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26/10/2016 11:11 EDT | Actualisé 26/10/2016 11:19 EDT

Entrée par effraction

Quand j'ai raconté deux de mes agressions dans mon tout premier livre, je l'ai fait pour deux raisons. Tout d'abord, parce que j'ai réalisé que toutes ces fois où on m'a traitée comme un morceau de viande, et même comme un vulgaire réceptacle à sperme, ont nécessairement influencé la femme que je suis devenue et mon rapport aux hommes. J'ai aussi choisi de raconter ces moments sombres de ma vie pour toutes ces (trop nombreuses) femmes qui ont été agressées, pour qu'elles sachent qu'elles ne sont pas seules.

Ces jours-ci, on ne parle que de ça. C'est d'une tristesse infinie de devoir encore crier «Oui, nous nous sommes pratiquement toutes faites agresser à un moment ou un autre de notre vie» et c'est épuisant sans bon sang de devoir convaincre à nouveau les habitants de Lalaland de la nécessité d'un mouvement pour contrer la culture du viol. Devoir répéter, encore et encore, que non, le délai de la dénonciation, la longueur de la jupe de la victime et la lecture de son CV ne sont pas, et ne seront jamais des éléments pertinents pour déterminer sa crédibilité.

Quand j'ai raconté deux de mes agressions dans mon tout premier livre, je l'ai fait pour deux raisons.

Tout d'abord, parce que j'ai réalisé que toutes ces fois où on m'a traitée comme un morceau de viande et même comme un vulgaire réceptacle à sperme, tous ces moments où on a fait ce qu'on voulait de mon corps pendant que je me réfugiais dans ma tête, ils ont nécessairement influencé la femme que je suis devenue et mon rapport aux hommes. Quand tu te fais traiter comme une poupée gonflable par des gens que tu connais ou en qui tu as confiance, n'importe quel épais qui daigne t'ouvrir une porte a l'air d'un gentleman après. Ces violences à mon corps et à mon âme sont sans aucun doute une des teintes de brun dans ma vie amoureuse de marde, c'est certain.

J'ai aussi choisi de raconter ces moments sombres de ma vie pour toutes ces (trop nombreuses) femmes qui ont été agressées, pour qu'elles sachent qu'elles ne sont pas seules. Que ça nous est presque toutes arrivé et que bien qu'on n'oublie jamais. Oui, on s'en remet et on ne doit pas laisser ça teinter tout le reste de notre vie. On ne peut pas. Ils peuvent violer notre corps, mais on ne peut pas, en plus, les laisser nous voler notre vie.

Je vous partage donc ce texte, tiré du livre et qui, malheureusement, est plus que jamais d'actualité deux ans plus tard.

Dès notre plus jeune âge, on nous apprend ce qu'on peut et ne peut pas faire. Mets ta main devant ta bouche quand tu tousses ! Ne mets pas ta main sur les fesses des gens que tu ne connais pas ! Tourne ta langue dans ta bouche sept fois avant de parler ! Ne la tourne pas dans la bouche de quelqu'un d'autre ! On nous apprend où sont les limites. On nous dit qu'en en sortant on risque d'en subir les conséquences. Généralement, la conscience est suffisante à nous empêcher de les dépasser, l'empathie et l'humanité nous permettent de faire assez vite la différence entre ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.

Évidemment, il y a des gens qui les dépassent les limites. Certains croient même qu'elles n'existent pas. Ça prend de tout pour faire un monde, il paraît. Ça prend donc aussi des imbéciles et des gens sans jugement.Quand une personne ordinaire marche sur la rue, elle ne tâte pas les portières des voitures au cas où, par hasard, il y en aurait une qui ne serait pas barrée. Mais d'autres vont le faire, et d'autres encore vont entrer dans un véhicule pour tenter de le voler, même si c'est barré.J'ai déjà entendu des gens dire, après avoir été victimes d'un cambriolage: « Je te jure, je me suis sentie comme violée !!! » Il faut n'avoir été jamais violée pour dire ça.

Je comprends l'image, et en général j'aime bien sortir des métaphores à tout bout de champ pour mieux me faire comprendre, mais là, non, ça ne marche pas. Rien d'autre qu'un viol ne peut nous enseigner ce qu'on ressent quand on est violé. Quand je me fais demander si j'ai déjà été violée, j'ai toujours une hésitation, comme une envie de répondre : « Hum, ben oui. Un peu. »

Comment ça, oui un peu ? Violer, ça vient pas dans toutes sortes de grandeur, ça ne peut pas être fait à moitié non plus. On se fait violer ou on ne se fait pas violer.

Si quelqu'un est en voiture et fonce dans un autre véhicule, c'est un accident ou c'est pas un accident ? OUI. Ben, c'est pareil pour le viol.

On dit qu'une femme sur quatre fera partie des pas-chanceuses,-mais-pas-exceptionnelles-non-plus qui subiront une agression sexuelle au cours de leur vie. C'est énorme. Un homme sur dix se fera agresser sexuellement au cours de son existence. Pour les unes comme pour les autres, au Québec, dans 69 % des cas l'agression a lieu dans une résidence privée, et plus souvent qu'autrement, elle est commise par quelqu'un qui est connu de la victime.

Là non plus, je ne suis pas spéciale. Je suis dans les statistiques. Le plus triste, c'est probablement que les agressions sexuelles constituent les infractions contre la personne les moins signalées aux autorités policières. Pourquoi ? À cause de la honte, de la peur ressentie par les victimes, des tabous, des mythes, des préjugés. Ce qui m'a personnellement incitée à ne pas en parler, c'est ce que j'appelle le syndrome du « C'est quand même un peu la faute de la fille », et cette fausse question : « Mais c'était-tu vraiment un viol, dans le fond ? »

Commençons avec cette question saugrenue. « Comment ça, c'était-tu un viol ? »

Si quelqu'un est en voiture et fonce dans un autre véhicule, c'est un accident ou c'est pas un accident ?

OUI.

Ben c'est pareil pour le viol. Sauf que la seule assurance qu'a la personne violée, peu importe son statut, c'est qu'elle va s'en souvenir toute sa vie.

Mon histoire d'accidentée

C'était l'ami d'un ami d'une amie, ce qu'on appelle communément une connaissance. On était toute une bande d'environ une douzaine, on se tenait ensemble la plupart du temps, on sortait, on faisait des fêtes, on était jeunes, on avait du fun en gang, et lui, il faisait partie de cette gang. Appelons-le Cromagnon.

Un soir, on est tous descendus faire la fête dans un bar du centre-ville. Après une longue nuit à boire et à danser, on a décidé d'aller coucher chez un des gars de la bande, question de continuer le party. Je me souviens qu'en revenant, Cromagnon a offert de me donner un lift, à condition que je conduise son auto parce qu'il était trop éméché et pas moi. Je nous ai donc conduits, Cromagnon, moi et deux ou trois autres amis, jusqu'à l'appart de je-ne-sais-plus-trop-qui. Cromagnon a chialé un peu sur ma conduite de sa sacro-sainte voiture, il était saoul et semi-désagréable, mais comme j'en avais vu d'autres, je n'en ai pas fait de cas.

Rendu chez l'ami-hôte, on a continué de fêter un peu et on a tous fini par s'endormir, un peu partout dans l'appartement. J'étais dans la même pièce que Cromagnon, un grand salon double. Un moment donné, il s'est approché et a commencé à se coller sur moi. Je ne l'ai jamais trouvé de mon goût, pour moi il était un gars de la gang et c'est tout, je ne lui avais jamais envoyé de signaux comme quoi il me plaisait, alors j'étais pas mal surprise. Je l'ai repoussé en le traitant de niaiseux. Je me disais : Il est saoul, il agit en con, vaut mieux dormir. Mais il n'arrêtait pas. Moi, j'ai vite arrêté de rire cependant. Je ne le traitais plus de niaiseux, je lui disais de me lâcher. Je le repoussais. À deux mains. Mais il était nettement plus grand (six pieds trois !) et beaucoup plus fort que moi, et, bizarrement, pas mal en forme pour un gars saoul finalement.

Il a continué de se frotter sur moi en employant de plus en plus de force, presque comme un chien qui « zigne », tout en détachant son pantalon. C'est là que j'ai compris que ce gars-là allait me baiser, que je le veuille ou non. Et c'était moi qui allais décider à quel point ça allait être désagréable.

J'ai adopté la posture qui me semblait être la moins dangereuse : la morte.

J'aurais pu crier, j'imagine. Quelques amis étaient éparpillés dans l'appart, ils dormaient comme du monde saoul : dur comme des bûches. J'aurais pu hurler et ameuter les gens, mais je n'ai pas osé. Je voulais faire partie de la bande, pas devenir celle qui crée les problèmes. Cromagnon était l'ami des amis, comment auraient réagi les autres ? Est-ce que les gens auraient été de mon bord ? Et lui, il dirait quoi ? J'avais vu le film The Accused à plusieurs reprises. Assez pour savoir que plus souvent qu'autrement, peu importe comment on rapporte les faits, on finit par croire que tout ça, c'était la faute de la fille.

J'ai donc adopté la posture qui me semblait être la moins dangereuse : la morte. Faire la morte, c'est une technique qu'il nous arrive de développer quand on est dans un couple de marde qui ne fonctionne plus, mais dans lequel il serait encore plus pénible de vivre si on privait l'homme de sexe. Alors, on se laisse faire, mais on ne participe pas. On n'a pas envie d'avoir du sexe (on ne peut plus appeler ça « faire l'amour » à ce stade, pour des raisons évidentes : il n'y a plus d'amour quand on doit faire la morte), mais ça nous tente encore moins de nous taper une crise ou un interrogatoire sur notre non-désir. Donc on se laisse faire comme une poupée inanimée.

Mes excuses aux gars à qui je viens de péter la bulle en dévoilant cette technique. Mes excuses aux filles d'avoir dévoilé notre secret.

Juste avant de faire la morte, je suis sortie de ma tête. Une autre technique; celle-là, je l'ai apprise d'une amie qui a été danseuse nue. Quand je lui demandais comment elle pouvait, sans hurler ni pleurer, danser et s'écarter les jambes devant des gars qui bavent et lui lancent de l'argent, elle m'a expliqué qu'elle sortait de sa tête et faisait toutes sortes de trucs dans son cerveau, pour se distraire de ce qui se passait réellement : elle pensait à ses projets, à ses futurs voyages, faisait sa liste d'épicerie dans sa tête, etc. Son corps était là à s'écartiller, offert, mais pas elle ; elle, la vraie elle, était protégée.

J'étais donc un corps presque mort avec une tête presque vide. J'avais bien compris que me débattre ne servirait à rien. Quand un homme est prêt à entrer dans l'intimité la plus intime d'une femme malgré l'avalanche de « Non » et de coups, on ne sait pas comment il réagira si on s'oppose à lui. Je n'avais pas envie de me faire violer. Mais une claque sur la gueule ou des baffes, ça me tentait encore moins.

C'était clair, Cromagnon avait prévu de se vider dans quelqu'un ce soir-là : croyez-le ou non, il a sorti un condom et l'a enfilé. Si on fait abstraction de mes refus et des fortes bourrades avec lesquelles j'avais essayé de le repousser, on aurait presque pu croire à une relation consentante ! Presque.

Il est entré dans mon corps comme on plante une fourchette dans un rôti, ça m'a fait mal, mais j'ai serré des dents (un violeur à condom, ça ne vient pas avec le lubrifiant). Il a fait sa petite affaire comme un petit chien, puis il s'est couché sur le côté et s'est mis à ronfler.Je n'ai jamais autant apprécié l'éjaculation précoce de toute ma vie.

C'est le viol dans toute sa splendeur : le gars l'avait oublié le lendemain matin, alors que la fille en sera marquée pour la vie.

Je me suis levée et je suis allée me coucher ailleurs. Je n'avais pas de voiture, pas de moyen de partir, je suis donc restée. Le lendemain, il n'a pas fait allusion à quoi que ce soit. Bien honnêtement, je ne suis même pas certaine qu'il se souvenait de ce qui s'était passé.

C'est le viol dans toute sa splendeur : le gars l'avait oublié le lendemain matin, alors que la fille en sera marquée pour la vie.

Quand j'ai raconté ce qui s'était passé à ma meilleure amie de l'époque, elle aussi dans la bande, elle m'a sorti : « Oui, mais t'étais saoule pas mal... pis tu sais comment tu fais des allusions des fois... pis tsé, on le connaît, c'est pas comme si... » Ses mots exacts sont vagues aujourd'hui, mais pas le sentiment que j'ai éprouvé : J'ai compris que j'avais bien fait de ne pas alerter qui que ce soit. Oui, on allait me donner du « T'as un peu couru après ».

Petite mise au point : pas une femme ne désire se faire violer. Pas. Une. Oui, il y a des femmes qui ont le fantasme de la domination, qui vont jouer à dire non pour se faire prendre un peu plus bestialement, un peu plus fort, comme dans un jeu de rôles. Mais justement, ce genre de relation là se déroule avec quelqu'un qu'on connaît, avec quelqu'un avec qui on s'est entendu que ce serait comme tel. C'est un jeu, d'ailleurs ce genre de jeu a des règles : il y a généralement une entente sur un mot qui, lorsque prononcé, signifie l'arrêt du jeu, pour assurer que personne ne dépasse ses limites. Mais aucune femme n'espère se faire pénétrer de force par un homme. Aucune. Bien que la signification du mot « non » soit claire pour tous, ici, ce n'est pas un jeu. Il n'y a pas de mot magique.

J'ai mis ce souvenir-là dans un tiroir de ma tête, je l'ai fermé à clé et j'ai jeté ça loin loin loin dans le fleuve du déni. Je me devais d'essayer d'oublier cet épisode sombre de ma vie, pour vivre dans l'espoir que ça n'arriverait plus jamais. Il le fallait. Sinon, la peur serait devenue comme une prison intérieure qui m'aurait fait craindre le pire à chaque instant de ma vie, et je ne voulais pas vivre comme ça.

Le souvenir était en train de prendre la poussière dans son tiroir quand, quelques années plus tard, je suis sortie quelques fois avec un gars que je trouvais gentil et de mon goût. Après une belle soirée passée ensemble, il m'a offert d'aller prendre un dernier verre chez lui. Il me plaisait, je me doutais de comment ça allait finir, j'en avais envie, alors j'ai dit oui. On était à peine entrés chez lui qu'il s'est mis à m'arracher ma robe de sur le dos et m'a lancée sur son lit. Le gars charmant que je fréquentais avait quitté son corps, ou peut-être était-ce juste le masque qui était tombé, mais ce gars-là, je ne le connaissais pas et il me faisait peur.

J'ai presque hurlé. Je lui ai dit d'arrêter ou j'allais crier jusqu'à ce que les voisins appellent la police.

Il était brusque, il me bousculait, c'était trop vite et trop violent pour moi. Je n'ai pas besoin de trois quarts d'heure de préliminaires, mais j'aime bien qu'on s'enquière au moins de mon envie à moi. Qu'on me démontre subtilement du désir avant une érection, mettons. Des bisous, des caresses, rien de bien extravagant. Mais lui, il voulait que ça arrive drette là. Ça m'a coupé l'envie justement de la même façon : drette là. Son regard animal me glaçait le sang. À la façon dont il me parlait et me touchait, je me sentais comme une pute, comme si on n'était là que pour ça et que ça pressait, qu'il n'avait pas une minute à perdre. Je lui ai dit et redit que je n'aimais pas comment les choses se passaient et que je voulais qu'il arrête, tout en essayant de me lever. Il m'en a empêchée et m'a dit : « Ben voyons, arrête de faire ta petite agace, là... Tu veux autant que moi pis je l'sais ben, ça fait que envoye, enlève-moi ça. » Il m'a enlevé mes sous-vêtements. J'ai haussé le ton pour lui dire : « Non, j'en ai pas envie ! » Je lui ai demandé d'arrêter de me déshabiller et de me laisser me lever. « Arrête donc, p'tite crisse d'agace, arrête de faire ta farouche pis envoye !!! » Il me tenait toujours coincée sur son lit et m'a enlevé le peu de vêtements et de dignité qu'il me restait.

J'ai presque hurlé. Je lui ai dit d'arrêter ou j'allais crier jusqu'à ce que les voisins appellent la police.

Ici, il est important de spécifier que j'ai pris un risque en mentionnant les forces de l'ordre, parce que le gars en question était justement en train de faire sa formation de... policier. Est-ce que ça se serrait les coudes, ce monde-là, ou, au contraire, aurait-il eu peur de perdre des chances de devenir une grosse police en se faisant accuser ?

Je ne le saurai jamais. Ce que je sais, c'est qu'il a lâché un assortiment de sacres, m'a lâchée moi aussi, m'a enfin laissée me lever, a ouvert la porte d'entrée, m'a poussée dehors en me lançant mon linge et a claqué la porte, puis j'ai entendu la serrure tourner.« Envoye dehors, maudite agace ! »Ça, il ne l'a pas dit, mais je me doute que son message d'au revoir, s'il m'en avait lancé un, aurait ressemblé à ça.

J'étais là, sur le coin de Saint-Denis et Bellechasse, en plein milieu de la nuit, à moitié nue avec des bas nylon déchirés et du mascara qui coulait, sous la pluie et sous mes larmes, me cachant le corps de mes lambeaux de robe et grelottant de froid. J'étais en état de choc. J'étais à la fois :-- contente de ne pas avoir été obligée de faire la morte ni de sortir de ma tête, et donc de n'avoir pas été violée ;-- estomaquée d'être à moitié nue en ville en pleine nuit, sanglotante et tremblante de froid ;-- découragée de savoir que quelques mois plus tard, ce gars-là allait se promener avec un gun.

Il y a certainement quelqu'un qui veille sur moi d'en haut, parce que juste comme je me demandais ce que j'allais faire, un taxi s'est arrêté. Le chauffeur haïtien m'a demandé où j'allais, je lui ai murmuré que je n'allais nulle part puisque je n'avais pas d'argent, pas assez pour un taxi en tout cas. Il m'a répété : «, Mais où vas-tu ? » Je lui ai donné mon adresse et il m'a dit : « Allez, monte avant d'attraper ta mort, on y va. » Et il m'a ramenée chez moi, dans la nuit et dans le silence. J'imagine que quand on voit une fille en larmes et en lambeaux, ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre qu'elle n'a pas envie de jaser météo ni hockey. Je me suis plus ou moins rhabillée sur la banquette arrière. Rendue chez moi, j'ai remercié le chauffeur et le ciel. Je me suis dit que l'univers m'avait peut-être envoyé cet ange de la nuit pour me rappeler que pour chaque trou de cul, il y a un homme bon plein de bonnes intentions.

Aujourd'hui je me souviens de tout ça, oui. On ne l'oublie jamais. Mais ça ne me hante pas non plus. Ça fait partie de ma vie et, conséquemment, de ma vie amoureuse de marde. Après des expériences comme celles-là, il y a des choses qui changent. On a très peur de perdre le contrôle, on a peur du moindre petit geste contraignant, d'un ton qui hausse, des insultes, on devient un peu parano, on n'a pas le choix. On sait aussi, un peu plus que jamais, qu'un homme, c'est en général plus fort qu'une femme et que, oui, ça peut en abuser. Ce n'est plus une statistique ou un fait, on est une statistique parce que ça a été fait.

On a beau savoir que tous les hommes n'agissent pas de la sorte, on sait qu'il y en a qui le font, et c'est suffisant pour être peureuse et craintive à jamais, pour toujours avoir ça à l'esprit, pas loin.

Extrait de «Ma vie amoureuse de marde», aux éditions De L'homme.

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