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19/10/2016 10:28 EDT | Actualisé 19/10/2016 10:28 EDT

L'autre femme

C'est pour toi que j'ai feint de l'apprécier, au début, cette intruse, parce que je voulais que toi aussi, tu puisses l'aimer sans retenue, elle qui allait avoir le privilège d'entendre tes rires et de te consoler au quotidien, la moitié du temps, à ma place.

Je ne m'attendais pas à ce que ça fasse si mal d'apprendre qu'il y a une femme dans ta vie.

Oh, je m'en doutais bien que ça arriverait un jour, qu'il y en aurait une autre, que je n'aurais rien à dire sur le choix. Si pour toi, je l'espérais douce, de mon petit bout de cœur ambivalent, j'aurais aussi voulu égoïstement qu'elle soit moins aimable que moi, que personne ne puisse jamais avoir une chance de prendre cette place qui était jusqu'ici seulement la mienne dans tes souvenirs, depuis toujours.

Quand tout s'est brisé, j'ai dû apprivoiser cette moitié du temps la plus longue, celle où tu n'étais pas avec moi, petite bulle. Te laisser partir avec papa, c'était accepter de manquer beaucoup de premières fois, et plein de ces petits moments de soleil que tu mettais dans nos vies, pour que tu puisses grandir avec tes deux parents qui t'aiment autour de toi, même si on était plus là en même temps.

Mais je n'avais pas pensé à Elle.

Je ne pouvais pas penser à Elle.

Même si elle était là.

Te serrer dans mes bras à ton retour, au début, alors que tu portais encore dans tes cheveux de jolies couettes qu'elle t'avait faites, c'était insupportable. Trouver dans ton sac à lunch des muffins maison, que j'imaginais faits avec amour, me rendait malade. C'était savoir que dans tes souvenirs, il y en aurait une autre, et qu'en plus, elle avait l'air de t'apprivoiser lentement, mais surement. Si je souriais devant toi, loulou, j'avais le cœur comme une fourmi dans un calorifère allumé.

J'ai travaillé fort pour l'aimer alors que toi aussi, tu voulais qu'elle disparaisse. J'ai essayé fort d'être la meilleure maman que je pouvais et de te laisser en aimer une autre.

Peut-être que les parents ne sont jamais vraiment prêts à accepter que les enfants qu'ils ont fabriqués de désir, d'amour et de chair ne leur appartiennent pas et qu'ils doivent partir, un jour. C'est sûr que tes trois pommes de hauteur, je n'étais pas prête à les partager, alors que j'avais encore envie de te croquer toute ronde et toute crue tout le temps. Et surtout pas avec Elle.

C'est pour toi que j'ai feint de l'apprécier, au début, cette intruse, parce que je voulais que toi aussi, tu puisses l'aimer sans retenue, elle qui allait avoir le privilège d'entendre tes rires et de te consoler au quotidien, la moitié du temps, à ma place. J'ai travaillé fort pour l'aimer alors que toi aussi, tu voulais qu'elle disparaisse. J'ai essayé fort d'être la meilleure maman que je pouvais et de te laisser en aimer une autre.

Et hier soir, alors qu'on a choisi ensemble des fleurs pour son anniversaire et que tu lui avais fait une jolie carte, j'ai senti qu'on avait réussi quelque chose de beau, toi et moi : parce qu'on s'aime très fort, on a réussi à aimer quelqu'un d'autre. Toutes les deux.

Oui, moi aussi je l'aime, parce qu'elle participe à ce que cette rupture soit pour tout le monde ce qu'elle avait besoin d'être: une occasion de mettre de l'amour partout, de te permettre de grandir là dedans. Je l'aime parce qu'elle est dans ta vie un autre modèle de femme inspirante, comme ta maman. Je l'aime parce je t'aime toi. Qu'elle t'aime aussi. Et que ça nous rassemble.

Et j'ai envie que tu saches toujours que si tu as été faite dans l'amour, cet amour-là ne s'est pas brisé le jour où ton papa et ta maman ont compris qu'ils n'étaient plus des amoureux. C'est plutôt grâce à tout cet amour pour toi et autour de toi que tous les grands qui t'entourent arrivent à être des adultes.

Ça continue d'être beau. C'est juste différent.

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