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17/06/2016 10:08 EDT | Actualisé 18/06/2017 05:12 EDT

LGBTQuoi?

Je considère que je peux tomber amoureuse d'une personne, mais surtout d'une âme, bien avant de m'attarder à ses origines ethniques, ses croyances, son métier, son apparence et même, oui, son sexe.

En lisant le texte de coming out de Cœur de pirate, je me suis réjouie qu'une personnalité publique parle d'une sexualité autre qu'hétérosexuelle. Plus il y en aura pour le faire, mieux on se portera tous!

J'ai aussi réalisé qu'on avait un point commun elle et moi: on a toutes les deux éprouvé nos tout premiers émoustillements pour une fille et non un garçon! Je le racontais d'ailleurs dans un texte de mon livre, texte dans lequel je faisais mon propre coming out, à la différence que la lettre qui me correspond dans le LGBTQ n'est pas le Q de Queer mais plutôt le B de Bi. Je sais que ce n'est ni compris ni accepté par tout le monde, la preuve: la première fois que j'ai évoqué ma bisexualité en spectacle, une femme m'a crié «Ben voyons donc, pis t'as des enfants!!». Je profite donc du momentum pour vous partager ce texte qui explique mon côté de la non-hétérosexualité.

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En y réfléchissant, je me suis rendu compte que ma première flamme a probablement été la femme bionique!

(Si vous ne connaissez pas la femme bionique, tapez: «Lindsay Wagner Bionic Woman» dans Google. Croyez-moi,malgré le linge et la coupe de cheveux sortis tout droit des années 1980, elle était un solide onze sur dix! Pas pour rien que l'homme de 6 millions trippait dessus.)

Je ca-po-tais sur la femme bionique. Littéralement. J'avais la poupée genre Barbie à son effigie, la maison pour aller avec, le jumpsuit , une pièce en jeans, la boîte à lunch, c'est pas mêlant, je me promenais dans la cour d'école en courant au ralenti et en faisant le bruit bionique (un genre de tche-tche-tche-tche-tche avec ma bouche, mettons)! Je la trouvais belle, bonne, hot, je voulais être comme elle et avec elle.

Évidemment, je ne m'imaginais pas la marier plus tard comme je le faisais avec Michael Jackson: quand j'étais enfant, j'ignorais qu'il existait autre chose que la bonne vieille combinaison homme + femme = couple/famille.

Puis un jour, l'émission La femme bionique a été retirée des ondes. Loin

des yeux, loin du cœur... J'ai donc commencé ma collection de chums, ce qui a occupé le plus clair de mon temps de quatorze à vingt-quatre ans.

Je ne sais pas trop comment je me suis rendu compte de mon ouverture aux femmes. Ce qui est drôle, c'est que le tout premier numéro de stand-up que j'ai fait, en 1997, relatait mon changement de bord fictif! J'y racontais que j'étais tannée d'être avec des hommes et que j'avais décidé de «virer aux femmes». Quand j'ai écrit ces blagues-là, je n'avais jamais même pensé à embrasser une fille... Le filon à jokes était bon et peu exploité, et l'humoriste en moi s'est dit que s'il y avait des bonnes lignes à faire sur un sujet, ben fallait y aller.

Ce numéro a suscité tellement de réactions de la part autant des hommes que des femmes! Mais à cette époque, tout ça n'était qu'un numéro d'humour pour moi. Puis, la vie étant un sac à surprises, c'est devenu une demi-réalité.

Je ne suis pas lesbienne, cependant je me suis déjà demandé si je l'étais, ça oui. À force d'accumuler les échecs relationnels et les incompatibilités avec les hommes, c'est un peu normal. Si chaque fois qu'on boit du lait on enfle comme une balloune ou on vomit, ça se peut qu'on se demande si on ne serait pas intolérant au lactose. J'ai donc vérifié mon orientation sexuelle avec moi-même et je peux vous dire que j'aime profondément les hommes. Et vice versa. Mais je n'aime pas qu'eux. En fait, il y a à peu près dix ans, j'ai réalisé que je suis, comme le disent les Français, à voile et à vapeur, comme le disent les Américains, playing on both teams, et comme le dit le commun des mortels tant qu'ils sont un peu éduqués, bisexuelle. Ça fait que en gros, bibi est bi.

S'il y a quelque chose qu'on finit enfin par comprendre autour de quarante ans, c'est qu'on est comme on est. On réalise que plus on est soi-même, plus on est fidèle à ce que l'on est réellement, à son essence, plus on est bien. Mais ça, ça prend de l'expérience, quelques rides et parfois une couple de chaudières de larmes et de tapes su'a yeule pour bien saisir.

Quand j'ai fait mon inévitable bilan de quarante ans (qui suis-je, où vais-je, que veux-je, pourquoi-je-je?), j'ai réalisé quelque chose d'assez sidérant: j'ai passé la plus grande partie de ma vie à essayer d'être une autre que moi. J'ai entre autres passé pas loin de vingt-cinq années à essayer de perdre une vingtaine de livres. Convaincue qu'il suffisait de les perdre pour être enfin à mon goût et au goût des autres. Et qu'est-ce que j'ai perdu au bout du compte? Ben oui, vingt-cinq ans...

Comme beaucoup trop de femmes de ma génération, j'ai passé un temps fou à essayer d'être une version de moi-même supposément meilleure. Plus belle, plus fine, plus aimable, plus féminine, moins rebelle, moins intransigeante, moins entêtée, moins tomboy, plus ci, moins ça, plus ou moins ce que j'étais déjà, en fait, mais dans une version qui serait rentrée dans le moule. Vous savez, le moule des magazines, des films et de la publicité, et même des jouets pour enfants...

J'ai joué à la Barbie, comme la plupart des fillettes de ma génération, mais j'aurais aimé qu'on me dise plus tôt qu'elle ne représentait pas «quelqu'une» qui se pouvait réellement. Quand mon frère jouait avec ses bonshommes et ses petits vaisseaux de Star Wars, je ne pense pas qu'il espérait réellement piloter un jour le Faucon Millenium, jouer dans un band de jazz avec une clarinettiste à deux têtes ou devenir chevalier Jedi!

Pourtant, moi, je me voyais un peu comme une future Barbie qui allait avoir pour mission de chercher son Ken et d'avoir la plus belle chevelure en ville.

J'ai donc passé le plus clair de mon existence à être plus ou moins moi. Et il n'y a pas grand-chose de moins précis que le plus ou moins. C'est donc avec le temps et un soupçon de sagesse que j'ai finalement compris que plus je suis moi-même, plus les gens m'apprécient. Ou, du moins, les gens que moi j'apprécie. Et c'est ça le plus important, au final. J'aimerais vraiment crier: «Si seulement on me l'avait dit avant!»

Mais justement, on me l'a dit avant. Sauf que vous savez ce que c'est. Y a de ces trucs qu'on se fait dire et qui nous passent six pieds par-dessus la tête, jusqu'au jour où, on ne sait pas trop pourquoi, tout d'un coup ça transcende notre existence: boum, là on a compris, et boum, tout change.

Et un jour, big badaboum, j'ai décidé d'arrêter d'essayer de rentrer dans le moule. Anyway, à quoi bon? J'suis ni un gâteau ni un muffin, je suis juste moi.

Je suis quelqu'un de très ouvert. J'ai fréquenté des Blancs, des Noirs, des Italiens, des Asiatiques, des Arabes, des catholiques, des musulmans, des juifs et des je-sais-pas-trop. Y en a qui ont fait le tour du monde en cent quatre-vingts jours, moi je l'ai presque fait en cent quatre-vingts frenchs. Ça m'a coûté pas mal moins cher d'avion, mettons. Au pire, ça représente un petit investissement en baume à lèvres. Je considère que je peux tomber amoureuse d'une personne, mais surtout d'une âme, bien avant de m'attarder à ses origines ethniques, ses croyances, son métier, son apparence et même, oui, son sexe.

J'ai eu la chance d'être élevée par des parents qui me disaient: «Tu aimeras qui tu voudras, tant que c'est quelqu'un qui te le rend bien et qui te traite bien.» C'est assez simple quand on y pense, mais justement, on n'y pense pas assez souvent.

D'ailleurs, l'orientation bisexuelle traîne encore son lot de préjugés et de clichés. Pour bien des gens, être bisexuel signifie avoir une sexualité débridée, être très porté sur la chose. Pour d'autres, ça veut dire ne pas être capable de choisir, de se brancher, ça revient un peu à vouloir le beurre et l'argent du beurre. Là, vous ne me voyez pas, mais je soupire et je lève les yeux au ciel. Beaucoup.

La vraie bisexualité, c'est la capacité à tomber amoureux tant des femmes que des hommes. C'est aimer. Point.

Il faut arrêter de s'en faire autant avec qui couche avec qui et pourquoi. Quand vous garnissez votre hamburger, vous le faites à votre façon, n'est-ce pas? Imaginez que quelqu'un vienne vous dire: «Non, la moutarde ça va sur le pain d'en bas, ôte le fromage, mets de la mayo dans ton ketchup.»

Vous lui répondriez probablement: «Hey! Mets ce que tu veux dans ton hamburger, mais veux-tu ben laisser le mien tranquille? C'est moi qui vais le manger!!!»

Ben c'est ça. L'amour, c'est comme un hamburger. Y en a qui aiment ça au boeuf, d'autres à l'agneau, y a le végé, le vegan, ceux qui aiment ça bien cuit, ceux qui préfèrent les burgers de fast-food, avec un pain sésame, un pain plat, du bacon, du brie, des champignons frits...

À chacun sa recette. À chacun son bonheur.

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Aujourd'hui, je lève mon chapeau à Béatrice Martin qui a choisi d'être authentique, car comme j'ai à le dire: quand on n'est pas fidèle à soi-même, c'est que l'on se trompe...

Pendant que vous êtes là, je vous invite à visionner cette vidéo que j'ai produite en collaboration avec la Clinique A pour le blogue #égalsexy et dans laquelle j'explique avec humour ce qu'est la bisexualité.

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