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15/10/2015 11:10 EDT | Actualisé 15/10/2016 05:12 EDT

Tasse-toi mon'oncle!

Si t'as l'attitude et la logique d'un mon'oncle, hé boy, que tu dois te sentir pointé du doigt ces temps-ci et avoir envie de crier que « C'est pas beau de montrer du doigt! » ou encore « Celui qui l'dit, celui qui l'est! ». J'te comprends mon'oncle, tu te fais varloper pas mal et ça ne doit pas être facile.

Si t'as l'attitude et la logique d'un mon'oncle, hé boy, que tu dois te sentir pointé du doigt ces temps-ci et avoir envie de crier que « C'est pas beau de montrer du doigt! » ou encore « Celui qui l'dit, celui qui l'est! ».

J'te comprends mon'oncle, tu te fais varloper pas mal et ça ne doit pas être facile.

Mais on est en 2015 et là, je me dois de péter ta bulle qui sent le Aqua Velva en t'annonçant que non, tu peux juste plus penser comme dans les années 50. Je sais que t'aimerais ça embarquer avec Doc et Marty pour flyer à 80 miles à l'heure vers le bon vieux temps où la bonne femme restait dans la cuisine et où tu pouvais lui crier « Quand est-ce qu'on mange? » en lui claquant bruyamment une fesse, mais non, tu ne peux plus. Bou-ou!

J'entends ton cri de douleur à l'idée de plus pouvoir faire des gros clins d'œil malaisants aux filles que tu croises en mini-jupe et je sais que ça va être difficile de ne pas dire à tes collègues, tout aussi mon'oncles « J'te dis qu'elle j'y ferais pas mal... à moins qu'elle insiste AH AH AH » en faisant suivre ça de ton gros rire tellement gras qu'il est probablement classé XXL.

Je me doute bien que t'aimerais ça pouvoir encore te déguiser en père Noël et faire sauter tes petites nièces sur tes genoux en disant « J'te dis que ça grandit vite » tout en regardant crissement pas subtilement leur début de seins, mais non, ça non plus, tu peux plus, tu peux pas.

Je sais que tout comme Marcel Aubut - et là je t'entends scander « Quel grand homme! » -, tu te rends compte que la société a changé et que tu ne sais pas trop quoi faire avec ça. D'autant plus que c'est subtil comme changement, ça fait à peine quelques décennies qu'on ne peut plus traiter la femme comme un objet qu'on tripote quand bon nous semble, faut te donner le temps de t'y faire! Mais pendant qu'on y est, tu le savais que les femmes ont le droit de vote, right? J'te jure mon'oncle, il faut suivre ça de près l'évolution parce que ça va vite en titi! C'est rendu qu'il y a même des femmes qui occupent des positions de pouvoir! Et là, je ne parle pas de se mettre sur le dessus pendant l'acte ou d'enfiler un strap-on, je parle de positions en tant qu'employées et même de patronnes! C'est pas mêlant, on se croirait dans un film de science-fiction!

« Quelle est votre position préférée?» « Patronne. »

Mais moi, j'te saisis mon'oncle, parce que j'te connais! T'sais, j'ai pas eu besoin de chercher bien loin pour comprendre pourquoi on dit attitude de mon'oncle. Un de mes oncles aimait particulièrement raconter cette « blague » :

« Sais-tu quoi faire quand le lave-vaisselle lave mal?

Tu lui sacres une claque en arrière de la tête! »

J'imagine que ça, tu trouves ça drôle en tabarouette, ça fait que prends une pause pour la rire et la mémoriser, parce que j'me doute que t'as déjà hâte de la répéter, et après continuons, si tu le veux bien.

Parce que tu vois, ça, c'est de l'humour de mon'oncle. Et pendant longtemps, on a fait de son humour comme on faisait du mon'oncle en question, on l'endurait. Mais là c'est rendu comme la Macarena, ça a fait son temps pis plus personne n'est capable l'endurer.

Ça fait que c'est fini d'excuser les gestes douteux sous prétexte que t'es une bonne personne à d'autres égards. Même si mon'oncle emmène un shitload de cadeaux à Noël, ça ne va pas moins nous écœurer qu'il prenne trop de temps pour faire un gros bec mouillé à sa petite nièce.

Fini aussi de dire qu'une femme qui ose porter autre chose qu'une jupe en terre cuite et un col roulé court après le trouble, histoire de justifier tout acte déplacé à son égard.

Parce que oui, je t'ai entendu jubiler jusqu'à chez nous quand le Doc Mailloux a dit «Pourquoi tu penses qu'une femme montre le tiers de ses seins? C'est pour qu'on les regarde!». T'étais tellement content de voir qu'il y en a pour penser comme toi. Et un docteur en plus! Avoir plus de temps à perdre, je t'expliquerais que le « Doc » de Doc Mailloux vaut à peu près autant que le « Chef » de Chef Boyardee, mais un sujet à la fois, j'voudrais pas t'en donner trop pis que t'exploses en laissant des petits bouts de mon'oncle un peu partout, j'viens juste de passer l'aspirateur.

Je t'avoue que j'ai ben de la misère à vous le faire comprendre, aux autres mon'oncles et à toi, que vous êtes aussi à jour qu'une cassette 8 pistes, mais mon doux que j'essaye! Après la sortie du Doc Mailloux, j'ai écrit sur les réseaux sociaux : Une craque de seins, c'est comme l'avis du Doc Mailloux: ce n'est pas parce que c'est là qu'il faut que tu regardes.

Ça n'a pas été long pour qu'un colon commence à m'achaler en privé et à me demander « Et qu'est-ce qu'il est supposé faire l'homme devant un décolleté alors? Hein? HEIN? ». Hum... J'sais pas... How about rien? Ou bedon, y'a tu moyen de se rendre compte que décolleté il y a, de faire un high five symbolique à l'univers pour ce cadeau pour les yeux et de vaquer à ses occupations? C'est obligatoire d'être hypnotisé par une craque de seins, pour vrai? Z'êtes pas faits forts!!

Mais je n'ai pas répondu ça, parce que j'ai vraiment autre chose à faire dans la vie que de répondre à des gens que je ne connais pas qui cherchent juste le trouble et qui essaient de me faire dire des choses que je ne pense pas. Mon pas-de-réponse m'a donné droit à ça :

C'est aussi ça, l'attitude de mon'oncle. Penser qu'une femme qui ne se laisse pas marcher dessus comme un tapis d'entrée est nécessairement féministe, frustrée et lesbienne. Tout ce qui fait peur au mon'oncle en fait.

Sauf les lesbiennes qui, elles, ne te font pas peur, tant que ce sont des « lesbiennes » qui se minouchent dans un film de cul sous la direction d'un homme qui leur a promis de l'argent si elles font bien semblant pour que ce soit bien bandant. Celles-là, tu les aimes par exemple hein? (là, tu m'vois pas, mais j'te fais un clin d'œil aussi subtil qu'un 2 par 4 caché dans une boite de céréales).

C'est difficile, voire même douloureux à admettre, mais il est fini le bon vieux temps où on parlait du sexe faible, n'en déplaise à Richard Thibault.

Quand je disais que vous n'êtes pas faits forts, justement, à ce propos : parler de la femme comme du sexe faible, c'est bien mal connaître l'anatomie! Comme le disait Sheng Wang (même si on attribue à tort cette citation à Betty White, c'est bel et bien un homme qui a eu cette réflexion)

« Why do people say grow some balls? Balls are weak and sensitive. If you wanna be tough, grow a vagina. Those things can take a pounding. »

« Pourquoi est-ce que le gens disent ça prend des couilles? Des couilles c'est fragile et sensible. Si tu veux être tough, c'est un vagin qu'il te faut parce qu'un vagin, ça, c'est capable d'en prendre! » (Traduction libre)

Le sexe faible, il n'y en a pas! Et si tu insistes pour qu'il y en ait un, ben va faire tes devoirs puis constate qu'il est dans tes bobettes et pas les miennes.

T'sais mon'oncle, c'est assez évident que maintenant qu'on se tient debout, tu sais plus trop comment nous regarder de haut et que ça t'a fait perdre tes repères de pépère. Ça fait que si ça t'angoisses trop de plus savoir comment regarder les femmes, contente-toi de les regarder passer pis tasse-toi mon'oncle! Parce que pendant que t'essaies de nous faire reculer, nous, on est une bonne gang à continuer d'avancer. Avec ou sans toi.

Ce billet de blogue a été initialement publié sur le site Lis ça media

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