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16/11/2015 09:59 EST | Actualisé 16/11/2016 05:12 EST

Matin de guerre, Jour 3

On est lundi, l'école, le travail. Tout devrait être normal, sauf que rien ne l'est. D'autres noms s'impriment dans notre mémoire: après ceux des frères Kouachi, ceux des frères Abdeslam. Après la filière des Buttes Chaumont, celle de Molenbeek en Belgique. Pour tenter de comprendre, les mêmes experts, et les mêmes mises en garde qu'en janvier: «le terrorisme peut encore frapper», disait Valls encore une fois ce matin. Mais on ne retrouve pas, loin de là, le même esprit de concorde. L'esprit du 16 novembre n'est pas celui du 11 janvier.

On est lundi, l'école, le travail. Tout devrait être normal, sauf que rien ne l'est. D'autres noms s'impriment dans notre mémoire: après ceux des frères Kouachi, ceux des frères Abdeslam. Après la filière des Buttes Chaumont, celle de Molenbeek en Belgique.

Pour tenter de comprendre, les mêmes experts, et les mêmes mises en garde qu'en janvier: "le terrorisme peut encore frapper", disait Valls encore une fois ce matin. Mais on ne retrouve pas, loin de là, le même esprit de concorde. L'esprit du 16 novembre n'est pas celui du 11 janvier.

La course à l'échalote des sécuritaires bat son plein, l'important n'étant pas de proposer des mesures réalistes, applicables, utiles, mais de parler pour parler, pour paraître en phase avec les peurs des Français.

L'essentiel, justement, est-il de prendre exemple sur Guantanamo et le Patriot Act américain et édicter des mesures d'exception sans limites? Ou d'ajuster notre loi sur l'état d'urgence qui date de 1955 et qui va être modifiée puisqu'elle a, naturellement, des manques? L'important est-il de proposer qu'on mette un bracelet électronique à 11.000 personnes, à tous ceux qui sont  fichés "S", ou de recueillir des renseignements qui sont et ont été indispensables, comme le dit David Cameron, pour prévenir des attentats? Cela mérite examen, non?

Ce serait grave pour nos libertés qui sont notre seule richesse face à la terreur: "une société ouverte est une société vulnérable", disait avec justesse Daniel Cohn-Bendit ce lundi matin au micro d'Europe 1. Je ne méconnais pas toutefois la faiblesse de cet argument, inopérant face à ceux qui, sincèrement ou non, disent "à la guerre comme à la guerre", ce vieil adage qui justifie tout. Aussi vaut-il mieux démontrer que ce serait surtout irréalisable et inefficace. Ces fiches "S", comme le montre Geoffroy Clavel dans le Huff ce matin, outre le fait qu'elles ciblent aussi des hooligans, des zadistes, des trafiquants en tout genre, concerne tous ceux qui peuvent mettre les enquêteurs sur des pistes sérieuses. Si on confond le renseignement avec le judiciaire, on va se retrouver bien démunis.

Dans notre société de communication, la tentation est d'occuper l'espace, de saturer le son. Dans notre société bruyante, bavarde, qui critique avant de penser, qui a un avis sur tout, où la parole est prise par ceux qui sont compétents comme par ceux qui ne le sont pas -parmi lesquels nous sommes, nous aussi journalistes- soyons humbles, écoutons les spécialistes, tâtonnons, donnons-nous du temps, mais de grâce que chacun se taise un peu. C'est le sens de la minute de silence.

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