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09/04/2017 09:15 EDT | Actualisé 09/04/2017 09:15 EDT

Le TDAH sur le marché du travail

Soyons réalistes: un employeur ne garde pas un employé qui n'arrive pas à exécuter ses tâches dans un temps donné. Même s'il a eu du plaisir et y a mis quelque effort.

«Désolée, ma grande, mais le tiers-temps, ça n'existe pas dans la vraie vie. N'oublie pas de nous remettre ton uniforme avant de partir. Et... bonne chance.»

Ça, c'est ce que de nombreux jeunes adultes se font dire quand ils débarquent sur le marché du travail. Plusieurs s'avèrent incapables de conserver un emploi plus que quelques semaines parce qu'ils n'arrivent pas à soutenir le rythme ou à répondre à la demande. Le groupe trop souvent ciblé: les garçons et les filles qui ont reçu un de ces fameux diagnostics de type TDA/H, anxiété généralisée, dyslexie, dyscalculie et autre dysorthographie durant leur parcours scolaire.

On en parle déjà depuis des années de ce cadeau empoisonné. Je ne dis pas que tous les diagnostics sont faux ni que toutes les mesures sont inefficaces. Loin de là. Mais je suis de plus en plus convaincue que toute la machine qu'on a mise en place pour soutenir les enfants en difficulté fait, à long terme, plus de mal que de bien. Les grands perdants: les enfants.

Nous, les adultes, nous nous sommes donné bonne conscience en multipliant les évaluations à coups de milliers de dollars et en brandissant bien haut les rapports devant le nez des directeurs et des enseignants. Nous avons fait éclater la structure en rivalisant de créativité pour «aider» les enfants à réussir coûte que coûte. On leur a fait croire que les notes ne valaient presque rien et qu'une 48e place dans une course était aussi valable qu'une première pour autant que l'enfant ait eu du plaisir et mis quelque effort.

Ouin... Ce beau raisonnement décoré de nuages roses et de jolies licornes se révèle faux sur le marché du travail. Soyons réalistes: un employeur ne garde pas un employé qui n'arrive pas à exécuter ses tâches dans un temps donné. Même s'il a eu du plaisir et y a mis quelque effort.

Qu'est-ce qui nous a pris de vouloir «aider» à ce point nos enfants? N'avions-nous aucune vision? Il me vient en tête la célèbre métaphore de l'homme qui aide le papillon à sortir de son cocon en découpant celui-ci... Vous connaissez la fin? Le papillon ne sera jamais capable de voler puisque l'humain l'a privé du processus essentiel qui permet à l'insecte de développer dans ses ailes une force suffisante pour voler, vivre et être libre.

Nous, comme autant de grandes personnes bien-pensantes, bien intentionnées, mais mal avisées, nous avons souvent fait tout ce que nous avons pu imaginer pour faciliter la vie de nos enfants. Nous les avons protégés, voire surprotégés. Nous avons découpé le cocon pour eux, jour après jour après jour. Nous avons écarté de leur route tous les obstacles et les cailloux potentiels pour éviter quelque blessure (se transformant en apprentissage) que ce soit.

Notre intention était on ne peut plus positive, mais le résultat est désolant. Nos enfants décrochent de l'école et peinent à se tailler une place sur le marché du travail. Et ensuite, nous sommes nombreux à avoir l'audace de nous plaindre que nos enfants ne sont pas autonomes, pas dégourdis, pas responsables, pas allumés...

Cela ne donne rien, évidemment, de pointer du doigt pour attribuer le blâme, mais apprenons au moins de nos erreurs et enseignons enfin les outils de base pour que ces jeunes deviennent des adultes équilibrés, affranchis, indépendants. Soyons des employeurs conscients du parcours de ces jeunes, contribuons à leur émancipation. Soyons exigeants, mais patients. Justes, mais rigoureux. Donnons-leur des balises fermes et bienveillantes pour qu'ils prennent enfin confiance et développent une véritable compétence. Ne les laissons pas filer entre nos doigts, la tête basse, le cœur démoli par un autre échec. Ils en ont déjà assez accumulé. Offrons-leur des défis qui leur permettront de se réaliser, de connaître le succès. Soyons là pour eux, cette fois-ci, mais ne faisons pas tout POUR eux.

Nous leur devons bien cela, ne trouvez-vous pas?

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