cercle des poètes disparus".

Il n'en tient qu'à moi d'arrêter de penser que le rosé est toujours plus frais chez ma voisine de palier. De cesser de juger la vie via les réseaux sociaux.

Il ne tient qu'à moi d'arrêter de m'excuser d'exister, de m'affirmer et d'apprendre à dire NON!

Il n'en tient qu'à moi de me détacher du regard des autres et d'enfin vivre pour moi!

"J'accepte la grande aventure d'être moi" comme le disait Simone de Beauvoir.

Aujourd'hui j'ai décidé d'oser, jusqu'au bout de mes socquettes. Et de dire Fuck à cette petite voix qui m'empêche d'avancer!

Allez-y mesdames, faites comme moi. Faisons une ronde tout autour de la Terre et crions FUUUUUUCK!

Chronique Anne-Sophie Lesage et Fanny Lesage du livre "Celle qui a dit Fuck", Solar éditions

DR

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.