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23/02/2017 09:12 EST | Actualisé 23/02/2017 10:42 EST

Un exemple de compassion

Essayons tous d'imiter ce jeune homme à l'arrêt d'autobus à Québec dimanche passé. Un superhéros de tous les jours. Un artisan de paix.

Un de mes professeurs de méditation disait toujours: « Commencez à nouveau. Lorsque votre attention vagabonde, simplement commencez à nouveau. » Il m'est venu récemment à l'esprit que c'est aussi la façon de bâtir une communauté, de pratiquer la tolérance et l'inclusion et de combattre le racisme : on commence à nouveau, on recommence toujours, avec de grands pas et de grands projets, certes, mais surtout avec des petits pas quotidiens.

Dimanche dernier, j'ai eu le privilège d'être témoin de la compassion, de la solidarité et du renforcement de la collectivité ici à Québec. Des petits gestes de gentillesse, dont un était tellement extraordinaire qu'il m'a coupé le souffle.

La journée a commencé par une rencontre à la mosquée à Québec, le lieu de la fusillade du 29 janvier qui a laissé six hommes morts et plusieurs autres gravement blessés. J'ai été invitée par un ami de longue date d'un membre de la mosquée, comme témoignage de respect et de soutien. Plusieurs politiciens fédéraux sont venus pour demander ce que la communauté musulmane avait besoin et pour offrir leur soutien. Le ministre de la Défense nationale, Harjit Singh Sajjan, a parlé à deux jeunes garçons présents à propos de la réalisation de leurs rêves. J'ai parlé brièvement à une autre femme présente. Des dons ont été faits aux familles affectées par la tragédie. La compassion et la douleur étaient palpables.

J'ai ensuite traversé la rue pour assister à mon cours de yoga et de méditation de dimanche matin. (La mosquée est notre voisine, l'autre côté de la rue de l'ancienne église Notre-Dame-de-Foy et diagonale du studio de yoga : les trois forment un triangle.) Puisqu'il était deux semaines après la fusillade et deux jours avant la Saint-Valentin, j'ai mené une méditation metta, ou « maitri » : une méditation de bienveillance. Dans cette pratique, on cultive de la compassion pour soi-même et pour tous les êtres.

On s'assoit, on respire et on dirige des souhaits de bien-être à soi-même et aux autres. Chaque fois que l'on récite les phrases, on plante les graines de la bonté (« lovingkindness »). Quelle meilleure façon d'apprendre d'être gentille que de commencer où vous êtes, avec soi-même, simplement en respirant et en envoyant des intentions sincères, d'abord à vous-même, et puis à tout le monde?

Après le cours, je suis rentrée à la maison, où ma fille de 19 ans m'attendait. « Tu ne vas jamais croire ce qui s'est passé au retour de mon travail aujourd'hui », dit-elle. « Je suis descendue du bus au bout de chemin Sainte-Foy, moi, un gars noir et un autre gars à la peau brune. On a traversé la rue ensemble pour changer d'autobus, pour prendre le numéro 11. En arrivant à l'abribus, un vieil homme à l'intérieur a crié au gars à la peau brune, "Ne rentre pas ici. Retourne dans ton pays!" »

Cet incident a eu lieu à seulement trois kilomètres de la mosquée. J'étais figée, j'avais peur d'entendre la suite, de savoir ce que le ou les jeunes allaient répondre. « Qu'est-ce qu'ils ont fait? » demandai-je.

« Le gars à la peau brune est entré dans l'abribus, il saluait l'homme et il a commencé à lui parler, calmement. Il lui a parlé jusqu'à ce que notre bus arrive, n'a jamais levé sa voix, et puis on a tous embarqué dans le bus et on s'est assis séparément. »

Un superhéros de tous les jours. Un artisan de paix.

Je ne peux pas m'empêcher de penser à ce qu'il a fallu pour ce jeune homme d'entrer dans l'abribus et de parler amicalement à l'homme plus âgé. Pour fermer ses yeux sur la peur et les préjugés, l'ignorance et la haine. De s'élever au-dessus. Essayons tous d'imiter ce jeune homme à l'arrêt d'autobus à Québec dimanche passé. Un superhéros de tous les jours. Un artisan de paix.

Puissions-nous être heureux. Puissions-nous connaitre la paix et la sérénité. Puissions-nous être libres de la douleur et de toutes les causes de la souffrance. Et puissions-nous commencer à nouveau, tous les jours, à cultiver la compassion, l'inclusion et la solidarité. À pardonner ce qui semble impardonnable. D'être gentille. Et de créer des liens, un petit pas à la fois.

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